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Avant d'essayer de comprendre les musiques cubaines, il me semble inévitable d'évoquer l'histoire de Cuba. La page est longue mais j'espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir la riche histoire de cette île que j'en ai eu à rédiger cet article !

1. Histoire de Cuba.

   

1.1. La colonisation espagnole.

Christophe Colomb, mercenaire des rois catholiques d'Espagne, découvre l'île de Cuba le 28 octobre 1492, croyant avoir atteint les Indes. Il la baptise Juana (Jeanne), en l'honneur de Jeanne de Castille, la fille des Rois Catholiques. Pour ce premier voyage outre-Atlantique, il dirige un équipage de 90 membres répartis sur 3 navires : 2 caravelles, la Pinta et la Niña et une nef, la Santa María. Il débarque à Bariay, près de Gibara, et y découvre une population d'environ 100.000 Amérindiens issus du peuple Arawak (qui signifie "ceux qui habitent les grottes"). Ceux-ci sont probablement arrivés sur l'île dans les années 900. Ces indigènes sont regroupés en plusieurs tribus : les Taïnos (qui signifie "peuple bon et paisible"), qui représentent la majorité de la population et occupent la partie orientale de l'île qu'ils ont nommée Cubanacán. Ils vivent d'une agriculture rudimentaire et occupent leur temps à la chasse et à la cueillette. Ils jouent du mayohuacán ou mayouán (grand tambour unimembranophone fait d'une seule pièce de bois évidée joué avec des baguettes par les behiques ou sacerdotes), des maracas (réservés aux behiques), des abatales (tambours), des cascabeles (grelot en bois qui renferme une petite pierre), des guamos ou cobos (coquillages de conque strombus giga dans lesquels on souffle pour produire un son) et des flautillas ou flautas (petites flûtes sûrement taillées dans un os) et chantent en cœur et de manière responsoriale (le chœur répond à un soliste appelé tequina) lors de leurs fêtes profanes comme de leurs cérémonies religieuses, les areítos ou areytos. Dans la partie centrale de Cuba, une autre tribu Arawak, les Ciboneyes ou Siboneyes, sûrement un groupe Taïnos indépendant, se nourrit grâce à la chasse et à la cueillette. Séparée en 2 groupes, on distingue les Cayo redondo qui utilisent les coquillages et les Guayabo blanco qui travaillent la pierre. Ils sont constamment poussés vers l'ouest par le peuple Taïnos plus évolué. Situés dans la zone de Pinar del Río, sont établis les Guanahatabeyes, Guanajatabeyes, Guanatabeyes ou Guanajatabibes, premiers à être arrivés en terres cubaines. La population insulaire est également composée de Caribes, tribu anthropophage.

Quelques années plus tard, en 1511, le gouverneur des Indes Diego Colomb, fils de Christophe Colomb, envoie Diego Velásquez de Cuéllar accompagné de 300 hommes pour s'emparer de l'île au nom de l'Espagne. La possession d'armes à feu rend la conquête aisée. Les villages sont mis à sac. Velásquez fonde Nuestra Señora de la Asunción de Baracoa (actuel Baracoa) dès son arrivée en 1512 et devient le premier gouverneur du territoire. Sont ensuite créés Bayamo (1513), Sancti Spíritu (1514) et Trinidad (1514). En 1512, les lois de Burgos prônent la liberté des Indiens et le principe de repartimiento : le roi d'Espagne protège et évangélise les indigènes en contre-partie de travaux forcés (système des encomiendas). Les travaux de recherche et d'exploitation de minerais précieux comme l'or ou le cuivre commencent dès les premières années de la conquête. Les peuples locaux sont alors déportés vers les "laveries d'or" en aval des rivières. En février 1512, quelques Taïnos, dirigés par le cacique (chef de tribu) Hatuey organisent une rébellion. Les Espagnols sont confinés dans le fort de Baracoa. C'est la légendaire victoire de Yara. Finalement, la supériorité technologique des assiégés va leur apporter la victoire. Hatuey sera brûlé vif. Durant les quelques années qui vont suivre, la population indigène, au tempérament pacifique, va progressivement diminuer, épuisée par le travail et touchée par des maladies (variole en particulier). Il n'en restera rapidement que quelques centaines. Dès 1513, les colons espagnols vont commencer à faire appel à des esclaves d'origine africaine pour compenser ce manque de main d'œuvre.

Cuba - Christophe Colomb

Christophe Colomb

Les réserves d'or vont vite diminuer et, dès que les Espagnols ont estimé que leur conquête est terminée, le pays est déclaré "pacifié". Les indiens vont être systématiquement massacrés à tel point qu'ils vont quasiment disparaître. L'administration locale est alors obligée de se tourner vers de nouvelles activités comme le tabac, la canne à sucre ou l'indigo. Le sol, fertile, va parfaitement se prêter à ces productions. La canne à sucre, introduite en 1523, va rapidement requérir une main qui n'est pas disponible sur l'île. Les Espagnols vont alors faire appel aux esclaves africains issus, pour la plupart, du sud et sud-ouest de l'actuel Nigéria ainsi que d'une partie du Bénin. Des Yorubas, des Congos, des Carabalís, des Gangas et des Madingas sont introduits à Cuba. À partir de 1523, la traite des Noirs va s'intensifier.

D'autre part, l'île devient peu à peu une escale pour les conquistadores. En 1514, la ville de Santiago de Cuba voit le jour et devient le siège administratif et stratégique du pays. Hernán Cortés Monroy Pizarro Altamirando part de Santiago avec 11 navires pour rejoindre le Mexique et Francisco Pizarro González se dirige vers le Pérou où ils veulent récupérer l'or et l'argent des Incas. Le 16 novembre 1519, La Havane est fondée (en réalité, elle fut fondée au printemps 1514 sur la côte sud de l'île sous le nom de San Cristóbal de La Habana et fut transportée progressivement vers la côte nord pour atteindre son emplacement actuel). Elle devient un point de passage pour les flottes qui rapportent en Espagne les richesses amassées au Mexique et au Pérou. Bien qu'il se heurte à divers soulèvements (dans les mines de Jobabo en 1533, révolte menée par le chef Taïno Guamá et sa femme Habaguanex au début 1550...), le pays devient actif au plan commercial grâce à ses plantations de tabac et de canne à sucre. Ceci fait de La Havane une cible privilégiée des pirates. En 1555, son port est attaqué par le pirate français Jacques de Sores. La ville se dote alors de protections : construction du Castillo de la Real Fuerza (1558) pour remplacer la forteresse Fuerza Vieja endommagée par Jacques de Sores, édification du Castillo San Salvador de la Punta (1582) et construction du Castillo de los Tres Reyes del Morro (1589).

À cette époque, l'espace agricole cubain est divisé entre des latifundios (grands domaines d'élevage dont les hatos pour l'élevage bovin et les corrales pour l'élevage porcin) et des minifundios (les vegas pour le tabac et les estancias pour l'agriculture et l'élevage), exploitations familiales sur des terres dite realengas (patrimoine du Roi d'Espagne). Cet élevage extensif produit en abondance cuir, viande et suif. Les premières exploitations sucrières de grande taille apparaissent à partir de 1576. Le comptable du gouvernement espagnol à Cuba, José Antonio Gelabert, introduit entre 1748 et 1768 la culture du café qu'il a découvert dans l'île voisine d'Hispaniola (maintenant Haïti). Une première plantation de café est fondée non loin de la Havane. Au début, cette activité est assez limitée.

En 1607, une réorganisation administrative coupe l'île en 2 juridictions, celle de San Cristóbal de La Habana et celle de Santiago de Cuba subordonnée à la première. La Havane devient la nouvelle capitale (gobernación y capitanía general) de Cuba et remplace Santiago qui a été mis à sac en 1554 par François 'jambe de bois' Le Clerc. Elle devient un point d'ouverture vers les colonies du "Nouveau Monde". En 1660, les Anglais s'attaquent à la capitale, la prennent et la pillent. La construction d'une muraille, édifiée pour protéger la Havane, débute en 1674 (elle sera terminée en 1797). Les batallones de pardos y morenos, milices de protection composées de pardos (mulâtres) et morenos (Noirs) libres sont mises en place pour renforcer les forces initialement espagnoles et blanches. En 1697, le traité de Ryswick met fin à de nombreux assauts de pirates sur l'île. Le 4 janvier 1762, le roi George d'Angleterre déclare la guerre au roi Carlos III d'Espagne, c'est la guerre des "7 ans". Le 6 juin, les Britanniques dynamitent le fort El Morro de la Havane et prennent l'île. Ils la conserveront une année pendant laquelle ils la pilleront à nouveau. La Havane est rendue aux Espagnols en échange de la Floride le 6 juillet 1763, à la suite du traité de Paris signé le 10 frévrier. Pendant ces 11 mois d'occupation, les Britanniques vont développer l'industrie sucrière par apport de 10.000 nouveaux esclaves. L'occupation anglaise met fin au monopole commercial espagnol et place Cuba en contact avec la Grande-Bretagne et ses possessions. L'activité commerciale de l'île est multipliée (plus de 1000 navires marchands entrent et sortent du port) et la Havane ouvre son commerce à l'international, notamment avec les Treize colonies américaines. Suite à la guerre d'indépendance des États-Unis, le commerce est "libéré" en 1778 par le roi Carlos III pour répondre à la demande croissante de l'Europe en général, et de l'Espagne en particulier. Ceci annonce le début d'une grande mutation économique pour le pays, toute activité qui n'a pas de relation directe ou indirecte avec la production de sucre est abandonnée.

Cuba - Déplacement de la Havane

Déplacement de la Havane

1.2. Cuba, terre d'exil.

Le 14 août 1791, une révolte éclate à Saint-Domingue, partie occidentale d'Hispaniola, île qui porte aujourd'hui le nom d'Haïti. Les esclaves se retournent contre les colons français, planteurs de café, qui sont obligés de fuir avec quelques esclaves, le plus souvent des domestiques, et se réfugier en Louisiane ou, pour la plupart, sur les côtes aux alentours de Santiago. Ils vont rapidement fonder des cafetales (plantations de café) dans l'Oriente cubain car leur arrivée permet d'atteindre une masse critique rendant possible le développement d'infrastructures favorables à cette culture (exploitations, routes, systèmes d'irrigation...). On estime qu'en 1807, il existe 192 exploitations caféières dont 176 sont tenues par des Français.

De plus, Saint-Domingue affaiblie, Cuba devient la plus grande île sucrière. Elle se substitue à sa voisine comme première exportatrice de sucre vers l'Europe et le reste du monde. Les prix du sucre s'envolent. Les ingenios (plantations) se multiplient notamment dans les vallées de Güines et Colón.

1.3. La fin de la domination espagnole.

L'homme politique Francisco Arrango y Parreño, propriétaire de la plus grande plantation de sucre, demande et obtient au nom de l'ayuntamiento de la Havane le droit d'introduire librement des esclaves à Cuba le 28 février 1789. Ce droit est prolongé de 3 ans en 1791. En 1807, l'Angleterre qui a voté l'abolition de l'esclavage le 23 février 1807 comdamne cet "odieux commerce" à Cuba.

Ce n'est qu'en 1809 que la première manifestation d'indépendance éclate contre les occupants espagnols. Elles sont férocement réprimées. Certains rebelles s'enfuient dans les montagnes, ce sont les esclaves cimarrones qui se regroupent au sein de communautés isolées, les palenques. En 1812, José Antonio Aponte y Ulabarra, charpentier, esclave affranchi, prêtre de la Santería et dirigeant du cabildo nommé Shangó Tedum, poursuit cette volonté d'indépendance en menant un soulèvement impliquant des Blancs, des gens de couleur libres ainsi que des esclaves. Il est surnommé le "Spartacus de Cuba". Les propriétaires terriens qui craignent un nouvel Haïti et la perte de leur richesse se lancent dans une féroce répression du mouvement. José Antonio Aponte sera pendu et sa tête exposée à La Havane.

Cuba - José Antonio Aponte

José Antonio Aponte

Le 10 février 1817, un décret royal accorde la liberté de commerce avec les pays étrangers, le port de la Havane s'ouvre à ces nouvelles voies commerciales.

Le 23 septembre 1817, un décret pour l'abolition de l'esclavage est conjointement adopté par la Grande-Bretagne et l'Espagne (Fernando VII). Il est signé à Madrid et doit s'appliquer, pour les Espagnols, à toutes les possessions à compter du 30 mai 1820. À Cuba, où 50% de la population est esclave, ceci n'est pas envisageable et l'esclavagisme se poursuit tout de même.

En 1821, un mouvement de contestation s'élève. Il est organisé par le poète José María Heredia et le créole José Francisco de Lemus, officier de l'armée. Ce mouvement, qui porte le nom de Soles y Rayos de Bolívar, aspire à l'abolition de l'esclavage et souhaite fonder la République de Cubanacán. Après la découverte de cette conspiration en 1823, les autorités coloniales arrêtent ses membres. José Francisco est capturé le 19 août et José María Heredia doit se réfugier aux États-Unis. L'année suivante, 25 membres de la conspiration, dont José Francisco, sont déportés vers l'Espagne.

Depuis la fin du 18ème siècle, les lois offrent les plus grandes facilités pour l'affranchissement des esclaves. Petit à petit, ces Noirs horros ("libres") représentent une part notable de la population. Elle commence à s'enrichir et au 19ème siècle, une petite bourgeoisie créole voit le jour (au milieu du siècle, ils contrôlent par exemple une grande partie des bars et tavernes de la capitale). Envieuse de la classe blanche, elle va nourrir les révoltes contre le gouvernement.

En 1841, plusieurs soulèvements d'esclaves se produisent dans des sucreries et plantations de café. En 1843, de nouvelles rébellions qui mêlent esclaves et Noirs libres se déroulent aux alentours de Cárdenas et Matanzas. Le pouvoir colonial lance une vague de répression féroce qui atteint son paroxysme en 1844, année dite año del cuero ("année du fouet"). Il nomme ce "complot" la conspiration de l'Escalera, nom de l'échelle de bois sur laquelle 4.000 personnes, des Noirs principalement, sont attachées et fouettées jusqu'à l'aveu ou la mort. Ceci n'apaise pas pour autant le soulèvement révolutionnaire. Le gouvernement décide alors de lancer une série d'enquêtes et de procès qui mènera à l'exécution d'une centaine de personnes et l'arrestation ou la déportation d'un millier d'autres. En tout, seulement au cours des années 1843 et 1844, il est estimé que 6.000 Noirs et métis furent tués.

En 1848, lors de l'affranchissement des esclaves des Antilles françaises, la domination espagnole n'est plus seulement menacée par les Noirs ; les Créoles rêvent également d'autonomie.

De plus, les États-Unis sont devenus le principal partenaire commercial de l'île. Des chargements de sucre, de cacao, de tabac et de café quittent régulièrement le port de la Havane pour se diriger vers son grand voisin du Nord-Américain. Devant ce succès commercial, les États-Unis proposent de racheter Cuba aux Espagnols. La proposition de 100 millions de dollars est refusée par Madrid. En mars 1837, le journal Herald Tribune of New York avait déjà révélé ouvertement les visions annexionnistes du gouvernement américain envers Cuba.

Alors que durant la première moitié du 19ème siècle, les autres colonies du continent américain luttent pour la liberté, Cuba reste fidèle à l'Espagne. L'île est alors le premier producteur de café. Cette position n'est maintenue que grâce à un afflux toujours croissant d'esclaves. Le nombre d'Africains déplacés vers Cuba entre les années 1600 et 1880 est estimé à 760.000 dont 430.000 entre 1774 et 1840. Les origines de ces Noirs sont diverses : des Yorubas de l'ouest du Nigéria (surnommés Lucumís, Nagos ou Anangos à Cuba), des Bantous ou Bakongos du Kongo, des Ararás composés de différents groupes Kwas (Fons du Dahomey et du Nigéria et Ewés ou Eoués du Ghana et du Togo) et des Abakuás (surnommés Nañigos à Cuba) dont des Carabalís ou Bríkamo de Calabar, des Madingues du Ghana, des Efik Ibo du Dahomey, des Ejagham, des Ibibio... En 1825, l'île dénombre 46% de Blancs, 18% de non-Européens libres (métis) et 36% d'esclaves.

Cuba - Production cubaine de café

Production cubaine de café

Dans les années 1840, les profits générés par le café diminuent (notamment à cause de la concurrence du Brésil), l'île se tourne massivement vers le sucre qui affiche une production supérieure à celle du café en 1846. L'écart de rentabilité entre les 2 cultures est accrue par le fait qu'en 1837, un réseau ferré reliant les régions sucrières et les côtes de l'île est mis en place (Havane - Bejucal étendu l'année suivante à Güines). Cette économie bénéficie aussi, à partir des années 1840, de moulins à vapeur qui remplacent les moulins actionnés par des animaux. Cuba représente alors 21% de la production sucrière mondiale. Mais dans les années 1860, le cours du sucre s'effondre. L'économie cubaine qui produit 41% du sucre mondial en 1970 ne peut pas résister à cette crise. L'industrie du tabac qui est florissante dans les années 1850 n'y peut rien. Une grève d'esclaves débute en 1862 dans le moulin à sucre de Miguel Aldama. Ce dernier prendra leur défense et financera la lutte indépendantiste jusqu'à sa ruine. En 1865, le compte Pozos Dulces, l'avocat José Morales Lemus et Miguel Aldama fondent le Parti Réformiste. Le premier journal ouvrier cubain, La Aurora, créé par Saturnino Martínez voit le jour. Cet hebdomadaire dénonce les dures conditions que supporte le monde ouvrier. Malgré cela, l'autorité espagnole instaure un nouvel impôt de 10% sur les revenus qui entre en vigueur le 1er juillet 1867, ce qui provoque une vague de mécontentement chez les propriétaires et commerçants créoles. Cet impôt, jugé injuste par les Cubains, prépare un climat révolutionnaire qui va déboucher sur un événement historique majeur.

Cuba - Production cubaine de sucre

Production cubaine de sucre

Pour faire face aux soulèvements des Africains, les espagnols tentent de trouver d'autres sources d'esclaves. Entre 1847 et 1873, 130.000 colonos asiáticos (coolies chinois) sont embauchés pour travailler dans les plantations et la construction ferroviaire. Issus de milieux très pauvres, il acceptent des contrats et des conditions de travail proches des esclaves africains.

1.4. La guerre de Dix Ans.

En 1868, l'Espagne est confrontée à un soulèvement, la Gloriosa (la Glorieuse), qui mène à la destitution de la reine Isabelle II. Carlos Manuel de Céspedes voit en cela une opportunité pour appeler à une action révolutionnaire immédiate à Cuba. Il pense que la puissance espagnole est en train de décliner. Le 10 octobre 1868, ce riche propriétaire terrien libère les esclaves de sa propriété de Demajagua, au sud de Manzanillo, et fonde une armée constituée de 147 hommes pauvrement armés. Ils tentent d'occuper Yara, une ville voisine, le 11 octobre. Cette armée subit de lourdes pertes et se trouve dissoute par l'armée espagnole. Seuls 12 des hommes de Céspedes survivent. Cette tentative gardera le nom de grito de Yara ("cri de Yara") et marque le commencement de la guerre de Dix Ans.

Cuba - Carlos Manuel de Céspedes

Carlos Manuel de Céspedes

Malgré cette défaite, le mouvement d'insurrection continue de se répandre. Il est rapidement rejoint par 37 autres planteurs de canne à sucre qui se déclarent en rébellion contre l'administration espagnole et proclament l'indépendance de l'île. Le 13 octobre, les rebelles prennent 8 villes dont Jiguani et Baire. Ceci facilite le recrutement d'hommes et l'acquisition d'armes. À la fin du mois d'Octobre, 12.000 rebelles sont réunis. Les Espagnols les surnomment les mambis. C'est un mot congolais qui peut se traduire par "les méprisables". Ces derniers s'emparent de Bayamo après 3 jours de combats contre une armée espagnole dépêchée près de Santiago. À cette occasion, le poète et musicien Pedro Felipe 'Perucho' Figueredo y Cisneros compose l'hymne national, le Himno de Bayamo ou La bayamesa. Le premier gouvernement de cette République armée, dirigée par Céspedes, se base à Bayamo même. Des tentatives d'assaut des villes d'Holguín et de Victoria de las Tunas échouent.

  Extraits sonores  

Le mouvement se répand dans l'Oriente, mené par 2 riches planteurs Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte y Loynáz, rejoints par un soldat, Manuel de Quesada. Le 4 novembre 1868, Camagüey s'insurge. Elle sera suivie de Las Villas le 6 février. Dans l'ouest, à Pinar del Río, la Havane ou Matanzas, la révolution ne prend pas. Dans quelques cas rares, comme à Vuelta Abajo, la révolte est clandestine. Un des plus grands révolutionnaires sera José Martí, alors seulement âgé de 16 ans. Il sera d'ailleurs condamné à 16 ans de travaux forcés après l'écriture en 1870 d'un réquisitoire contre l'Espagne intitulé Abdala. Finalement, après 6 mois, il sera déporté en Espagne.

L'espagne s'organise pour lutter contre cette révolution. Le 12 janvier 1869, les forces de Céspedes sont défaites et l'autorité hispanique parvient à reprendre Bayamo.

Le 10 avril 1869, une assemblée constitutionnelle se rassemble dans la ville de Guáimaro, dans la province de Camagüey, dans le but de doter la révolution d'un cadre organisationnel et juridique. Des représentants révolutionnaires des diverses régions impliquées sont conviés. Le sujet principal des discussions consistait à savoir s'il fallait mieux un pouvoir centralisé en charge des aspects civils et militaires ou une séparation entre gouvernement civil et direction militaire. L'écrasante majorité vota pour la séparation des pouvoirs. Céspedes est alors élu président de l'assemblée. Le général Ignacio Agramonte et Loynáz et Antonio Zambrana, principaux auteurs de la proposition de Constitution, obtiennent les postes de secrétaires. Une fois que cette assemblée eut terminé son travail, elle se constitua en Chambre des Représentants, organe suprême du pouvoir. Salvador Cisneros Betancourt en est élu président, Miguel Gerónimo Gutiérrez vice-président et Agramonte et Zambrana secrétaires. Le 12 avril 1869, Céspedes est élu premier président de la République armée. Le général Manuel de Quesada est nommé au poste de chef des forces armées.

Ne parvenant pas à trouver de compromis avec les forces insurgées en début d'année 1869, les Espagnols choisissent de mener sans relâche une guerre d'extermination. Plusieurs lois sont actées afin d'asphyxier le mouvement de contestation : tout dirigeant ou collaborateur arrêté est exécuté sur le champs, tout navire armé ou transportant des armes est saisi et l'équipage est immédiatement exécuté, tout homme de plus de 15 ans pris hors de son lieu de travail (la plantation) ou de résidence sans justification est sommairement exécuté, toute ville doit arborer un drapeau blanc sous peine d'être brulée, toute femme prise hors de son lieu de travail (la ferme) ou de résidence est enfermée en ville.

En plus de l'armée, le gouvernement peut compter sur des groupes volontaires qui resteront connus pour leurs actes barbares et sanglants. Par exemple, l'exécution de 8 étudiants de l'université de la Havanne le 8 novembre 1871 ou le massacre de nombreuses familles de guajiros ("paysans") et de mambis que l'on appelle le creciente de Valmaseda.

Dans l'ouest, l'action révolutionnaire souffre du manque de combattants. Le mouvement est mieux suivi dans l'est du pays. Ignacio Agramonte, qui quitte ses fonctions de secrétaire pour devenir un brillant général en chef des forces armées de la province de Camagüey, trouve la mort le 11 mai 1873 lors de la bataille de Jimaguayú, atteint par une balle perdue. Il est alors remplacé par Máximo Gómez. Suite à divers désaccords politiques et personnels, le président Céspedes est remplacé par Cisneros. Céspedes, dont la demande d'exil aux USA est refusée par le nouveau gouvernement cubain, trouvera la mort, surpris par une patrouille de l'armée espagnole, le 27 février 1874.

Après la mort d'Agramonte et le départ de Céspedes, les opérations militaires sont limitées aux régions de Camagüey et de l'Oriente. La crise atteint son paroxysme en 1873. Après la prise de Bayamo, les forces révolutionnaires sont arrêtées à Camagüey. Gómez tente une pousée vers l'ouest en 1875 mais la grande majorité des esclaves et des riches producteurs de canne à sucre de cette région ne se joignent pas à la révolte. Cette opération échoue en 1876 après la mort de son plus fidèle général, l'Américain Henry Reeve.

En 1872, une guerre civile avait éclaté en Espagne, diminuant les ressources allouée à la répression à Cuba. Mais quand, en 1876, celle-ci se termine, l'Espagne est en mesure d'envoyer bien plus de troupes sur l'île. Près de 250.000 soldats permettent de restreindre l'action des forces de libération. Aucun des 2 camps n'obtient une victoire franche. Sur le long terme, l'Espagne parviendra tout de même à prendre le dessus. Surtout que les États-Unis prendront position pour l'Espagne en leur vendant des armes et en les refusant aux rebelles cubains.

Tomás Estrada Palma succède à Cisneros aux fonctions de Président. Il sera capturé par les troupes espagnoles le 19 octobre 1877. Francisco Javier de Céspedes prend sa place puis il est à son tour remplacé par le général Vicente García. Suite à divers échecs militaires, les organes constitutionnels du gouvernement cubain sont dissout le 8 février 1878 et des négociations de paix sont ouvertes à Zanjón. L'accord sera ratifié le 10 février 1878 par le général espagnol Arsenio Martínez Campos.

L'Espagne s'engage à instituer un programme de réformes politiques et administratives. Les esclaves ayant combattu l'Espagne sont libérés. La guerre prend fin. Mais, un mois après les négociations, Antonio Maceo Grajales dénonce le pacte (protestation de Baraguá le 15 mars 1878) et refuse cette paix sans indépendance. Il relance les combats, réarme les insurgés en mai 1878 et les combats reprennent dans quelques points localisés. Cette courte résistance menée par le général Calixto Garciá et Antonio Maceo dans l'Oriente entre 1879 et 1880, porte le nom de Guerra Chiquita (Petite Guerre).

Le conflit aura coûté la vie de près de 200.000 personnes. L'industrie du café est dévastée et les exports vers les US en pâtissent. Cette guerre ne sera qu'un demi-échec puisque le pacte de Zanjón concède au peuple cubain de nombreuses avancées : en 1880 une loi promulgue l'abolition de l'esclavage (elle ne sera réellement appliquée par ordre royal qu'en octobre 1886) et l'égalité des droits entre les Blancs et les Noirs est proclamée en 1893. Le pacte a aussi des répercussions politiques, puisqu'il octroie une certaine autonomie afin que la situation financière de Cuba puisse s'améliorer et il engendre l'apparition des premiers partis politiques dont le Partido Revolucionario Cubano (PRC) fondé en 1892 par José Martí depuis New York où il est exilé.

1.5. La guerre d'indépendance.

Le parti révolutionnaire de José Martí poursuit un objectif de libérer le pays et de trouver une solution économique. Pour cela, il cherche à maintenir un réseau de communication entre les exilés et les forces révolutionnaires. Une collecte de fonds effectuée auprès des travailleurs cubains exilés aux USA permet de financer des armes et des munitions.

Cuba - José Martí

José Martí

Les réformes promises par Madrid sont une nouvelle fois reportées et la chute du prix du sucre plonge l'économie cubaine dans une très grave crise. José Martí donne l'ordre du soulèvement, la guerre est relancée le 24 février 1895 dans 34 zones de Cuba, bien que l'histoire retienne surtout le grito de Baire ("cri de Baire", village situé à 75 km de Santiago). L'insurrection est en effet plus forte dans l'Oriente. Commence alors la seconde guerre d'indépendance. Les autorités matent rapidement l'insurrection.

De son côté, José Martí se rend au Costa Rica pour convaincre Antonio Maceo alias "le Titan de bronze" de la nécessité de son soutien au mouvement d'indépendance. Il fait de même avec Máximo Gómez en se déplaçant en République dominicaine où ils écrivent le Manifesto de Montecristi le 25 mars 1895 qui exprime le besoin de l'indépendance de Cuba, proclame l'égalité des races et l'acceptation des Espagnols qui ne s'opposent pas à l'indépendance. Le 11 avril 1895, José Martí parti d'Haïti débarque sur les plages de Cajobabo à la tête d'une petite troupe armée qui comprend Máximo Gómez. José Martí est proclamé général-major de l'Armée de Libération. Début mai, ils rejoignent Antonio Maceo à La Mejorana, dans les montagnes de Baracoa pour mettre au point la stratégie militaire. Pendant la conquète de l'Oriente, José Martí meurt le 19 mai 1895 dans la bataille de Dos Ríos. Il devient un héros national. Après sa mort, une assemblée constituante se réunit à Jimaguayú entre le 13 et le 18 septembre 1895. 20 membres représentent les 4 corps d'armée. Une constitution est promulguée le 16 septembre. Elle proclame clairement la sécession de Cuba et confie au général en chef le pouvoir de conduire la lutte armée contre les Espagnols, tandis que le pouvoir civil administrera les zones libérées. Máximo Gómez est nommé général en chef des armées et Antonio Maceo, lieutenant général. Les mandats sont limités à deux ans.

Les rebelles, dont on estime le nombre à 2.300 hommes, poursuivent leur route vers l'Occidente. Le gouverneur général Arsenio Martínez-Campos Antón ne réussit pas à restaurer l'ordre car ses troupes sont mal organisées et ne parviennent pas à venir à bout des rebelles. Il est remplacé par Valeriano Weyler y Nicolau en février 1896. Le 22 mars, Maceo et son armée atteignent Mantua, dans la région de Pinar del Río. Grâce à des méthodes très dures, Valeriano Weyler y Nicolau arrête l'avancée des insurgés. le 7 décembre, Antonio Maceo meurt durant une embuscade à San Pedro, dans la province de la Havane. Mais les méthodes du gouverneur sont contestées jusqu'en Espagne et il doit démissionner en octobre 1897 au profit de Ramón Blanco y Erenas.

Les rebelles réunissent une nouvelle assemblée constituante à la Yaya (Camagüey) le 27 octobre 1897. Entre temps, le parti libéral accède au pouvoir en Espagne et le nouveau chef de gouvernement, Práxedes Mateo Sagasta, publie le 25 novembre une constitution établissant un régime de grande autonomie pour Cuba et Porto Rico. Elle prend effet le 1er janvier 1989. Práxedes Mateo Sagasta déclare une amnistie pour les révolutionnaires. Cette décision provoque la division des insurgés. Mais c'est déjà trop tard. La guerre continuera tant que l'indépendance n'est pas acquise.

Au début de l'année 1898, la guerre s'enlise. Les révolutionnaires ne parviennent pas à prendre le dessus et les Espagnols ne peuvent mater l'insurrection qui se niche dans les zones boisées de l'intérieur du pays. Aux États-Unis, se met en place une propagande anti-espagnole qu'animent les journaux. Comme le résume le patron du New York Time : "Fournissez les illustrations, je fournirai la guerre". Les mensonges et les photos horribles se retrouvent dans la presse. De fausses nouvelles sont publiées à Cuba. L'opinion du pays croit cette propagande. En janvier 1898, les États-Unis, jusqu'alors neutres, changent de politique. Suite à des émeutes à La Havane, ils y envoient le vieux cuirassé USS Maine pour "protéger leurs intérêts". Le 15 février, le navire explose. 266 hommes périssent dans le naufrage. La raison est encore controversée de nos jours mais Washington l'impute rapidement à l'Espagne. Les États-Unis entrent en guerre en avril 1898, marquant ainsi le début de la guerre hispano-américaine. L'explosion du Maine offre un prétexte idéal pour les États-Unis qui avaient depuis longtemps des visées annexionnistes sur l'île. De plus, Cuba a une importance stratégique pour achever les travaux de percement d'un canal transocéanique dans l'isthme de Panamá, abandonné par Ferdinand de Lesseps en 1888. L'Espagne tend la main aux insurgés qui la refusent et font front aux côtés des Américains.

Le conflit jusqu'alors terrestre devient également maritime avec l'arrivée de l'US Navy. La flotte espagnole ne peut rivaliser contre les navires américains plus modernes. Militairement supérieures, les troupes américaines débarquent et prennent Santiago avec l'aide des troupes rebelles du général Calixto García. Les Espagnols capitulent le 16 juillet 1898 et signent le Traité de Paris le 10 décembre 1898. Ils renoncent à leur souveraineté sur Cuba, Porto Rico, Guam et les Philippines. Le 1er janvier 1899, les pouvoirs espagnols sont officiellement transférés aux États-Unis. Le 24 février 1899, le général Máximo Gómez entre triomphant à la Havane à la tête de ses troupes. Il est accueilli par des milliers de cubains. La guerre a fait 200.000 victimes cubaines.

Cependant, si l'île s'est libérée du joug espagnol, c'est pour mieux tomber sous la souveraineté américiane. Les USA établissent un protectorat sur les Philippines et annexent Porto Rico. Du fait de la fragilité de l'île cubaine, un protectorat militaire est établi et le pays est administré par les Américains. Cependant, le mécontentement du peuple est si grand, voyant que leur terre a simplement changé de maître, que les États-Unis préparent rapidement leur départ. Contrairement aux autres anciennes colonies espagnoles, le Congrès américain planifie le retrait des troupes dans l'amendement Platt. Cet texte est intégré dans la constitution cubaine, rédigée par l'assemblée constituante cubaine, le 12 juin 1901. Il définit les termes des relations américano-cubaines et place le pays sous protectorat des États-Unis. Cet amendement leur accorde le droit d'intervenir à Cuba chaque fois qu'ils le jugeront utile et stipule que Cuba devra louer ou céder les terres nécessaires pour que les USA puissent garantir l'indépendance de Cuba. En contrepartie, l'île obtient des privilèges douaniers en particulier pour le sucre. Le 20 mai 1902 naît officiellement la République de Cuba, avec la prise de fonction de son premier président, Tomás Estrada Palma, élu depuis le 31 décembre 1901. Cependant, ce n'est qu'avec la présidence du libéral José Miguel Gómez que s'achève le régime "spécial" du gouvernement d'intervention américain, non sans avoir au préalable signé le 2 juillet 1903 le bail correspondant à la location de la base militaire dans la baie de Guantánamo.

1.6. La jeune république.

Après la guerre d'indépendance, l'île est dirigée par une succession de gouvernements sans réels pouvoirs. 3 partis sont constitués à la fin de l'année 1904 : le Partido Republicano Conservador (PRC) qui se transforme ensuite en Partido Moderado (PM), le Partido Liberal Nacional de Cuba (PLNC) et le Partido Obrero Socialista (POS) issu de la formation politique de José Martí. En décembre 1905, l'élection qui reconduit Tomás Estrada Palma pour un second mandat est entachée de fraudes. Des rébellions, appelées la guerrita de agosto (petit guerre d'août), se succèdent pour la conquète du pouvoir en 1906 entre le parti libéral de José Miguel Gómez et le parti modéré qu'a rallié Tomás Estrada Palma. Ce dernier sollicite une intervention américaine pour rétablir l'ordre. Les USA installent un gouvernement provisoire qui a tout les pouvoirs. William Howard Taft en 1906 puis Charles Edward Magoon de 1906 à 1908 deviennent administrateurs de Cuba. Ce dernier reste impopulaire et de nombreux soupçons de corruption planent sur son mandat sans pour autant être démontrés. Le 14 novembre 1908, le général José Miguel Gómez est élu président. Le 28 janvier 1909, les États-Unis quitte l'île qu'ils occupent depuis 1906.

Evaristo Estenoz, Julián Valdés Sierra, Antero Valdés Espada, Mauricio Lopez Luna, Agapito Rodriguez Pozo et José Inés García Madera, dirigeants du Partido Independiente de Color (PIC) créé le 7 août 1908 sous le nom d'Agrupación independiente de color regroupant des Noirs luttant contre la discrimination raciale, sont arrêtés à la Havane le 22 avril 1910. Le lendemain, 17 autres membres sont emprisonnés. Le sénateur Martín Morúa Delgado introduit la loi Morúa qui interdit les partis politiques fondés sur les races ou les religions. Des sociétés de cubains Noirs, les Independistas, émergent pour lutter contre cette loi. Le 20 mai, ils manifestent en masse dans plusieurs régions de l'île. Le mouvement est rapidement contenu sauf dans les provinces de l'Oriente.

La situation de la population la plus défavorisée, principalement constituée de Noirs, ne s'améliore pas. Leur maigre salaire ne leur permet pas de devenir propriétaire. Aucun d'entre eux n'a accès au pouvoir et depuis la loi Morúa, ils ne peuvent constituer de parti politique. En conséquence, Evaristo Estenoz est de nouveau à l'origine de manifestations qui ont lieu le 20 mai 1912 dans l'Oriente et à Santa Clara. Le président José Miguel Gómez demande l'appui des États-Unis, invoquant l'amendement Platt. Sauvagement réprimée par les Marines américains, l'insurrection est rapidement mise à mal en juin. La mort d'Evaristo Estenoz le 27 juin 1912 à Mícara met fin à la rébellion. Entre 3000 et 6000 Noirs sont tués. Cet épisode prend le nom de Guerrita de las razas ou Guerrita de raza (qui signifie "petite guerre des races"), Guerra de 1912 ou El doce.

Cuba - Evaristo Estenoz

Evaristo Estenoz

Le 20 mai 1913, le général Aurelio Mario Gabriel Francisco García Menocal y Deop est élu président. En février 1917, José Miguel Gómez pousse des rebelles libéraux à s'insurger. Une nouvelle intervention américaine permet d'apaiser la situation en mars et de voir l'autorité complètement rétablie en mai. Durant le mandat de Mario García Menocal, la monoculture du sucre engendre une prospérité rapide mais aussi une dépendance économique grandissante à l'égard de son voisin américain. En effet, les États-Unis achètent le sucre à taux préférentiel en échange d'un droit de douane très faible pour les produits fabriqués aux USA. Durant la Première Guerre mondiale, la production sucrière européenne s'arrête. Ceci provoque une flambée des cours du sucre qui profite tellement à l'économie cubaine que cette période est appelée "vacas gordas" ("grosses vaches"). De nombreux entrepreneurs font fortune, c'est la "danza de los millones". Ceci ne dure qu'un temps... Au sortir de la guerre, la production européenne reprend et le cours du sucre s'effondre. Les faillites sont nombreuses à Cuba et le pays connaît même une panique bancaire en octobre 1920.

Le mécontentement se traduit dans les urnes et le 20 mai 1921, Alfredo de Zayas y Alfonso devient président. Il est ensuite remplacé le 20 mai 1925 par Gerardo Machado y Morales lors d'élections contestées. Julio Antonio Mella, leader étudiant universitaire, fonde le Primer Partido Comunista Cubano le 16 août 1925, héritier du Partido Revolucionario Cubano de José Martí. En 1927, Gerardo Machado fait un pas vers la dictature (demande d'extension de son mandat, souhait de pouvoir être réélu alors que c'est interdit dans la constitution de 1901...). Aureliano Sánchez Arango fonde le Directorio Revolucionario Estudiantil pour lutter contre ce régime. Gerardo Machado désirant consolider sa situation et son pouvoir se livre à des persécutions politiques. À sa demande, le conseil universitaire met en place un tribunal disciplinaire qui acte l'expulsion des dirigeants du Directorio Revolucionario Estudiantil : Aureliano Sánchez Arango, Eduardo Chibás, Antonio Guiteras... Le 1er novembre 1928, Gerardo Machado s'auto-proclame candidat unique du parti libéral et il est élu à nouveau sans réelle opposition politique.

Cuba - Gerardo Machado

Gerardo Machado

Durant les années 1920, l'augmentation du tourisme permet de commencer à développer les premières infrastuctures. Pour animer les soirées du week-end, ces hôtels, cabarets et casinos n'hésitent pas à faire venir par ferry des orchestres américains jugés plus prestigieux que les formations locales. Mais en 1929, Cuba fait face à la crise financière. Le cours du sucre s'effondre. Le 1er janvier 1930, le gouvernement décide la réduction des salaires de tous les employés du secteur public (sauf pour les soldats). Toute manifestation publique d'un parti ou d'un groupe non-enregistré est interdite durant la zafra (récolte de la canne à sucre). En mars, le peuple proteste massivement contre les autorités qui ne payent pas les salaires des agriculteurs et des travailleurs à temps. L'impopularité de Gerardo Machado augmente. Le 19 mai 1930, 8 membres participant à un rassemblement nationaliste sont tués et plusieurs dizaines sont blessés. La tragédie marque l'opinion publique. Le 18 mai, des travailleurs des chemins de fer se déclarent en grève. L'armée les remplace et arrête les leaders du mouvement. Le 30 septembre, la police, informée d'une manifestation du Directorio Estudiantil Universitario, dérivé du Directorio Revolucionario Estudiantil, bloque les rues autour de l'université et affronte les étudiants. Après plusieurs interpellations, le dirigeant Rafael Trejo González trouve la mort. Le 11 novembre, des manifestations estudiantines violentes contre le gouvernement à Pinar del Río, Santiago de Cuba, Santa Clara et dans diverses autres villes. Fin novembre, tout les écoles cubaines sont fermées. La publication du plus ancien journal, le Diario de la marina, est suspendue. Le 28 décembre, le Havana Yacht Club est fermé par la police car il abrite soi-disant une conspiration contre les autorités.

L'année 1931 marque le paroxysme d'un véritable régime de terreur. Le 4 janvier, tous les membres du Directorio Estudiantil Universitario sont arrêtés. Le 14 février, 85 professeurs d'université dont Ramón Grau San Martín sont traduits en justice pour sédition et conspiration contre le gouvernement. Devant l'autoritarisme de Gerardo Machado, une rumeur de révolution imminente circule en juillet. Le 9 juillet, le capitaine Miguel Calvo, chef du corps de répression du gouvernement, est assassiné par balle depuis une voiture passant dans la rue. Cet événement ouvre une période de brutalité et de terrorisme menés par le gouvernement comme par l'opposition. Le 10 août, Carlos Mendieta Montefur et Mario García Menocal organisent une révolte au centre de l'île mais ils sont facilement arrêtés à Río Verde (Pinar del Río) le 14. En septembre/octobre, une organisation politique secrète est mise en place par Joaquín Martínez Saenz. Sous le nom d'ABC, elle vise à punir les principaux représentants du gouvernement Machado qui ont participé à des agressions violentes contre l'opposition comme le président du sénat Clemente Vázquez Bello. L'ABC vient renforcer l'action du Directorio Estudiantil Universitario. Sous la pression des opposants, Gerardo Machado annonce le 23 décembre dans le Diario de la marina qu'il ne restera pas au pouvoir après le 20 mai 1935, "ni une minute de plus, ni une minute de moins".

La brutalité de Gerardo Machado lui permet de maintenir un calme apparent en 1932. Ceci ne durera pas car en mars 1933, une junte révolutionnaire est créée à Miami. Elle inclut des représentants de l'opposition au président (Directorio Estudiantil Universitario, Acción Revolucionaria, Conjunto Revolucionario Cubano, les Nacionalistas et ABC entre autres). Ils apportent un soutien financier et militaire à l'opposition sur l'île. Le 25 juillet, les conducteurs de bus se déclarent en grève. Les États-Unis envoient Benjamin Sumner Welles pour rétablir le calme sans avoir recours à une nouvelle intervention comme spécifiée dans l'amendement Platt. Gerardo Machado n'accepte pas l'ingérence américaine. Le 1er août, les travailleurs dans l'automobile se mettent également en grève pendant 24 heures par solidarité. Le 4 août, la grève des chauffeurs de bus se transforme en grève générale qui paralyse une bonne partie de la Havane. Pour casser le mouvement, Gerardo Machado trouve un compromis avec les leaders communistes. Avant même que l'accord ait pu être mis en place, il est annoncé à la radio. Débordante de joie, la foule envahit les rues et se dirige vers le palais présidentiel. La police les en empêche, près de 20 personnes sont tuées et d'autres blessées. Le 9 août, la grève se répand dans tous les pays. Le 12 août, un groupe d'officiers de l'armée prend possession déclarent une rébellion contre le gouvernement. Gerardo Machado est contraint de quitter le pays. Il s'enfuit vers les Bahamas.

Gerardo Machado est remplacé par Carlos Manuel de Céspedes y Quesada, ex-ambassadeur de Cuba aux États-Unis, pour une période de transition. Sans prévenir le nouveau président, l'ambassadeur américain Benjamin Sumber Welles propose le 13 août 1933 à des dirigeants de l'ABC, qui s'est converti en véritable parti politique et a rompu ses liens avec le Directorio Estudiantil Universitario, de prendre part au gouvernement provisoire. Le 14 août, Manuel de Céspedes dévoile son nouveau cabinet qui inclut moins de membres de l'ABC que Welles l'avait promis. Cette organisation apporte un appui politique interne au président. Le 24 août, le Directorio Estudiantil Universitario édite un manifeste-programme, très critique contre le gouvernement provisoire, l'ABC et la structure du pouvoir politique de Cuba. Le 26 août, des sergents mécontents constituent la Junta de los ocho, Junta de defensa ou Unión militar revolucionaria avec Pablo Rodríquez Silverio, Rubén Fulgencio Batista y Zaldívar, José Eleuterio Pedraza... Ils demandent entres autres l'épuration immédiate des forces armées, la punition des militaires qui ont commis des crimes sous le régime de Gerardo Macahado ou la modification de la loi de retaire militaire. Le 5 septembre, Fulgencio Batista prend le contrôle de l'île au cours de la Revuelta de los sargentos (révolte des sergents). Il est rejoint par l'ABC, le Directorio Estudiantil Universitario, Pro Ley y Justicia et des professeurs universitaires pour former l'Agrupación Revolucionaria de Cuba. Manuel de Céspedes et son cabinets quittent le palais présidentiel le 6 septembre. Le pouvoir revient à une commission exécutive appelée pentarquía qui comprend Ramón Grau San Martín, Guillermo Portela, José Miguel Irisarri, Sergio Carbó et Fulgencio Batista.

Le pentarquía ne fonctionne pas et le 10 septembre 1933, Ramón Grau San Martín prête serment devant une large foule. Il prend la tête d'un gouvernement dit "des 100 jours". Fulgencio Batista est nommé chef colonel des armées, ce qui lui donne beaucoup de pouvoir sur la présidence. Rapidement, Ramón Grau San Martín se lance dans des réformes profondes du pays avec son vice-président Antonio Guiteras Holmes : limitation de la durée de travail journalier à 8 heures (19 septembre 1933), droit de vote pour les femmes (2 janvier 1934), autonomie universitaire (6 octobre 1933), création d'un ministère du travail (2 octobre 1933), nationalisation de l'électricité (30 septembre 1933) dont le prix diminue de 45% (6 décembre 1933), gel du prix du gaz et du téléphone (30 septembre 1933) ou restriction du nombre d'employés étrangers à 50% des effectifs de chaque entreprise (30 septembre 1933) puis à 80% (10 octobre 1933). Il débute également une réforme agraire et impose à tous les professionnels (avocats, physiciens, architectes...) d'adhérer à des organisations professionnelles. Il pratique une politique nationaliste et anti-immigré que l'ambassadeur Sumner Welles qualifie de communiste et irresponsable. Ramón Grau San Martín suspend le paiement de la dette du pays et abroge unilatéralement l'amendement Platt. Les États-Unis ne reconnaissent pas le gouvernement Grau-Guiteras. Seule la base navale de Guantánamo est conservée. L'ABC et le parti communiste s'opposent également à ce gouvernement. Les communistes soutiennent quelques unes des mesures appliquées mais n'ont pas confiance.

Cuba - Ramón Grau San Martín

Ramón Grau San Martín

Le 21 septembre 1933, Sumner Welles rencontre secrètement Fulgencio Batista. Ils évoquent le remplacement de Ramón Grau San Martín. Le 22 septembre 1933, la Ala Izquierda Estudiantil formée d'étudiants qui se sont séparés du Directorio Estudiantil Universitario proteste contre le renvoi de certains professeurs des écoles de la Havane. Le 29 septembre, la police use d'armes pour disperser une manifestation organisée par le parti communiste en l'honneur de Julio Antonio Mella, assassiné en 1929, dont les cendres sont rapatriées depuis le Mexique. 6 personnes trouvent la mort et une 20aine sont blessées. Sans prévenir, l'armée attaque l'Hotel Nacional. 14 officiers sont tués et 17 blessés. Les autres sont emprisonnés. Le 4 octobre 1933, Ramón Grau San Martín est victime d'un attentat mais il s'en sort indemne. Le jour même, Fulgencio Batista et Sumner Welles se réunissent à nouveau. Ce dernier demande un gouvernement solide et démocratique que les USA puissent reconnaître. Le lendemain, ils se rencontrent une fois de plus. Fulgencio Batista affirme avoir le soutien d'hommes d'affaire, de responsables de la finance et de dirigeants politiques d'opposition. Le 24 octobre, l'ABC se divise en 2 branches, l'une appuyant le gouvernement et l'autre non. Fin octobre, on dit que l'espoir de conciliation a disparu. Les étudiants et les membres de l'ABC sont en conflit ouvert.

Cuba - Fulgencio Batista

Fulgencio Batista

Le 3 novembre 1933, Ramón Grau San Martín, Antonio Guiteras et des membres du Directorio Estudiantil Universitario se réunissent chez Sergio Carbó. Le président reproche à Fulgencio Batista ses rencontres avec Sumner Welles sans son accord. Le Directorio Estudiantil Universitario propose qu'il soit fusillé. Fulgencio Batista s'excuse auprès de Ramón Grau San Martín qui le laisse partir. Le lendemain, le Directorio Estudiantil Universitario est dissout. Une partie de l'armée de l'air cubaine et des groupes militaires se rebellent contre le gouvernement le 8 novembre. Les nationalistes Rafael Iturralde et Juan Blas Hernández sont rejoints par des membres de l'ABC dirigés par Carlos Saladrigas y Zayas. Il se réfugient dans le Castillo de Atarés. Ils prennent rapidement le contrôle de postes de police havanais. 2 avions attaquent le palais présidentiel. Fulgencio Batista donne l'ordre à l'armée de combattre aux côtés du gouvernement. Le 9 novembre, Ramón Grau San Martín annonce la victoire du gouvernement et condamne ces actions qu'il qualifie de "fausses révolutions". Divers prisonniers dont Juan Blas Hernández sont fusillés.

Le 16 novembre 1933, Horace Greeley Knowle, ancien ambassadeur des USA en Bolivie et au Nicaragua, accuse Sumner Welles d'aider ouvertement la contre-révolution.

Le 19 novembre 1933, Ramón Grau San Martín invite Fernando Ortiz à rejoindre son cabinet pour trouver une solution qui permet d'unifier les divers groupes révolutionnaires. Il refuse mais propose que soient inclus des représentants de chaque groupe politique important dans un gouvernement national. La méfiance, la suspicion et la rancune empêchent la mise en place de cette initiative. Le 22 novembre, Ramón Grau San Martín envoit une lettre à Franklin Delano Roosevelt lui demandant la fin de l'ingérence de Welles à Cuba. Le 24 novembre, Jefferson Caffery est nommé à la place de Sumner Welles.

Le 9 décembre 1933, Ramón Grau San Martín tente de discuter avec l'opposition mais la réunion échoue. Le 18 décembre, Jefferson Caffery arrive à la Havane. Il déclare le lendemain que la politique qu'il va mener restera dans la ligne de son prédécesseur. Le 21 décembre, près de 100.000 personnes manifestent contre l'amendement Platt devant l'ambassade américaine à Cuba. Le 10 janvier 1934, Ramón Grau San Martín, Fulgencio Batista et Jefferson Caffery se réunissent. Jefferson Caffery fait un rapport pour le département américain disant qu'il confirme la vision de Sumner Welles : inefficacité, inaptitude et impopularité du gouvernement en place qui n'a de soutien que l'armée et les plus ignorants trompés par des promesses utopiques. Le lendemain, Ramón Grau San Martín décide d'accepter un compromis avec l'opposition et propose une élection.

Soutenu par la Junta Revolucionaria et Jefferson Caffery, Fulgencio Batista pousse le gouvernement Grau-Guiteras à démissionner. Carlos Hevia est désigné président. En réponse, Antonio Guiteras déclare une grève générale. Sous la pression de groupes militaires et de l'opposition, Carlos Hevia démissionne et il est remplacé le 17 janvier 1934 par Carlos Mendieta y Montefur, nommé par Fulgencio Batista. Ramón Grau San Martín part pour le Mexique le 20 janvier. Le jour même, nombre de travailleurs (fabrique de tabac, chemin de fer, téléphone, magasins, dépôts...) se mettent en grève. Le gouvernement annonce la mise en place d'un programme social pour lutter contre la situation pénible que vit le peuple cubain : interdiction des grèves et des syndicats politiques notamment dans les secteurs des communications et du service public. Le 23 janvier, le gouvernement américain reconnaît la présidence de Carlos Mendieta. Le 8 février, Ramón Grau San Martín, passé dans l'opposition, forme le Partido Revolucionario Cubano Auténtico (PRC-A). Le même jour, un décret est signé pour transformer l'armée nationale en armée constitutionnelle qui est dirigée par Fulgencio Batista.

Le 5 mars 1934, les employés des fabriques de tabac et des ports forment une grève générale. Le 29 mai, l'amendement Platt est totalement abrogé grâce à Cosme de la Torriente y Peraza (secrétaire d'état), Manuel Márquez Sterling y Loret de Mola (ambassadeur cubain à Washington), Cordell Hull et Sumner Welles. Un nouvel accord, le Tratado de reciprocidad est signé. Il laisse la base navale de Guantánamo aux USA pour une durée "illimitée". Le 15 juin, un attentat est perpétré contre Carlos Mendieta. Le 17 juin, des militants de l'ABC organisent une grande manifestation sur le Paseo del Prado de la Havane. Dispersée à l'arme automatique depuis des voitures, 14 participants trouvent la mort et 60 sont blessés. Le Partido Revolucionario Cubano Anténtico dénonce la politique de terreur du gouvernement. Antonio Guiteras crée La joven Cuba, nouvelle orgnisation politique. Le 18 février 1935, un grève étudiante éclate, soutenue par le Partido Revolucionario Cubano Anténtico. Le 6 mars, la La joven Cuba appelle à la grève générale. Les employés du secteur public sont les premiers à suivre. Elle est soutenue par l'ABC et les communistes. Le gouvernement censure la presse et occupe militairement l'université. Un état de siège et un couvre-feu sont déclarés le 9 mars. La grève échoue. Le 8 mai, Antonio Guiteras qui se préparait à quitter Cuba pour organiser une invasion armée est tué. Le 2 juin, l'autonomie universitaire est retirée. Le 12 décembre, Carlos Mendieta démissionne et il est provisoirement remplacé par José Agripino Barnet y Vinagres. Puis, le 10 janvier 1936, Miguel Mariano Gómez y Arias est élu. Pour avoir mis son véto sur une loi soutenue par Fulgencio Batista, il est lui-même remplacé en décembre 1936 par son vice-président, Federico Laredo Brú.

Le 10 mars 1937, une crise de cabinet entraîne le remplacement de plusieurs ministres dans le mois. Le 2 mai, Mario García Menocal crée le Partido Demócrata (PD). En juin, le Partido Unión Revolucionaria (PUR) créé récemment est autorisé quand le Partido Comunista de Cuba (PCC) reste clandestin. Le 28 septembre 1938, le Partido Nazi de Cuba est légalisé. Ce n'est qu'en novembre 1938 que le Partido Comunista le sera également. En juillet 1939, le Partido Unión Revolucionaria et le Partido Comunista s'unissent sous le nom d'Unión Revolucionaria Comunista.

1.7. Les années Batista.

Fulgencio Batista, en tant que chef d'état-major, reste l'éminence grise des présidents successifs Carlos Hevia, Carlors mendieta, José Barnet, Miguel Mariano Gómez et Federico Laredo Brú. C'est lui le véritable maître de Cuba, les présidents jouant un rôle de relais de ses idées. De 1934 à 1940, Fulgencio Batista dirige la répression contre les mouvements communistes et socialistes des centrales sucrière d'une main de fer.

Depuis 1938, Fulgencio Batista entretient de forts liens avec la mafia américaine. Il reçoit à la Havane Meyer 'Président-Directeur Général Lansky' Suchowljansky, membre fondateur de la Crime Inc. avec Salvatore 'Charles Lucky Luciano' Lucania, Frank Costello et Benjamin 'Bugsy Siegel' Siegelbaum. Meyer 'Lansky' est chargé par Batista de relancer des entreprises "sous contrôle militaire" comme des casinos (comme le Nacional) ou le champ de courses d'Oriental Park qui battent de l'aile depuis la grande dépression. Il interdit l'arnaque au craps, fait cesser le dopage des chevaux et relève le standing de ces établissements. Le business rebondit. À cette période, la mafia américaine a complètement infiltré le gouvernement cubain.

Une nouvelle constitution, modelée sur celle des États-Unis, est promulguée le 1 juillet 1940 avec la participation d'hommes politiques provenant de divers horizons : Carlos Prío Socarrás, Ramón Grau San Martín, Eduardo René Chibás y Ribas ou les communistes Blas Roca Calderío et Juan Marinello Vidaurreta. Ce texte introduit un équilibre entre les classes riches et ouvrières, garantit les droits individuels et sociaux, assure le plein-emploi et un salaire minimum, étend la sécurité sociale, appelle pour un salaire égal à travail équivalent, proscrit les grandes plantations connues sous le nom de latifundia et officialise la liberté de culte (les persécutions ne cessent pas complètement pour autant mais la situation des Noirs se détend après les 40 dures premières années du 20ème siècle). La pratique politique s'articule autour d'un régime semi-parlementaire. Le président est élu pour 4 ans.

Devant la baisse de popularité de Federico Laredo Brú, Fulgencio Batista se présente aux élections présidentielles du 14 juillet 1940 en tant que candidat de la coalition sociale-démocrate, incluant le vieux parti communiste cubain. Il les remporte face à Ramón Grau San Martín pour le Partido Revolucionario Cubano Anténtico, bien que le résultat soit très discuté et entaché de doutes de fraude.

Suite à la dégradation des relations entre Cuba et les États-Unis durant l'année 1939, l'industrie sucrière est durement affectée même si le traité signé le 27 décembre 1939, qui rétablit un système de quotas pour cette industrie, soulage un peu la situation. Le 9 décembre 1941, Cuba entre aux côté des Alliés de la Seconde Guerre mondiale. En 1943, Fulgencio Batista légalise le Partido Socialista Popular (PSP, nouveau nom de l'Unión Revolucionaria Comunista). Aux élections de 1944, Fulgencio Batista soutenu par ce dernier parti est battu par son ancien rival, Ramón Grau San Martín, candidat d'une large coalition de partis. Il sera le premier président à s'opposer ouvertement contre la dominance américaine. En octobre 1945, Cuba rejoint l'organisation des Nations Unies.

Fin décembre 1946, 'Lucky Luciano', expulsé des États-Unis vers l'Italie puis accepté par Cuba, préside un grand rassemblement mafieux à l'Hotel Nacional de la Havane. Sont entre autres conviés Meyer 'Lansky', Frank Costello, Gaetano 'Tommy' Lucchese, Vito 'Don Vito' Genovese, Joseph Charles 'Joe' Bonanno, Santo Trafficante Junior, Umberto 'Albert Anastasia' Anastasio, Louis 'Lepke' Buchalter, Carlos Marcello, Guarino 'Willie' Moretti, Giuseppe 'Joe' Profaci, Abner Zwillman et Morris 'Moe' Barney Dalitz. Le sujet principal concerne l'assassinat de 'Bugsy Siegel' à cause des pertes qu'il a généré. En février 1947, le gouvernement américain fait pression sur la présidence cubaine pour que Luciano soit expulsé vers l'Italie, menaçant de couper son aide médicale (livraisons de produits pharmaceutiques). 'Lucky Luciano' est jeté dans le premier bateau. Le 15 mai, le Partido del Pueblo Cubano (PPC) ou Partido Ortodoxo (PO) est créé par Eduardo René Chibás y Ribas qui s'est séparé du Partido Revolucionario Cubano Anténtico et va s'y opposer dans les années à venir.

Le 1er juin 1948, Carlos Prío Socarrás est élu président. Fulgencio Batista, exilé en Floride depuis sa défaite contre Ramón Grau San Martín et continuant à influencer la politique insulaire, revient et est élu sénateur in absentia à Las Villas. À la tête du Partido de Acción Unitaria (PAU), il se présente à nouveau aux élections présidentielles de 1952. Les sondages le placent troisième, loin derrière Roberto Agramonte et Carlos Hevia. Le 10 mars 1952, 3 mois avant les élections, Fulgencio Batista prend le pouvoir grâce à un sanglant coup d'état soutenu par une frange nationaliste de l'armée. Il assume le rôle de président provisoire, suspend la constitution de 1940, et installe une corruption généralisée de l'élite dirigeante. Avec Batista, les gangs américains renforcent leur mainmise sur la Havane. La même année, il nomme Meyer 'Lansky' conseiller au tourisme, sorte de ministre officieux. Il descend à l'hôtel Sevilla Biltmore et contrôle les jeux au Montmartre, au Nacional ou au Monseigneur. Il fait nettoyer les maisons "crapuleuses" et les tripots, pas assez chic à son goût.

Le 2 juin 1953, le Partido Auténtico de Carlos Prío Socarrás et le Partido Ortodoxo d'Emilio Ochoa signent le Carta de Montreal ou Pacto de Montreal pour établir un programme politique minimal pour lutter contre Fulgencio Batista : rétablissement de la constitution de 1940, convocation d'élections libres sans Batista, formation d'un gouvernement provisoire qui met en place ce suffrage.

Si le nouveau gouvernement est rapidement reconnu par plusieurs pays, dont les États-Unis, il est cependant contesté à l'intérieur. Fidel Alejandro Castro Ruz, jeune avocat de 27 ans qui avait déjà tenté sans succès de faire comparaître Fulgencio Batista devant la justice pour son coup d'état, décide d'utiliser la manière force. Pour cela, il a besoin d'armes et de combattants. Il décide alors de prendre d'assaut la caserne de Moncada de Santiago de Cuba, principale place forte et réserve d'arme de la région. De plus, si l'opération réussi, il pense que de nombreux mécontents du régime en place vont se rallier à sa cause. Profitant d'une nuit de carnaval (Saint James) et pensant que les soldats seraient moins attentifs ou enivrés, il lance l'attaque le 26 juillet 1953, tôt le matin. En même temps, un second groupe de rebelles lancent une offensive contre la caserne Carlos Manuel Céspedes de Bayamo. Fidel Castro Ruz dirige environ 135 hommes dont de nombreux membres du Partido Ortodoxo. Cette action armée, qui prend le nom de "mouvement du 26 juillet", se solde par un échec. De nombreux rebelles sont tués. Devant le massacre des leurs, les soldats qui soutiennent le régime de Fulgencio Batista se montrent en retour d'une sauvagerie sans pitié. Ceux qui se rendent sont sauvagement sommairement. Fidel et son frère Raúl Casto parviennent à s'enfuir.

Dans les semaines qui suivent, les survivants sont poursuivis. Quelques jours plus tard, l'archevêque de Santiago, Monseigneur Enrique Pérez Serantes, ami d'Ángel María Bautista Casto y Argiz (père de Fidel Castro), appelle à l'apaisement et demande la paix pour les morts. Les atrocités du régime en place soulèvent en plus un tel scandale que les soldats pris sont emprisonnés pour être jugés. C'est le cas de Fidel Casto qui, le 1er août 1953, est capturé et envoyé à la prison de Boniato. Leur procès s'ouvre le 21 septembre mais Fidel Castro est jugé seul le 16 octobre. Malgré sa propre défense qui se termine par la célèbre phrase "la historia me absolverá", ce dernier est condamné à 15 ans de prison à Presidio Modelo sur l'île de la Jeunesse.

Cuba - Fidel Castro

Fidel Castro

En octobre 1953, Fulgencio Batista rend le Partido Socialista Popular illégal et interdit la publication de ses revues Hoy et Ultima Hora. En mai 1954, un large mouvement se met en place pour demander l'amnistie de Fidel Castro et des prisonniers de Moncada. En juin, le feuillet La historia me absolverá commence à circuler clandestinement. Pour le premier anniversaire de l'attaque de la Moncada, une manifestation dirigée par Haydée Santamaría Cuadrado et Melba Hernández Rodríguez del Rey est dispersée par la police près du cimetière Colón. Le 14 août, Fulgencio Batista cède sa place de président à Andrés Domingo y Morales del Castillo pour se présenter aux élections du 1er novembre. Il est à nouveau élu dans une élection pour laquelle il est candidat unique, Ramón Grau San Martín s'étant retiré et ayant appelé au boycott, pour protester contre la corruption du régime et les fraudes et intimidations mises en place par Fulgencio Batista pour assurer sa victoire.

Le 28 janvier 1955, pour l'anniversaire de la naissance du héros libérateur José Martí, un groupe se donne rendez-vous sur sa tombe à Santiago mais ils sont brutalisés par la police. Le 6 février, Jorge Mañach y Robato crée le Movimiento de la Nación avec espoir de sortir de la crise institutionnelle. Le 11 février, Carlos Prío Socarrás ainsi que des modérés adressent une lettre au président américain Richard Milhous Nixon pour lui demander de faire pression sur Fulgencio Batista afin qu'il démissionne. En raison de la pression de personnalités civiles et de l'opposition générale, Fulgencio Batista décide une amnistie générale le 15 mai. Tous les prisonniers politiques, y compris les participants à l'attaque de la Moncada, sont libérés. Les frères Castro s'exilent et débarquent le 8 juillet au Mexique d'où ils créent le Movimiento 26 de julio ou M-26-7 et planifient de renverser Fulgencio Batista. En août, Fidel Castro envoie le "manifesto número 1 del 26 de julio" à la direction du Partido Ortodoxo, l'un des principaux partis avec son rival le Partido Auténtico (autre nom du Partido Revolucionario Cubano Auténtico), qui indique que "no constituimos una tendencia dentro del partido, somos el aparato revolucionario del chibaismo". Le 1er octobre, l'ancien président Carlos Prío Socarrás organise un grand meeting contre Fulgencio Batista. La Sociedad de Amigos de la República présidée par Cosme de la Torriente y Peraza, vétéran reconnu de la guerre d'indépendance, célèbre le 19 novembre un meeting qui rassemble opposants les plus remarqués (Raúl Chibás Rivas, José Pardo Llada, Carlos Prío Socarrás, Ramón Grau San Martín, José Antonio Echeverría Bianchi, Amalio Fiallo ou José Andreu). Le 12 décembre, cette société condamne la répression publique et exhorte le gouvernement à remettre le pays dans le droit chemin de la démocratie, de la constitution et de la loi. Le 26 décembre, commence une grève générale des travailleurs du sucre. Plus d'un demi-million de personnes viennent grossir ses rangs jusqu'en janvier 1956. Le mouvement, appuyé par le Directorio Estudiantil de la Universidad de la Habana, les fidelistes et les communistes, pousse Fulgencio Batista à s'entretenir avec Cosme de la Torriente y Peraza, sans succès.

Le 10 janvier 1956, Fulgencio Batista rencontre à nouveau Cosme de la Torriente y Peraza. Ils se mettent d'accord pour créer un groupe de travail incluant des représentants de l'opposition et des partisans du régime. Cela ne fonctionne pas. Le 24 février, José Antonio Echeverría annonce la création du Directorio Revolucionario (aussi appelé Directorio Revolucionario 13 de marzo ou DR-13-3, date de son officialisation) dont l'objectif affiché est de préparer la lutte armée contre la dictature de Fulgencio Batista. Le 11 mars, ce dernier effectue une intervention télévisée pour dénigrer les pétitions organisées par la Sociedad de Amigos de la República. Le lendemain, Cosme de la Torriente y Peraza déclare rompu le dialogue "civique" avec la dictature. Le 4 avril, le colonnel Ramón Barquín tente un coup d'état appelé l'Intento de golpe de estado en Cuba de 1956 ou Conspiración de los puros. C'est un échec. Le 29 avril, l'Organización Auténtica (aile militaire du Partido Auténtico) et le AAA ("nom de guerre" de l'organisation clandestine Frente Nacional Democrático créée en 1952 par Aureliano Sánchez Arango après la prise de pouvoir de Fulgencio Batista) tentent en vain une attaque, menée par Reynold García, de la caserne Domingo Goicuría de Matanzas. Au Mexique, 28 révolutionnaires cubains sont arrêtés le 24 juillet dont Fidel Castro (relâché le 24 juillet) et Ernesto 'Che' Guevara (libéré une semaine plus tard) qui se sont rencontrés peu de temps avant. Le 5 août, Fidel Castro se rend aux États-Unis pour y récolter de l'argent.

Cuba - 'Che' Guevara

'Che' Guevara

1.8. La Révolution de 1959.

Le 29 août 1956, Fidel Castro qui représente le Movimiento 26 de julio et José Antonio Echeverría pour le Directorio Revolucionario signent au Mexique le Pacto de México ou Carta de México qui appelle à la lutte armée. Leur première action a lieu le 27 octobre : Antonio Blanco Rico, chef de la police de Fulgencio Batista, est assassiné par balle par des membres du Directorio Revolucionario. Le 2 novembre, Fidel Castro déclare dans le journal "Alerta" qu'il va bientôt débarquer à Cuba. Cependant, les autorités mexicaines découvrent les armes entreposées par le Movimiento 26 de julio le 15 novembre et ordonnent à Fidel Castro de quitter le pays le 21 novembre. Le 25 novembre, Fidel et Raúl Castro, 'Che' Guevara et 82 rebelles se dirigent vers l'Oriente de Cuba dans le yacht le Granma. Le 30 novembre, Frank País et 300 hommes attaquent le quartier général de la police, l'administration douanière et le port de Santiago de Cuba. Le lendemain, la rébellion s'étend à toute la ville. Le 2 décembre, le Granma atteint les plages de Las Coloradas, près de Belic. L'arrivée était initialement prévue simultanément à l'attaque de Santiago mais des problèmes logistiques, une météo difficile et le manque de communication avec les terres compliquent les opérations. Ils sont bombardés par l'aviation de Fulgencio Batista et les survivants se dispersent autour de Niquero. Le 5 décembre, des combats ont lieu à Alegría de Pío. Les insurgés sont défaits et quelque uns, dont les frères Castro, 'Che' Guevara, Juan Almeida Bosque et Calixto García, peuvent se replier au plus profond de la Sierra Maestra. Les autres sont capturés et exécutés.

Cuba - Sierra Maestra

Sierra Maestra

Le 18 décembre, quelques survivants du Granma se regroupent à Purial et organisent la première unité de guérilla. Ils sont rejoints par 'Che' Guevara et Juan Almeida. Le 24 décembre, les dirigeants du Movimiento 26 de julio se rencontrent secrétement pour réfléchir au support à apporter aux rebelles de la Sierra Maestra. Le 31 décembre, une bombe du Movimiento 26 de julio souffle le cabaret Tropicana.

Le 2 janvier 1957, 4 jeunes dont William Soler, 14 ans, sont retrouvés morts dans un bâtiment désaffecté. Ils ont été soupçonnés d'activités révolutionnaires, arrêtés et torturés. 2 jours plus tard, 500 femmes, dont la mère de Soler, défilent en blanc dans les rues de Santiago. Malgré la multiplication des actes de rébellion, Fulgencio Batista déclare le 12 janvier que la paix règne dans le pays, à l'exception de quelques bombes posées par des communistes. Les fidelistes réussissent pourtant l'attaque d'une petite caserne de La Plata et obtiennent quelques armes. Fulgencio Batista réagit en envoyant le 21 janvier une troupe d'élite menée par Angel Sánches Mosquera à la recherche des rebelles. Une plus grosse unité dirigée par Joaquín Casillas Lumpuy suivra. À la Havane, Faustino Pérez Hernández (Movimiento 26 de julio) et Raúl Chibás (Parti Ortodoxo) commencent à organiser la résistance. Le 9 février, l'armée attaque les rebelles à Altos de Espinosa. Le 17 février, le journaliste Herbert Matthews du New York Times interviewe Fidel Castro qui est conscient de l'importance de la communication. La publication le 24 février donne une couverture mondiale à la guérilla. Le 28 février, le Partido Socialista Popular écrit au Movimiento 26 de julio pour expliquer son refus de la lutte armée. Le 1er mars, l'armée annonce qu'elle a vaincu la rébellion.

Le 11 mars 1957, Frank País est arrêté pour avoir participé à l'insurrection de novembre 1956. Le 13 mars, un groupe du Directorio Revolucionario mené par Faure Chaumont rejoints par des membres du Partido Auténtico de Menelao Mora Morales et Carlos Gutiérrez Menoyo attaque le palais présidentiel. En parallèle, José Antonio Echeverría prend d'assaut la radio CMQ d'où il diffuse un message au peuple cubain. En retournant à l'université, il est tué. La même nuit, la police exécute Pelayo Cuervo Navarro, dirigeant du Parti Ortodoxo. Une vague de répression et d'assassinats envahit le pays. Le 20 avril, Fulgencio Batista fait exécuter 4 leaders étudiants du Directorio Revolucionario (Joe Westbrook Rosales, José 'Machadito' Machado Rodríguez, Juan Pedro Carbó Servía et Fructuoso Rodríguez Pérez) qui ont survécu à l'attaque du 13 mars. L'événement sera retenu comme le "massacre du 7, rue Humboldt". Le 23 avril, le journaliste Robert Taber réaliste une interview télévisée de Fidel Castro pour CBS-TV. Le 17 mai, le dirigeant communiste Ursinio Rojas Santiesteban est arrêté à la Havane. Le 18 mai, les rebelles reçoivent quelques armes automatiques et des munitions dans la Sierra Maestra. Le 20 mai, Fidel Castro demande au président américain Dwight David Eisenhower de cesser de fournir des armes à Fulgencio Batista. Le 26 mai, le yacht Corinhia débarque à Mayarí. La plupart sont fusillés ou assassinés. Le même jour, une bombe endommage sérieusement le moulin Tinguaro à Matanzas. Le 28 mai, la rébellion attaque la caserne El Uvero, au sud de la Sierra Maestra, et mettent la main sur de nombreuses armes. Le 30 mai, Fulgencio Batista intensifie la guerre contre les insurgés dans les montagnes.

Le 12 juillet 1957, Fidel Castro et des dirigeants du Partido Ortodoxo (Raúl Chibás et Felipe Pazos) signent le Manifesto de la Sierra Maestra. Il appelle à la formation d'un Frente Cívico Revolucionario pour "mettre fin au régime de force, de violation des droits individuels et des crimes de la police". Le 21 juillet, 'Che' Guevara est le premier combattant à être promu commandant par Fidel Castro. Il prend la tête du second régiment de l'armée rebelle. Le 30 juillet, le colonel José Salas Cañizares assassine Frank País, un des leaders du Movimiento 26 de julio. Le lendemain, 60.000 personnes assistent à une marche funèbre en son honneur. La foule est trop nombreuse pour la police et la ville est fermée pendant 3 jours. Le 15 août, un grand nombre de personnes sont arrêtées par la police : Francisco Pérez Rivas, María Urquiola Lechuga, Mercedes Urquiola Lechuga, José Manuel Alvárez Santa Cruz, Francisco Miares Fernández, Manuel de Jesús Alfonso, Enrique Delgado Mayoral, Eliecer Cruz Cabrera, Eladio et Ignacio Alfonso Carrera, José Herrera León, Ubaldo Fiallo Sánchez, Antonio Fernández Segura, Jorge Alvarez Tagle, Juan Fernández Segura, Francisco Gómez Bermejo, Pastor Valiente Hernández, Norberto Belanzoarán López... Le 20 août, les rebelles remportent une victoire supplémentaire à Palma Mocha. Le 5 septembre, une insurrection éclate à Marina de Guerra. L'aviation bombarde la population, violant la convention signée avec les États-Unis. Le 4 novembre, le journal El cubano libre de l'armée rebelle est publié par 'Che' Guevara dans les montagnes de la Sierra Maestra. Le 28 novembre, un attentat à la bombe est perpétré contre les installations électriques de Nicaro. Le 30 novembre, le Pacto de Miami est signé par des leaders du Partido Auténtico, du Partido Ortodoxo, du Directorio revolucionario, de la Federación Estudiantil Universitaria... La Junta de liberación cubana est créée depuis les USA. Le 6 décembre, les troupes rebelles affrontent l'armée de Fulgencio Batista à El Salto. Le 14 décembre, Fidel Castro dénonce le Pacto de Miami et la Junta de liberación cubana. Il ne conçoit pas de recevoir d'ordres venant de personnes qui ont fuit le combat.

Au début de l'année 1958, Fulgencio Batista reçoit 1.000.000 de dollars d'aide militaire de la part des États-Unis. Tout le matériel de combat de l'armée vient des USA et les soldats sont entraînés par les forces armées étasuniennes. Le 11 février, les forces rebelles signent la première loi qui rétablit la peine de mort pour les délits d'assassinat, de rapine ou de torture. Le 23 février, le coureur automobile Juan Manuel Fangio est enlevé par le Movimiento 26 de julio. Le 24 février, 63ème anniversaire de la guerre d'indépendance, Radio Rebelde commence à émettre depuis la Sierra Maestra, "territoire libre de Cuba", sous la direction de Carlos Franqui et animé par Violeta Casals Díaz. Le 10 mars, les insurgés ouvrent un nouveau front au nord de Santiago, dans la Sierra Cristal. Au cours du même mois, 45 institutions civiles (organisation des avocats, des architectes, des comptables publics, des dentistes, des ingénieur de l'électricité, des travailleurs sociaux, des professeurs, des vétérinaires...) signent une lettre ouverte en soutien au Movimiento 26 de julio. Le 1er avril, le mouvement appelle au non-paiement des impôts. Le 5 avril, le Movimiento 26 de julio appelle les juges, la police et les militaires à abandonner leurs postes. Le 9 avril, une grève générale éclate mais elle est peu suivie par manque de soutien populaire et à cause d'une brutale répression du régime. Le 14 mai, Fulgencio Batista lance l'operación verano, massive offensive contre les insurgés. Les forces rebelles enlèvent plusieurs américains. Elles obtiennent une victoire importante le 29 juin à Santo Domingo de Cuba. La bataille de Jigüe qui a lieu du 11 au 21 juillet marque un point important dans la lutte armée contre le pouvoir. Le 20 juillet, le Pacto de Caracas se concluent par la formation de la Junta de Unidad ou Frente Cívico Revolucionario Democrático qui rassemble de nombreux opposants au régime. Les 18 et 19 août, sur Radio Rebelde, Fidel Castro appelle les soldats de Fulgencio Batista à déposer les armes. Le lendemain, le teste du Pacto de Caracas est diffusé. Il demande la fin du support américain au régime de Fulgencio Batista. Le 29 août, 2 colonnes se dirigent vers les provinces occidentales. Les insurgés remportent les batailles de Santa Cruz del Sur (7 septembre), Yara (18 septembre) et Cerro Pelado (27 et 28 septembre). Le 9 octobre, l'armée rebelle crée un nouveau front dans l'Oriente. Le lendemain, elle propose une série de lois : réforme agraire, interdiction de participer aux élections planifiée pour l'année en cours, les fermiers et agriculteurs deviennent propriétaires de leurs terres... En octobre, les leadeurs ouvriers du Movimiento 26 de julio et les communistes se rassemblent pour former le Frente Obrero Nacional Unido. Les rebelles remportent les batailles de Güinía de Miranda (26 et 27 octobre) et d'Alto Songo (2 novembre). Le 3 novembre, dans une élection truquée, le candidat supporté par Fulgencio Batista, Andrés Rivero Agüero, est déclaré vainqueur. Les défaites du gouvernement en place continuent à Palmo Soriano (7 décembre), à Baire et San Luis (9 décembre) et à Fomento (15 au 18 décembre). Le 17 décembre, Earl Smith, ambassadeur des États-Unis demande à Fulgencio Batista de démissionner de ses fonctions. Les rebelles progressent : Jiguaní, Caimanera et Mayajigua (19 décembre), Cabaiguán (22 décembre) et Sancti Spíritus (23 décembre). Menacé, Fulgencio Batista envisage de transférer le pouvoir à une junte et de quitter l'île le 26 janvier 1959. Les insurgés prennent Caibarién (26 décembre) et Remedios et Palma Soriano (27 et 28 décembre). Ils prennent Santa Clara le 29 décembre et entourent Santiago de Cuba. Le même jour, les proches de Fulgencio Batista s'enfuient aux USA. Le lendemain, El Caney tombe. Le jour suivant, c'est Las Villas. Le 1er janvier 1959, Fulgencio Batista quitte le pays en avion et se réfugie à Santo Domingo.

Comme l'a décrit Arthur Meier Schlesinger, historien américain, "la corruption du gouvernement, la brutalité de la police, l'indifférence du régime pour les besoins d'éducation, de soins médicaux, de logements, de justice sociale, d'équité économique... du peuple est une invitation à la révolution". Le peuple voit dans le départ de Fulgencio Batista la fin de l'oppression policière, des inégalités sociales, de l'omniprésence de la mafia américaine (qui transforme la Havane en "bordel de l'Amérique" en construisant casinos et hôtels riches touristes américains dont le Habana Riviera, le Capri ou le Habana Hilton) et de la mainmise des USA sur la vie politique et économique de l'île (l'Amérique contrôle 90% des mines, 90% des plantations, 80% des services publics, 50% des chemins de fer, 40% de la production de sucre qu'elle achète à prix préférentiel et 25% des banques de dépôts).

1.9. L'ère Fidel Castro.

Le 1er janvier 1959, les forces révolutionnaires (aussi appelées les barbudos, les barbus) prennent le contrôle de la Havane, sous la direction de 'Che' Guevara et Camilo Cienfuegos Gorriarán. À Santiago de Cuba, Fidel Castro prononce un discours de victoire. Manuel Urrutia Lleó, juge conservateur et anti-communiste convaincu qui a défendu la cause des combattants de l'assaut de la Moncada, est installé président du gouvernement révolutionnaire et José Miró Cardona, premier ministre. Fidel Castro arrive à la Havane le 7 janvier et prononce un grand discours en faveur de l'unité révolutionnaire. Le même jour, le gouvernement américain reconnaît officiellement le nouveau gouvernement cubain. Les hommes de main et les anciens policiers du régime de Fulgencio Batista sont exécutés par des brigades armées. Le 23 janvier, le colonel Jesús Sosa Blanco est condamné à mort devant une foule de 18.000 spectateurs. L'ancien capitaine Pedro Morejon est condamné à mort à la Havane. Le 7 février, la constitution de 1940 est rétablie. Le 16 février, Fidel Castro remplace José Miró Cardona qui a démissionné de son poste de premier ministre.

Le 3 mars 1959, le gouvernement révolutionnaire nationalise la compagnie de téléphone et réduit le tarif des appels. Le 6 mars, il demande de l'aide à l'association des banquiers de Cuba. Le lendemain, la Ley de alquileres baisse les loyers de 50%. Le 22 mars, dans un meeting pour la Confederación de trabajadores de Cuba, Fidel Castro prononce un discours anti-américain et isolationniste bien qu'entre le 15 et 26 avril, il se rende aux États-Unis afin d'expliquer la révolution qu'il est en train de mener. Il est alors reçu par Richard Milhous Nixon car Dwight David Eisenhower refuse l'entretien. Il dit ne pas désirer s'orienter vers le communisme et souhaiter garder des relations cordiales avec ses voisins. Le 2 mai, Fidel Castro assiste à la réunion des pays d'Amérique latine et réclame 30.000 millions de dollars d'aide en 10 ans pour la croissance du contient. En même temps, Cuba et les USA signent un accord d'aide au développement. Manuel Urrutia Lleó prononce un discours anti-communiste le 8 juin. Fidel Castro critique les déclarations du président. Le 17 mai, la première réforme agraire est menée. Elle limite la taille des exploitations et les paysans commencent à récupérer leurs terres grâce à l'expatriation des grands propriétaires. Le 16 juillet, Fidel Castro démissionne et force la chute de Manuel Urrutia Lleó. Osvaldo Dorticós Torrado le remplace le lendemain. Fidel Castro redevient premier ministre.

En juin 1959, 'Che' Guevara crée le premier contact officiel avec l'Union Soviétique. En septembre, il se rend également en Asie, en Afrique et en Yougoslavie. Le 15 octobre, Raúl Castro est nommé Ministre de la Défense. Le 19 octobre, Huber Matos Benítez démissionne pour dénoncer la montée de l'influence du communisme dans le processus révolutionnaire. Il est arrêté pour trahison et condamné à 20 ans de prison. Le 26 octobre, les Milicias Nacionales Revolucionarias sont créées pour défendre l'île contre toute menace d'agression militaire venant des États-Unis et pour protéger certaines cibles stratégiques contre les actions de groupes terroristes basés à Cuba comme aux USA.

L'année 1960 est une année ponctuée de diverses décisions politiques fortes qui vont tendre les relations entre Cuba et les USA. Le 19 janvier, le journal Avance est nationalisé. Dwight David Eisenhower prononce un discours conciliant envers Cuba le 26 janvier avec qui une médiation est entreprise par l'ambassadeur argentin Julio Amoedo à la Havane. Le 5 février, Alberto Muller crée le Directorio Estudiantil Revolucionario. Le 6 février, le vice-premier ministre soviétique Anastase Ivanovitch Mikoyan se rend à la Havane. L'Union Soviétique s'engage à acheter 5 millions de tonnes de sucre sur 5 ans, à fournir Cuba en matières premières (pétrole brut, produits pétroliers, blé, fer) et machines et à lui accorder un crédit de 100 millions de dollars à 2,5% d'intérêt. Le 24 février, le journal El país est nationalisé. Le 29 février, le gouvernement cubain demande aux USA de ne pas prendre de décision unilatérale contre son économie tant qu'il y a des discussions entre les 2 pays. Le 3 mars, Cuba signe un accord économique avec la République Démocratique Allemande. Le 4 mars, le cargo français La courbe qui transporte des armes en provenance de Belgique explose dans le port de la Havane. Fidel Castro accuse les services secrets américains de sabotage. Le ton monte entre Cuba et les États-Unis. Le 9 mars, le journal El mundo est nationalisé. Le 17 mars, Dwight David Eisenhower approuve un plan d'action contre Cuba : fin de l'achat de sucre cubain, fin des livraisons de pétrole vers l'île, poursuite de l'embargo sur les armes et mise en place à Miami et au Guatemala d'une force paramilitaire composée d'exilés cubains. Le 31 mars, les radios et la télévision CMQ sont nationalisées. Toutes les émissions sont regroupées sous le Frente Independiente de Emisoras Libres. Apprenant la mise en place par les USA d'une troupe d'opposants au Guatemala, Cuba suspend ses relations avec ce pays. À New York se créent le Fair Play for Cuba Commitee sous la direction de Waldo Frank et Carlton Beals. Ce groupe activiste apporte un support à la révolution cubaine contre les attaques des États-Unis. Le 1er mai, les démocrates anti-castristes s'allient avec le Frente Revolucionario Democrático. Le 8 mai, Cuba engage des relations diplomatiques avec l'Union Soviétique. Le 16 mai, c'est avec la Tchécoslovaquie. Le même jour, le journal Prensa libre est nationalisé. Le 17 mai, la radio Radio Swan de propagande anti-castriste est lancée par la CIA américaine. Elle est relayée sur l'île par des stations clandestines financées par l'agence elle-même. Au même moment, Cuba demande aux entreprise américaines et britanniques de raffiner du pétrole soviétique. Le 7 juin, Cuba reçoit un refus de Shell, Esso et Texaco. De plus, sous la pression américaine, elles refusent de vendre du pétrole à l'île voisine. Le 10 juin, la Tchécoslovaquie concède un crédit de 20 millions de dollars à Cuba. Le 12 juin, les propriétaires américains du Hilton et du Nacional de la Havane sont expropriés sans compensation. Il en est de même avec les entreprises pétrolières Texaco (29 juin), Esso et Shell (1er juillet). En réponse, les USA déclenchent les sanctions économiques appelées Sugar Act, qui suspend leurs achats de sucre. Cuba réplique en nationalisant toutes entreprises d'intérêt national américaines. Le 8 juillet, l'Union Soviétique propose de racheter tout le sucre non-vendu aux USA, soit 700.000 tonnes sous prétexte de défendre l'île contre "les forces agressives de Washington". Cuba est avant tout un allié stratégique, au sein du contient américain, dans la confrontation américano-soviétique qui a lieu durant la guerre froide. L'URSS profite de cette opportunité pour s'introduire dans la région de Caraïbes, longtemps domaine réservé de l'influence américaine. Le 18 juillet, les journaux Bohemia et Carteles y vanidades sont nationalisés. Le 23 juillet, c'est au tour de la Chine de proposer d'acheter 500.000 tonnes de sucre par à Cuba durant 5 ans. Ceci constitue le premier accord commercial entre les 2 pays.

Le 16 août 1960, Blas Roca Calderio, secrétaire général du Partido Socialista Popular confirme que la révolution n'est pas communiste mais qu'elle en prend le chemin. Le 27 août est créé l'Instituto Cubano del Petróleo pour contrôler les entreprises pétrolières confisquées aux USA. L'administration des États-Unis exerce une pression politique sur certains pays de l'Amérique latine. Ainsi, le 29 août, les pays membres de l'OEA (Organisation des États américains) condamnent l'intervention et l'ingérence cubaine sur les intérêts extra-continentaux. Fidel Castro répond avec la Primera Declaración de la Habana dans laquelle il sa volonté de maintenir des relations avec tous les pays du bloc communiste. Le 8 septembre, une tentative d'opération de guérilla voit le jour dans la Sierra del Escambray. Le 13 septembre, les USA annoncent la mise en place d'un embargo commercial vers l'île voisine. Le 15 septembre, Fidel Castro assiste à la 15ème assemblée des Nations-Unies à New York. Il y accuse le président Dwight David Eisenhower de nuire à la révolution. Le même jour, Cuba signe un accord commercial avec la Hongrie qui lui accorde un crédit de 8 millions de dollar à rembourser sur 5 ans. Le 15 septembre, 16 fabriques de cigares, 14 usines de cigarettes et 20 entrepôts de tabac sont nationalisées. Le lendemain, ce sont les banques américaines, dont First National City Bank of New York, First National Bank of Boston ou Chase Manhattan Bank. Le 28 septembre, les Comités de Defensa de la Revolución sont créés dans tous les quartiers, les entreprises, les bureaux. Ces organismes de contrôle et de vigilance révolutionnaire offrent une fonction sanitaire et sociale en plus de fournir des services paramilitaires et policiers de surveillance diurne et nocturne.

Le 6 octobre 1960, des syndicats du secteur électrique sont licenciés à cause de leur attitude anti-communiste. Le lendemain, Cuba signe un traité commercial avec la Bulgarie. Le jour d'après, des relations diplomatiques se nouent avec ce pays. Le 13 octobre, la loi 890 prend effet et 382 industries (plantations sucrières, banques, grandes compagnies...) sont nationalisées. La loi 891 nationaliste quant à elle tout le système bancaire cubain et vers l'étranger. Le 19 octobre, les USA répondent par un embargo commercial interdisant les exportations américaines vers Cuba, qui exclus toutefois les médicaments et quelques aliments. Le 24 novembre, Cuba réplique en nationalisant 166 entreprises de plus. Le 26 octobre, Cuba établit des relations diplomatiques avec la Roumanie. Le 28 octobre, les États-Unis demandent à l'OEA d'enquêter sur l'envoi d'armes soviétiques vers Cuba. Le journal guatémaltèque La hora dévoile l'existence d'un projet de débarquement depuis le Guatemala pour faire tomber Fidel Castro. Le 18 novembre, le porte-parole du gouvernement américain dénonce l'envoi massif d'armes soviétiques vers Cuba depuis le mois de juillet 1960. Le 30 novembre, la Chine offre un crédit de 70 millions de dollar à Cuba et officialise l'achat d'un million de tonnes de sucre.

Cuba - Caricature embargo

Caricature embargo

Le 1er décembre 1960, des employés du secteur électrique effectuent une marche de protestation. Fidel Castro fait un discours indiquant qu'il a toujours été communiste. Le lendemain, Cuba établit des relations diplomatiques avec la République Démocratique du Viétnam. Le 6 décembre, 81 partis communistes moscovites se déclarent favorable à la révolution cubaine. Des relations diplomatiques se nouent avec la Mongolie (7 décembre) et avec l'Albanie (15 décembre). Le 16 décembre, les USA suppriment totalement la quote-part de sucre cubain pour les 3 premiers mois de 1961. Le 17 décembre, Cuba et la Hongrie mettent en place des relations diplomatiques. Le 23 décembre, toute la presse privée est nationalisée. Le 30 décembre, Cuba rompt ses relations avec le Pérou. À la fin de l'année 1960, le capitalisme est pratiquement éliminé sur l'île. Les entreprises les plus importantes ont été nationalisées, les conservateurs et les anti-communistes ne font plus partie du gouvernement révolutionnaire et il existe un début d'alliance avec l'Union Soviétique et les pays de l'Est.

L'année 1961 est décrétée "année de l'éducation" et dès le 1er janvier, une campagne d'alphabétisation est mise en place dans tout le pays. Durant cette année, les relations avec les États-Unis se dégradent et Cuba multiplie les rapprochements vers les pays du bloc de l'Est. Le 2 janvier, Cuba dénonce la préparation d'un débarquement américain au Conseil de Sécurité de l'ONU. Le même jour, au cours d'une parade à la Havane, le gouvernement dévoile l'étendue de son armement fourni par le bloc soviétique. Le lendemain, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba. Au mois de janvier et février, une première vague de "nettoyage", dirigée par Raúl Menéndez Tomassevich, est lancée dans la Sierra de l'Escambray. Le 4 janvier, une loi permet de fusiller sous 72 heures une personne accusée de sabotage ou de subversion. Le 16 janvier, Cuba et l'Albanie signent un accord commercial. Le 1er février, Fidel Castro loue les qualités du communisme dans l'Unita, un journal italien. Le 12 février, il déclare qu'il veut promouvoir la révolution anti-capitaliste en Amérique latine. Le 23 février, 'Che' Guevara est nommé ministre de l'industrie. Le 9 mars, les États-Unis font pression sur le Salvador : pour bénéficier de plusieurs prêts, le pays doit rompre ses relations diplomatiques avec Cuba.

En mars 1961, une série d'arrestation et d'exécutions permet de contenir l'opposition armée : William Alexander Morgan (exécuté le 11 mars), Jesús Carreras Zayas (exécuté le 11 mars), Humberto Sorí Marín (arrêté le 18 mars), Manuel Lorenzo Puig (arrêté le 18 mars) ou Rogelio González Corso (arrêté le 18 mars). Le 22 mars, l'organisation anti-castriste Frente Revolucionario Democrático devient la Junta Revolucionaria Cubana en absorbant divers groupes d'opposants au gouvernement révolutionnaire, exilés aux USA, comme le Movimiento Revolucionario del Pueblo de Manuel Ray. José Miró Cardona est élu président du Consejo Revolucionario Cubano, conseil abrité par la Junta Revolucionaria Cubana. En mars, le nombre de sabotage augmente fortement. Le 29 mars, l'armée cubaine arrête l'agent de la CIA Carlos Antonio 'El Gallego' Rodríguez Cabo, accusé de plusieurs actions terroristes. Le 31 mars, le nouveau président américain, John Fitzgerald Kennedy supprime totalement la quote-part de sucre cubain sur le marché nord-américain pour l'année 1961. Le 3 avril, les écoles ferment pour qu'élèves et professeurs intègrent la campagne d'alphabétisation. En avril, plusieurs bombes éclatent à la Havane et détruisent des magasins ou des usines. Le 9 avril, le Consejo Revolucionario Cubano explique dans le New York times les motivations de leur lutte contre-révolutionnaire.

En mars 1961, les relations cubano-américaines sont très fortement tendues. Washington publie un livre blanc sur la démocratie à Cuba, lequel doit préparer l'opinion publique à accepter une future invasion. Le gouvernement révolutionnaire, de son côté, prépare la population mentalement et militairement à cette attaque. Le 15 avril 1961, les terrains d'aviation de la Havane, Pinar del Río et Santiago sont bombardés par des avions basés au Guatemala. 8 bombardiers B-26 de l'armée révolutionnaire sont détruits. Au cours de l'enterrement des victimes de cette attaque dans le cimetière Colón de la Havane, Fidel Castro proclame le caractère socialiste et marxiste de la révolution. Le 17 avril, un groupe de 1200 exilés cubaine nommé Brigada 2506, armé et financé par la CIA, débarque sur la Playa Girón ou Bahía Cochinos (Baie des Cochons). Après 3 jours de combat, l'armée contre-révolutionnaire dirigée par José Alfredo 'Pepe San Román' Pérez San Román est défaite. C'est une grande victoire pour Fidel Castro qui se présente un opposant sérieux contre l'impérialisme américain. Le 18 avril, le dirigeants de l'Union Soviétique Nikita Serguéyevich Jrushchov demande aux USA qu'ils cessent leur soutien pour la chute du gouvernement révolutionnaire. Le 19 avril, 10 contre-révolutionnaires sont exécutés dont Humberto Sorí Marín, Manuel Lorenzo Puig ou Rogelio González Corso. En avril, commence le second "nettoyage" de la Sierra del Escambray. Dans son discours du 1er mai, Fidel Castro déclare que Cuba est un pays socialiste. Il nationalise les centres d'enseignement privés et impose l'expulsion du clergé, considéré comme contre-révolutionnaire. Le 5 mai, le Conseil national de sécurité des États-Unis décide formellement pour que la politique américaine envers Cuba sera guidée par la recherche de la chute de Fidel Castro. Le 7 mai, le secrétaire général du Partido Socialista Popular Aníbal Escalante déclare que la révolution cubaine est entrée dans sa phase socialiste. Le lendemain, Fidel Castro se défend dans un discours de faire prévaloir les "idées communistes".

Le 22 mai 1961, Fidel Catro annonce la création d'une organisation unitaire, composée des Organizaciones Revolucionarias Integradas (ORI), sous contrôle communiste. Aníbal Escalante est chargé de sa mise en place. Elle sera effective le 26 juillet et entraîne la disparition du Movimiento 26 de julio, du Directorio Revolucionario et du Partido Socialista Popular. Le 1er juin, Cuba signe un accord de collaboration technologique avec l'URSS. Le même jour, la République socialiste tchécoslovaque met en place un accord commercial de 80 millions de dollars avec l'île pour l'année en cours. Le 10 juin, Cuba et la Pologne s'entendent sur la construction de 2 chantiers navals. Le 14 juin, Fidel Castro met en place une rationalisation des graisses pour l'alimentation. En juillet, Cuba signifie son appartenance au "bloc socialiste". Le 2 août, la législation du travail et la fonction des syndicats est modifiée pour se rapprocher du modèle des pays communistes. Le 16 août, la loi 962 est approuvée. Elle entraîne la création d'un syndicat national unique par banche industrielle ou activité économique. Le lendemain, la Conferencia de Punta del Este mise en place par l'OEA signe une nouvelle politique d'alliance pour le développement et le progrès de l'Amérique latine. Cuba ne la signe pas.

Du 1er au 6 septembre, le président Osvaldo Dorticós Torrado se rend à une conférence des pays non-alignés en Yougoslavie. Le 6 septembre, Fidel Castro annonce que les professeurs d'université ayant abandonné le pays se verront retirer leur citoyenneté et n'auront plus le droit de voyager à Cuba. Le 10 septembre, le Costa Rica rompt ses relations diplomatiques avec Cuba. Le 21 septembre, Osvaldo Dorticós Torrado signe un communiqué cubano-soviétique qui affirme la similitude de point de vue des 2 gouvernements. Le jour suivant, Cuba s'engage à fournir à l'URSS 4,8 millions de tonnes de pétrole à prix préférentiel. En même temps, le président cubain se rend en Tchécoslovaquie puis en Chine. Le 3 novembre, la Maison-Blanche dévoile le programme anti-castriste nommé operation mongoose (opération mangouste) ou the cuban project qui sera déclenché le 30 novembre. Les USA vont chercher à isoler Cuba économiquement afin de faire monter la contestation interne et affaiblir le gouvernement révolutionnaire. Le 11 novembre, le Vénézuela rompt ses relations diplomatiques avec Cuba. Le 2 décembre, Fidel Castro déclare durant un entretien télévisé qu'il s'est toujours senti marxiste et léniniste. Il annonce la création future du parti communiste de Cuba. Le 10 décembre, la Colombie rompt ses relations avec Cuba. Le 15 décembre, le Panamá fait de même.

L'année 1962 est placée sous le signe de la planification par le gouvernement révolutionnaire. L'île souhaite sortir de sa dépendance de l'industrie sucrière pour s'industrialiser rapidement. Le 13 janvier, Cuba et la Bulgarie prolonge d'une année l'accord commercial passé l'année précédente. Le 15 janvier, Cuba et la République Démocratique du Viétnam signent un accord commercial. Le 22 janvier, sous la pression des USA, Cuba est exclu de l'Organisation des États américains (OEA). Sa position marxiste et léniniste n'est pas compatible avec la politique mise en place par l'organisation et l'île est accusée d'avoir essayé de fomenter des rébellions au Vénézuela, au Guatemala et en Bolivie. Le 30 janvier, Cuba et la Corée du Nord signent un accord commercial. Le 3 février, Washington décrète le blocus économique total sur Cuba pour sanctionner le rapprochement entre Cuba et l'Union Soviétique. Le 4 février, Fidel Castro répond à l'exclusion de Cuba de l'OEA par un discours teinté de marxisme radical, la Segunda declaración de la Habana, qui appelle au soulèvement du peuple d'Amérique latine contre l'impérialisme américain. Le 8 février, l'Argentine rompt ses relations diplomatiques avec cuba. Le 11 février, les médicaments sont rationalisés dans le pays. Le 13 février, Cuba et l'Allemagne de l'ouest signent un accord qui prévoit l'augmentation de 50% de leurs échanges commerciaux. Le 12 mars, les produits alimentaires et vestimentaires sont rationalisés. Le 17 mars, Fidel Castro dénonce publiquement Aníbal Escalante qui n'a installé que des membres de l'ancien Partido Socialista Popular aux postes clés des Organizaciones Revolucionarias Integradas. Le 23 mars, John Fitzgerald Kennedy étend l'embargo à tous les produits contenant du matériel cubain, même s'ils sont fait dans un autre pays. Le même jour, le Conseil de Sécurité des Nations Unies rejette la demande de Cuba d'estimer la légalité de l'expulsion du pays du système panaméricain. Le 27 mars, une crise éclate entre la direction de l'ex Partido Socialista Popular et Fidel Castro. Ce dernier reproche à Aníbal Escalante son sectarisme et son dogmatisme car il ne laisse pas de place aux autres acteurs de la révolution que ceux du Partido Socialista Popular. Aníbal Escalante est démis de ses fonctions et remplacé par Osvaldo Dorticós Torrado. Raúl Castro Ruz est nommé vice-premier ministre.

1.10. La crise des missiles.

Le 2 avril 1962, l'Équateur rompt ses relations avec Cuba. Le 5 avril, les exilés cubains qui ont participé au débarquement de la Baie des Cochons sont condamnés à 30 ans de prison avec la possibilité de verser 62 millions de dollars pour les libérer. Le 16 avril, un accord commercial est signé entre Cuba et la Chine pour l'année en cours. Le 19 avril, Cuba signe un accord avec l'URSS qui prévoit la construction de 20 usines pour une valeur de 300 millions de dollars. À Washington, les recherches de solutions pour faire tomber Fidel Castro continuent, évoquant même la possibilité de son assassinat. Entre janvier et août, 5.780 actions contre-révolutionnaires et 716 sabotages de cibles importants pour l'économie cubaine sont comptabilisée sur l'île. Le 11 mai, ce dernier annonce la formation du Partido Unido de la Revolución Socialista (PURS) en remplacement des Organizaciones Revolucionarias Integradas. Le 14 mai, un nouvel accord commercial avec l'Union Soviétique assure à Cuba l'envoi de nourriture. Cuba cherche un soutien militaire avec l'URSS afin d'empêcher une nouvelle invasion militaire. L'Union Soviétique ne s'engage pas mais, le 29 mai, une importante délégation de l'URSS incluant Sergueï Semionovitch Biryuzov, commandant en chef de la force de missiles stratégiques, se rend secrètement à Cuba pour suggérer le déploiement de missions soviétiques à Cuba. Ceci permet également aux soviétiques de neutraliser l'avantage que possèdent les États-Unis dans la course à l'armement nucléaire sur terre, sur mer et dans les airs grâce à leurs missiles en Turquie. Le 17 juillet, une ligne aérienne est mise en place et relit la Havane à Moscou. Le 3 septembre, l'URSS annonce l'envoi d'armes et d'accessoires militaires à Cuba et apporte son soutien économique pour que la production d'acier augmente. Le lendemain, les 2 pays signent un accord d'assistance militaire. En même temps, les USA proposent d'attaquer directement Cuba sous la forme d'une alliance militaire semblable à celles de l'OTAN. Le 8 septembre, le navire soviétique Omsk livre à Cuba le premier chargement de missiles balistiques à moyenne portée. Le 11 septembre, l'URSS accuse les États-Unis d'agression continue contre Cuba. Ils affirment que les armes et les équipements qui ont été livrés sont "de nature exclusivement défensive". Ils se montrent prêt à une guerre en cas d'intervention américaine sur le sol cubain comme sur le sol soviétique. Le 13 septembre, le président John Fitzgerald Kennedy annonce que les USA ne permettront aucune action qui menace la sécurité du pays. Le 16 septembre, le cargo Poltava transporte sur l'île le second chargement de missiles balistiques à moyenne portée. Le 25 septembre, un accord est signé entre Cuba et l'URSS pour la construction d'un port dans la baie de la Havane. Il servira de base pour la flotte de pêche soviétique sillonnant l'Atlantique. Le 27 septembre, le président soviétique Léonid Ilitch Brejnev déclare qu'une attaque envers Cuba entraînerait le début d'une guerre.

Le 2 octobre 1962, les USA proposent aux gouvernements d'Amérique latine et aux pays de l'OTAN des mesures pour durcir l'embargo économique contre Cuba. L'OEA condamne l'intervention chino-soviétique sur l'île. Le 4 octobre, le directeur de la CIA John Alex McCone demande une nouvelle approche du "problème cubain" qui soit plus dynamique (les sabotages planifiés doivent être exécutés et de nouveaux imaginés, une stratégie pour miner les ports doit être développée et les possibilités de capture pour interrogatoire des soldats de Fidel Castro doivent être étudiés). Le 14 octobre, un pilote américain prend une photo aérienne qui démontre que l'URSS a commencé la construction de rampes de lancement de missiles à Cuba. Le lendemain, un autre vol confirme la présence de missiles SS-4 Sandal. D'autres photos permettent de savoir que ces missiles ont une portée supérieure à 1000 km. La CIA calcule que ces missiles sont pointés vers diverses villes américaines et qu'en cas de tir, ils causeraient la mort de 80 millions de personnes. John Fitzgerald Kennedy s'entretient avec le ministre de l'extérieur soviétique, Andreï Andreïevitch Gromyko, pour lui signifier que les USA ne tolèrent en aucun cas ces missiles sur le sol cubain. L'URSS fait semblant de ne pas comprendre et nie la présence de ces armes. Le 22 octobre, John Fitzgerald Kennedy explique à la télévision la situation, déclenche un blocus aéro-naval pour mettre l'île en quarantaine et pose un ultimatum aux dirigeants soviétiques. Le lendemain, l'OEA appuie cette décision et valide l'utilisation de la force en cas de nécessité. Fidel Castro déclare la mobilisation totale des forces armées cubaines. Le 24 octobre, 4 sous-marins soviétiques approchent de la ligne de quarantaine avec l'ordre de poursuivre leur route vers Cuba, franchir le blocus par n'importe quel moyen et faire usage de leur torpilles s'ils sont menacés. Nikita Serguéyevich Jrushchov envoie un message au président américain pour lui indiquer qu'il n'a aucune intention de respecter le blocus, ni de retirer ses missiles de Cuba. En cas d'agression, les sous-marins couleront les navires américains. Un bras de fer naval s'installe. 45 pays non-alignés sollicitent le secrétaire général de l'ONU, Maha Thray Sithu U Thant, pour qu'il intervienne dans le conflit américano-soviétique. Il adresse une lettre à l'URSS dans laquelle il propose une suspension volontaire de tout envoi d'armes vers Cuba et une seconde aux USA pour demander le retrait du blocus pendant plusieurs semaines afin d'initier des discussions diplomatiques. Le 25 octobre, les USA demandent de toute urgence une réunion au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU. Les États-Unis demandent officiellement à l'URSS si des missiles existent sur le sol cubain. L'ambassadeur soviétique ne répond pas. Le 26 octobre, des discussions secrètes ont lieu entre les dirigeants américains et soviétiques. Nikita Serguéyevich Jrushchov laisse entendre qu'il est prêt à négocier et retirer ses missiles à condition que les USA garantissent publiquement la non-agression de Cuba. Le lendemain, il modifie sa position et demande dans un message diffusé à la radio que les USA retirent leurs missiles Jupiter en Turquie pour que l'URSS en fasse autant à Cuba. Le 27 octobre, les USA résument les propositions faites dans une lettre adressée à l'URSS : l'Union soviétique accepte de démonter les rampes de lancement installées sur le sol cubain, retirer toute arme offensive et de stopper l'envoi d'armes vers l'île et les États-Unis s'engagent à lever la quarantaine sur Cuba et à donner l'assurance qu'ils n'envahiront pas l'île. Les USA demandent que ces conditions soient vérifiées par un organisme international. Après des discussions dans la soirée, les États-Unis acceptent également de retirer leurs missiles en Italie et en Turquie. On saura plus tard qu'ils étaient sur le point de devenir obsolètes. Le 28 octobre, sans avoir consulté Cuba, Nikita Serguéyevich Jrushchov annonce publiquement depuis Moscou qu'il accepte de retirer les missiles.

Cuba - Photo américaine de Cuba (17 octobre 1962)

Photo américaine de Cuba (17 octobre 1962)

Cependant, les sous-marins sont encore une menace pour les USA. La chasse aux sous-marins commence. Le premier, suivi depuis plusieurs jours par la flotte américaine, remonte à la surface une fois ses batteries vides. Les navires américains harcèlent le second sous-marin et le forcent à faire surface pour recharger ses batteries et remplir ses réserves d'oxygène. Le 30 octobre, ce bâtiment soviétique est encerclé par les forces des États-Unis et se rend sans résistance. Le lendemain, après avoir tout essayé pour échapper aux forces américaines, le 3ème sous-marin est maîtrisé. Chaque engin est contrôlé et escorté loin de la ligne de blocus.

Les jours qui suivent, des reconnaissances aériennes prouvent que l'URSS démonte effectivement les rampes de lancement sur le sol cubain. Les missiles sont rapatriés en Union Soviétique. De plus, le 7 novembre, Nikita Serguéyevich Jrushchov accepte que les navires et sous-marins soviétiques soient inspectés. Le blocus américain est levé le 20 novembre. L'operation mongoose se termine, mettant fin aux sabotages et aux opérations paramilitaires financées par les USA. La crise des missiles, apogée de la guerre froide, s'achève. Le monde est passé près d'une guerre nucléaire. De son côté, Fidel Castro perçoit ce dénouement comme une sorte de trahison de la part de l'URSS car il n'a pas été consulté durant les négociations américano-soviétiques. Il aurait notamment souhaité voir abordée la question de la base américaine à Guantánamo.

1.11. La période de la détente.

Le 24 décembre 1962, les USA échangent la libération de la plupart des soldats faits prisonnier, soit environ 1.113, durant le débarquement de la Baie de Cochons contre 53 millions de dollars de médicaments et de nourriture pour enfants. Le gouvernement révolutionnaire cubaine assure le 31 décembre que son espace aérien a été violé 58 fois par des avions provenant des États-Unis.

Le 12 janvier 1963, Cuba reconnaît diplomatiquement la République démocratique allemande. Le lendemain, la République fédérale allemande rompt donc ses relations avec l'île. Le 22 janvier 1963, le procureur de New York, James Britt Donovan, rencontre Fidel Castro pour négocier libération de 22 prisonniers américains à Cuba. Le 8 février, un nouvel accord commercial est mis en place entre Cuba et l'URSS. En réponse, l'administration Kennedy interdit de voyager vers Cuba et rend toute transaction financière et commerciale depuis les USA illégale. Le 22 février, Fidel Castro reprend son idée de création du Partido Unido de la Revolución Socialista. Ce geste est interprété comme un rapprochement avec l'Union Soviétique qui demande au gouvernement révolutionnaire cubain de créer un parti communiste. Le 13 mars, 3 hommes préparant un attentat contre Fidel Castro avec un fusil longue portée sont arrêtés à l'Université de la Havane. Le 18 mars, des membres de l'Alfa 66 (force contre-révolutionnaire formée en 1961 à Puerto Rico puis basée à Miami) et de II Frente del Escambray (groupe révolutionnaire qui lutta contre la dictature de Fulgencio Batista. Après sa chute, les divers leaders du mouvement suivirent des chemins différents. Certains, déçus par le nouveau gouvernement, reformèrent un mouvement contre-révolutionnaire) attaquent le navire soviétique Lvov mouillé dans les eaux cubaines. Le 19 mars, Alfa 66 revendique l'attaque depuis Washington. Le 24 mars, 22 organisations anti-castristes basées aux USA élisent Carlos Márquez Sterling y Guiral comme président du mouvement contre-révolutionnaire. Le 26 mars, des exilés cubains attaquent le bateau soviétique Baku mouillé dans les mers cubaines des Caraïbes. Malgré cela, les États-Unis s'engagent publiquement le 20 mars à mettre tout en œuvre pour que leur territoire ne serve pas de base d'attaque contre Cuba ou contre les navires soviétiques.

Du 17 avril au 3 juin 1963, Fidel Castro se rend en URSS pour atténuer les différends créés durant la résolution de la crise des missiles. Fidel Castro obtient que l'URSS augmente ses achats de sucre cubain. Le 20 mai, Carlos Prío Socarrás, Carlos Márquez Sterling y Guiral, Guillermo Martínez Márquez, José Ignacio Rivero, Pedro Luis Díaz Lanz et Ernesto Rodríguez annoncent la constitution d'un Comité Cubano de Liberación basé à Miami. Le 28 mai, la CIA décrit dans un rapport interne l'organisation des groupes contre-révolutionnaires :

  • à gauche, le II Frente del Escambray, l'Alfa 66, le Frente de Liberación Anti-Comunista et des membres du Movimiento Revolucionario et du Movimiento Revolucionario 30 de Noviembre sont parvenus à un consensus qui les unit dans l'action contre-révolutionnaire. L'adhésion du dirigeant de la Junta Revolucionaria Cubana (JURE), Manuel Ray, pourrait augmenter l'influence de cette organisation ;
  • au centre, l'Unidad Revolucionaria (UR), le Movimiento de Recuperación Revolucionaria (MRR), le Movimiento Demócrata Cristiano (MDC), le Directorio Revolucionario Estudiantil (DRE) ont commencé des tentatives distantes d'organisation ;
  • à droite, la Alianza para la Libertad de Cuba (ALC) et l'Asociación para Recuperación Económica de Cuba (AREC) qui rencontrent des difficultés pour attirer de nouveaux adhérents.

Le 5 juillet 1963, l'OEA recommande de renforcer les mesures contre le régime cubain en place. Le 9 juillet, tous les fonds du gouvernement cubain déposés aux USA sont gelés. John Fitzgerald Kennedy affirme le 17 juillet qu'il n'existera pas de coexistence pacifique avec Cuba sous le régime de Fidel Castro. Ce dernier répond en dépossédant l'ambassade américaine à Cuba de ses bâtiments. À partir de juillet, Cuba commence à changer de politique industrielle. L'île va cesser son industrialisation massive et accélérée pour entrer dans une nouvelle phase de production agricole et de pêche. Le 7 septembre, dans une interview, Fidel Castro indique avoir connaissance des plans de la CIA pour l'assassiner et provoque les USA en ajoutant que les dirigeants américains ne sont pas non plus en totale sécurité. Le 30 septembre, Fidel Castro ne signe pas le traité d'interdiction partielle des essais nucléaires ou traité de Moscou qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins. Le service militaire est mis en place le 13 novembre. Tout garçon entre 15 et 45 ans doit y participer durant 3 ans. Le 17 novembre, John Fitzgerald Kennedy propose à Fidel Castro, par l'intermédiaire du journaliste français Jean Daniel Bensaid, de négocier pour rétablir des relations normales et de lever l'embargo. L'assassinat du président américain, le 23 novembre, fait oublier ce geste. Le 2 décembre, le gouvernement annonce la formation du Partido Unido de la Revolución Socialista (PURS). Le 23 décembre, un canot de la marine de guerre cubaine explose, saboté, dans l'île des Pins. Le 31 décembre, Cuba informe que le gouvernement a dénombré 484 survols de son territoire par des avions espions américains en 1963.

L'année 1964 est désignée "année de l'économie". Le 11 janvier, le gouvernement achète pour 11 millions de dollars d'autobus à la firme anglaise Leyland. Du 13 au 23 janvier, Fidel Castro se rend à nouveau en URSS. Il se dit également prêt à améliorer les relations du pays avec les USA. Le 24 janvier, il annonce à la télévision l'arrivée massive de machines soviétiques pour la récolte sucrière. Un accord est également passé pour l'achat de 2,1 millions de tonnes de sucre en 1965 et d'un million les 3 années suivantes. Le 3 février, l'OEA accuse Cuba d'agression armée contre le gouvernement vénézuélien de Rómulo Betancourt car de nombreuses armes cubaines destinées aux Fuerzas Armadas de Liberación Nacional (FALN, groupe révolutionnaire opposé au gouvernement du Vénézuela) sont retrouvées dans le pays. Le 1er juin, Fidel Castro annonce qu'il suspecte les États-Unis de préparer une guerre bactériologique. Le 29 juin, Juanita Castro, sœur de Fidel, s'exile au Mexique et coupe le lien avec ses frères. Le 6 juillet, le gouvernement révolutionnaire cubain fait une vague proposition de réconciliation avec les USA qui la refusent le lendemain tant que Cuba sera dépendant de l'URSS. Du 21 au 26 juillet, l'OEA décide d'isoler Cuba diplomatiquement à cause de l'envoi d'armes vers les guérillas communistes du Vénézuela. Tous les membres de cette organisation, sauf le Mexique et la Jamaïque suspendent leurs relations diplomatiques avec Cuba (Chili le 12 août, Bolivie le 21 août, Uruguay le 8 septembre...). Le jour même, Fidel Castro réitère sa proposition d'apaisement avec les USA dans une interview pour le New York Times. Le 1er octobre, le président cubain Osvaldo Dorticós Torrado participe à la seconde conférence des pays non-alignés et signe l'adhésion de son pays au mouvement. Le 9 décembre, le représentant de Cuba 'Che' Guevara prononce un discours contre la politique étrangère américaine devant l'assemblée de l'ONU à New York. Un commando anti-castriste tire au bazooka non loin du bâtiment mais 'Che' Guevara n'est pas inquiété. Ce discours froisse la susceptibilité de l'URSS. Le 31 décembre, un accord commercial entre Cuba et la Chine est signé.

L'année 1965 est placée sous le signe de l'agriculture. En janvier, 'Che' Guevara effectue plusieurs visites dans des pays africains (Égypte, Mali, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Guinée, Algérie et Tanzanie) pour parler de la révolution. Le 17 février, Cuba signe un accord avec l'URSS pour augmenter les échanges commerciaux et l'île obtient un crédit de 167 millions de dollars pour financer son déficit de près de 500 millions de dollars. Le 24 février, 'Che' Guevara prononce un discours à Alger au cours du Seminario de Solidaridad Afroasiática. Il y critique les pays de l'hémisphère nord d'exploiter ceux de l'hémisphère sud. Il soutient le Viêt Nam du nord dans la guerre du Viêt Nam et encourage les peuples des autres pays en voie de développement à prendre les armes et à créer "de nombreux Viêt Nam". À son retour, il disparaît complètement de la vie politique. Les causes de son retrait sont diverses et controversées : échec de sa politique d'industrialisation, pression de responsables politiques soviétiques qui n'ont pas apprécié l'alignement économique et idéologique pro-chinois de 'Che' Guevara dans une période où les relations sino-soviétiques sont dégradées, méfiance de Fidel Castro envers son compagnon dont la popularité grandissante en fait une menace politique... Pressé par la spéculation internationale et les rumeurs quant au destin du 'Che', Fidel Castro déclare le 16 juin que le peuple sera informé à propos du 'Che' quand lui-même l'aura décidé. Le 3 octobre, Fidel Castro dévoile une lettre non datée, écrite par 'Che' Guevara à son attention, dans laquelle il réaffirme sa solidarité avec la révolution cubaine mais déclare son intention de partir combattre à l'étranger pour la révolution. Il annonce sa démission de tous ses postes au gouvernement, au parti et dans l'armée et renonce à la citoyenneté cubaine. Le 7 septembre, l'URSS acceptent d'apporter une assistance technique à Cuba pour que la récolte sucrière puisse atteindre 10 millions de tonnes dans quelques années. Le 3 octobre, le Comité Central del Partido Comunista de Cuba (CCPCC) remplace le Partido Unido de la Revolución Socialista (PURS). Le jour même, le président américain autorise l'entrée sur le territoire de navires provenant du port de Camarioca. Des centaines de Cubains (des sources annoncent 2979) en profitent pour s'enfuir vers les États-Unis à bord de petites embarcations. Le 3 novembre, le gouvernement cubain interdit l'arrivée et le départ de bateaux depuis Camarioca à cause "du mauvais temps". Le 6 novembre, Cuba et les USA trouvent un accord pour que des milliers de Cubains puissent partir du pays, de manière plus sure et ordonnées, mais de manière définitive grâce aux "vuelos de la libertad". Ces vols relient les 2 pays, 2 fois par jour, 5 jours par semaine.

Cuba - 'Che' Guevara

'Che' Guevara

1966, l'"année de la solidarité". Le 2 janvier, le gouvernement cubain accuse la Chine d'ingérence dans ses affaires internes. Du 3 au 15 janvier, Cuba accueille la conferencia tricontinental. Des délégations d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latin y participe. Ils créent l'Organización de Solidaridad de los Pueblos de Asia, Africa y América Latina (OSPAAL) afin de coordonner les mouvements révolutionnaires et de guérilla dans ces régions. Le 16 janvier, 27 pays d'Amérique latine créent l'Organización Latino-Americana de Solidaridad (OLAS). Le 13 février, Cuba annonce un nouvel accord avec l'Union Soviétique pour un crédit de 91 millions de dollars. Le 15 juin, le chancelier cubain Raúl Roa García dénonce devant l'ONU l'augmentation d'attentats et de sabotages sur l'île. Les USA sont visés. Le 2 novembre, le président américain Lyndon Baines Johnson signe le Cuban Adjustment Act qui exempte les immigrés cubains de la loi générale d'immigration. Tout Cubain arrivé à partir du 1er janvier 1959 et ayant vécu au moins 2 ans sur le territoire américain est éligible au titre de résident permanent. 123.000 demandes sont traitées en peu de temps.

Le 2 janvier 1967, le journaliste Herbert Matthews écrit dans le New York Times que la révolution cubaine a permis d'améliorer le niveau de soin pour les enfants, la santé publique, le logement et la voirie. Il note une égalité sociale et économique et remarque que pour la première fois, les Noirs ont un statut équivalent à celui des Blancs. Le 13 mars, Cuba dénonce l'URSS qui soutient des pays comme la Colombie où les communistes sont persécutés. Le 18 mai, le Comité Central del Partido Comunista de Cuba signe un traité indiquant qu'il soutiendra les mouvements révolutionnaires dans le monde. Le 1er août, s'ouvre à la Havane la première conférence de l'Organización Latino-Americana de Solidaridad (OLAS). Cuba s'en sert d'instrument de diffusion de thèses insurrectionnistes en Amérique latine. Lors de la clôture, Fidel Castro attaque le parti communiste vénézuélien et l'Union Soviétique car il estime qu'ils aident des pays réactionnaires. Le 9 octobre, 'Che' Guevara est fusillé en Bolivie. Cuba déclare 3 jours de deuil national pour sa mort.

La relation cubano-soviétique continue de se dégrader à la fin de l'année 1967. Pour le 50ème anniversaire de la révolution d'octobre, célébré à Moscou, Cuba n'envoie qu'une délégation de second rang, menée par le ministre de la santé. Le 2 janvier 1968, le gouvernement cubain annonce la rationalisation du pétrole à cause d'une baisse d'approvisionnement depuis l'URSS. Au sein du parti communiste, l'ancien membre du Partido Socialista Popular (PSP), Aníbal Escalante, crée une fraction dissidente d'anciens fidèles de Moscou appelée la Microfracción. Ils critiquent la politique intérieure et surtout l'implication de Cuba dans les révolutions armées d'autres pays. Aníbal Escalante envoie des informations confidentielles au Kremlin et tente de faire arrêter l'aide économique accordée à Cuba, dans le but de détrôner Fidel Castro et d'installer un gouvernement communiste plus "loyal". L'affaire est dévoilée, Aníbal Escalante et 36 autres personnes sont arrêtés et condamnés le 28 janvier pour conspiration. Le 13 mars, Fidel Castro lance la Gran Ofensiva Revolucionaria qui nationalise près de 50.000 petits commerces. Immédiatement, une dégradation de la distribution et de la disponibilité des aliments et des services se fait ressentir. Le 17 août, le ministre du travail, Jorge Risquet, impose la carte de travail, document sur lequel sont renseignées les activités politiques de chaque ouvrier. Suite à l'introduction de réformes dites "socialistes à visage humain" par le parti communiste chécoslovaque, l'URSS et les membres du pacte de Varsovie envahissent le pays le 21 août afin que la ligne conservatrice du parti communiste tchécoslovaque puisse reprendre en main l'appareil politique et économique du pays. Le 23 août, Fidel Castro se rapproche de l'Union Soviétique en soutenant cette opération bien que le printemps de Prague ait la sympathie de nombreux révolutionnaires cubains.

Le 2 janvier 1969, "année de l'effort décisif", le sucre est rationalisé par le gouvernement. Le 21 juillet, une importante délégation soviétique se rend à Cuba. Elle est très commentée par la presse et ne laisse pas de place à l'arrivée de la fusée américaine Apolo 6 sur la lune, événement qui n'est pas couvert par les télévisions cubaines. Le 26 juillet, Fidel Castro annonce le début de la récolte sucrière qui doit produire 10 millions de tonnes de sucre, objectif planifié depuis 1965. Le 8 août, le ministre de travail, Jorge Risquet, condamne fermement l'indiscipline, l'absentéisme et la négligence au travail. Le 8 novembre, l'ambassadeur de l'URSS et 650 diplomates et techniciens soviétiques assistent Cuba dans la récolte du sucre. Le 12 novembre, le marshal Andrei Grechko, ministre de la défense de l'URSS, se rend à la Havane et s'engage à moderniser les forces armées cubaines. En décembre, Cuba reçoit les Vencermos, groupe de travailleurs volontaires américains, solidaires avec la révolution cubaine, souhaitant rompre avec la politique américain imposée à l'île. Ils participent à la récolte de sucre.

Bien que 1970 soit l'"année de la récolte des 10 millions de tonnes" et que le gouvernement demande en début d'année une mobilisation général du pays, Fidel Castro doit annoncer le 19 mai que c'est un échec, seules 8,5 millions de tonnes ont été récoltés. Fidel Castro en prend la responsabilité et annonce une campagne de rapprochement avec le peuple. Le 14 août, il déclare vouloir démocratiser et renforcer les syndicats, ceux-là mêmes qu'il a déjà critiqué le 12 mai et dont il a indiqué la future réorganisation. Le 14 octobre, il déclare dans le journal Granma qu'une organisation populaire doit être créée pour contrôler toutes les activités de l'île. En décembre, la ré-organisation syndicale commence, elle durera jusqu'en 1973 avec la création de 23 nouveaux syndicats nationaux. L'année 1970 est morose, Fidel Castro annonce qu'il n'y aura pas de fêtes de fin d'année. De nouveaux sacrifices sont demandés aux travailleurs. Sur le plan commercial, Cuba est devenu un fournisseur agricole pour l'URSS ; une grande partie de son commerce se fait avec les pays du bloc de l'Est. Ce rapprochement oppose un peu plus le pays avec les États-Unis. Ceci est accentué par la demande d'arrêt, le 25 septembre, de la construction d'une base sous-marine soviétique à Cienfuegos.

1971, "année de la productivité. Le 2 janvier, les familles à faible revenu sont exonérées de loyer. L'accord commercial cubano-soviétique de 1965-1970 est étendu jusqu'en 1975. Le 20 mars, le poète Herberto Padilla et sa femme Belkis Cuza Malé sont arrêtés pour avoir produit des "écrits subversifs", dirigés contre le gouvernement. Le 22 mars, l'ambassadeur chilien qui a pris position pour Herberto Padilla est contraint d'abandonner l'île après avoir été déclaré persona non grata. Le 9 avril, 34 personnalités internationales du monde intellectuel signent une lettre dans le journal Le monde pour manifester leur préoccupation pour les représailles subies par les intellectuels cubains. Fidel Castro répond par une répression et une intolérance culturelle durant le Primer congreso nacional de Educación y Cultura ; il condamne toute forme intellectuelle qui n'est pas mise "au service du peuple". Le 1er mai, Fidel Castro annonce que les salaires seront indexés sur la contribution des ouvriers à la production. Le 30 juillet, le Granma annonce que de nouvelles normes entrent en vigeur pour accéder à l'université, institution réservée aux révolutionnaires. Fidel Castro se rapproche du Chili en signant un accord de coopération technique et scientifique le 2 août, qui complète un accord commercial signé le 27 février de la même année. Le 10 novembre, Fidel Castro entame une visite de 3 semaines au Chili, son premier déplacement en Amérique latine depuis 1959. Il parcours le pays en et proclamant des discours de masse et rencontrant des universitaires. Cette collaboration technique et scientifique est également mise en place avec l'URSS le 6 septembre.

Au cours de l'année 1971, la répression contre les opposants au pouvoir s'accentue (la revue Pensamiento crítico éditée par le département de philosophie de l'université de la Havane est suspendue, le journaliste français Pierre Golendorf condamné à 10 ans de prison, le professeur américain Frank Mac Donald arrêté et expulsé du pays...).

1972 est désignée "année de l'émulation socialiste". Dès le 2 janvier, le président Osvaldo Dorticós Torrado se rend à Moscou où il remercie l'URSS pour son aide et reconnaît que Cuba n'en est qu'à ses débuts du socialisme alors que l'Union Soviétique en est déjà à la construction du communisme. En janvier, les religions syncrétiques afro-cubaines sont officiellement interdites et de nombreux intellectuel Noirs sont persécutés. Le 10 avril, l'URSS annonce qu'elle aidera Cuba à la mécanisation de sa récolte sucrière et au développement d'une économie planifiée et centralisée. Le 18 avril, la radio officielle cubain annonce la réception de rampes de lancement de missiles et de plusieurs avions Mig-23 délivrés par l'Union Soviétique. Le 2 mai, Fidel Castro commence un long voyage de 63 jours en Afrique (Algérie, Guinée, Sierra Leone), Europe de l'Est (République démocratique allemande, Bulgarie, Pologne, Tchécoslovaquie) et Union Soviétique. Cuba entame des relations avec la République démocratique populaire du Yémen et rétablit des relations diplomatiques avec le Pérou. Le 11 juillet, Cuba devient membre du Consejo de Ayuda Mutual Económica (COMECON ou CAME), organisation d'entraide économique entre différents pays du bloc communiste. Les liens économiques pour le sucre et le pétrole se resserrent avec le bloc de l'Est. L'île est plongée dans une dépendance totale envers l'URSS, avec qui elle effectue près de 85% de son commerce.

Le 19 juillet 1972, l'île établit des liens avec la Somalie et la Zambie. Le 28 août, Cuba demande que l'ONU déclare le droit à l'auto-détermination pour Porto Rico, en conformité avec la résolution 1541. Le 16 novembre, le pays signe à Paris la convention de protection du patrimoine mondial, culturel et national. Le 19 novembre, Cuba accepte une proposition de négociation avec les États-Unis sur le problème du détournement à répétition d'avions de ligne entre les 2 pays. Le 22 novembre, le gouvernement est réorganisé en suivant le modèle soviétique. Fidel Castro reste président du conseil des ministres. Le 8 décembre, Cuba établit des relations diplomatiques avec les nations des Caraïbes (Grenade, Guyane, Barbudes, Jamaïque et Trinidad-et-Tobago).

L'année 1973 est déclarée "année du 20ème anniversaire de la Moncada". Le 25 janvier, l'île établit des relations diplomatiques avec le Bangladesh. En janvier, l'Argentine rétablit ses relations avec le gouvernement de Fidel Castro. Le 15 janvier, les USA et Cuba signent l'accord sur le détournement d'avions proposé à la fin de l'année précédente par les États-Unis. Les 4 et 5 avril, l'OEA effectue un pas vers le pluralisme idéologique et ouvre une commission pour la ré-intégration de Cuba suite à la demande du Vénézuela du 17 janvier. Le 6 avril marque la fin des "vuelos de la libertad", 260.561 Cubains ont émigré aux USA depuis 1965. Du 11 au 22 avril, l'OEA réunie à Washington ajourne la ré-insertion de Cuba dans l'OEA. Le 28 mai, Cuba et l'Argentine rétablissent leurs relations diplomatiques. Du 6 au 20 septembre, Fidel Castro se rend à la 4ème conférence des pays non-alignés en Algérie. Il y défend la politique soviétique. Le 1er décembre, les forces armées cubaines sont ré-organisées suivant le modèle soviétique.

1974, "année du 15ème anniversaire du triomphe de la révolution". Cuba reçoit le 28 janvier le dirigeant soviétique Léonid Ilitch Brejnev. Fidel Castro souligne l'aide apportée par l'URSS à la réussite de la révolution. Le 30 janvier, l'Union Soviétique et Cuba adressent un communiqué commun condamnant la Chine et demandant la régularisation des relations américano-soviétiques. Cuba continue de rétablir ses relations avec les pays de l'OEA (Pérou le 8 juillet, Panamá le 22 août, Vénézuela le 29 décembre). Le 9 août, l'île établit des relations diplomatiques avec le Sénégal. Le 28 septembre, les sénateurs américains Clairborne Pell et Jocob Javits se rendent à Cuba. Ce sont les premiers élus des USA à se rendre sur l'île depuis la rupture des relations américano-cubaines. En novembre, les secrétaires d'état américains William Pierce Rogers et Lawrence Sidney Eagleburger conduisent à Washington et New York des discussions secrètes avec les officiels cubains pour normaliser les relations entre les 2 pays.

L'année 1975 est l'"année du premier congrès (du parti communiste)". Le 18 janvier, Cuba rétablit ses relations diplomatiques avec la République fédérale allemande. Le 9 février, le sénateur Edward Moore Kennedy demande dans une interview télévisée au gouvernement américain de lever l'embargo et d'apaiser les relations avec l'île voisine. Il sera suivi par d'autres dirigeants comme le démocrate George Stanley McGovern en mai. Le 6 mars, Cuba rétablit ses relations diplomatiques avec la Colombie. Le 12 mai, sur proposition du Mexique, l'OEA accepte de réviser les sanctions contre Cuba et autorise ses membres à rétablir des relations diplomatiques avec l'île. Cuba établit des relations diplomatiques avec le Mozambique (25 juin) et l'Éthiopie (18 juillet). Le 29 juillet, l'OEA abroge les sanctions contre Cuba. Les USA votent cette mesure. Le 21 août, Gerald Rudolph Ford annonce la levée partielle de l'embargo. Il autorise les compagnies américaines à vendre des produits à Cuba. Le 2 septembre, Cuba établit des relations avec l'Afghanistan. Le 11 septembre, Eduardo Arocena Fernández fonde le groupe anti-castriste Omega 7 en Floride. Il sera l'un des groupes les plus actifs à partir de la fin des années 1970 et au début des années 1980. Durant le conflit en Angola, Cuba soutient le Mouvement Populaire de Libération d'Angola (MPLA) en envoyant des troupes et des équipements le 12 octobre puis le 11 novembre. Plus de 50.000 Cubains sont sur le front en permanence. Du 17 au 22 décembre, le premier congrès du Partido Comunista de Cuba (PCC) a lieu à la Havane. Des statuts sont définis et un projet de constitution est validé sous la direction de Blas Roca Calderio. Après l'échec de la politique axée sur la production de sucre de canne, le pays doit se diriger à nouveau vers l'industrialisation. Le 20 décembre, le président Gerald Rudolph Ford annonce que l'implication du gouvernement cubain dans le conflit en Angola empêche toute possibilité de rétablissement des négociations diplomatiques entre les 2 pays.

Le 23 janvier 1976, le Zaïre accuse devant l'ONU Cuba d'ingérence dans les affaires angolaises. Le 28 janvier, le Comité Cubano pro Derechos Humanos est fondé à la Havane. Le 15 février, un référendum est proposé pour l'approbation de la nouvelle constitution socialiste rédigée au sein du Partido Comunista de Cuba. Le 24 février, cette novelle constitution, acceptée, remplace celle de 1940. Elle met en place l'Asemblea Nacional del Poder Popular (ANPP), organe suprême législatif du pouvoir d'état. Les autres organes lui sont subordonnées. Ses députés sont élus au suffrage universel indirect par les délégués des Asembleas municipales, eux-même élus par la population. Cuba se définit selon la constitution comme "un estado socialista de trabajadores, independiente y soberano, organizado con todos y para el bien de todos, como república unitaria y democrática, para el disfrute de la libertad política, la justicia social, el bienestar individual y colectivo y la solidaridad humana" ("un état socialiste de travailleurs, indépendant et souverain, organisé avec tout le monde et pour le bien de tous, comme république unitaire et démocrate, pour le développement de la liberté politique, la justice sociale, le bien-être individuel et collectif et la solidarité humaine"). Le 1er mars, Cuba et la Libye établissent des relations diplomatiques. Le 5 avril, le secrétaire d'état Henry Kissinger annonce qu'il ne peut y avoir de meilleure relation avec Cuba tant que le pays aurait des troupes en Afrique. Le 14 avril, l'URSS annonce la création d'une centrale nucléaire à Cuba. Le 5 juillet, le territoire cubain est réorganisé. Les 6 anciennes provinces de Pinar del Río, La Habana, Matanzas, Las Villas, Camagüey, Oriente laissent place à 14 provinces : Pinar del Río, La Habana, Ciudad de La Habana, Matanzas, Cienfuegos, Villa Clara, Santi Spiritus, Ciego de Avila, Camagüey, Las Tunas, Granma, Holguín, Santiago de Cuba et Guantánamo. Le 10 octobre, les consejos municipales sont élus et quelques jours plus tard, les députés de l'Asemblea Nacional del Poder Popular sont choisis. Le 27 novembre, Cuba retire ses troupes d'Angola, entre 7.000 et 11.000 de ses soldats ont perdu la vie. Le 2 décembre, l'Asemblea Nacional del Poder Popular commence à fonctionne sous la présidence de Blas Roca Calderio. Le lendemain, Fidel Castro est élu président du conseil d'état et par conséquent chef de l'état, chef du gouvernement et commandant en chef des forces armées.

Cuba - Asemblea Nacional del Poder Popular

Asemblea Nacional del Poder Popular

1.12. Les années Castro.

En début d'année 1977, placée sous le signe de l'institutionnalisation, les relations entre Cuba et les États-Unis s'apaisent. James 'Jimmy' Earl Carter suspend les vols d'espionnage au dessus de l'île en janvier. Le 9 février, Fidel Castro complimente le président des USA dans une interview accordée à CBS et annonce que les 2 pays ne doivent pas rester des ennemis. 'Jimmy' Carter répond positivement à condition que Cuba respecte les droits de l'Homme. Il ajoute que le retrait des troupes cubaines en Angola faciliterait les relations entre les 2 pays voisins. L'île demande, quant à elle, l'annulation de l'embargo. Le 19 mars, le président américain supprime l'interdiction de voyager à Cuba et autorise à nouveau la dépense d'argent dans ce pays. Le 27 avril, Cuba et les États-Unis signent un accord sur les frontières maritimes et les droits de pêche. Du 10 au 12 mai, le gouverneur George McGovern tente d'assouplir l'embargo mais sa proposition est rejetée par la chambre des représentants. En juin, des investisseurs de Chicago sont invités par Fidel Castro à Cuba. Le 2 août, les USA autorisent les diplomates cubaines à voyager dans leur pays.

Cuba - 'Jimmy' Carter

'Jimmy' Carter

Le 11 août 1977, le sénateur américain Frank Chruch, du comité des relations extérieures du Sénat, visite l'île pour étudier les moyens d'améliorer un peu plus les relations entre Cuba et les USA. Le 20 août, Franklin Lane est nommé chef de la Section des Intérêts des États-Unis à Cuba (USINT). Le 1er septembre, ouvrent les bureaux des Sections des Intérêts dans les capitales cubaines et américaines. Le 24 octobre, Fidel Castro s'entretient avec divers entrepreneurs du Massachusetts.

En parallèle, des discussions ont lieu avec l'Angola et la première ligne aérienne Havane/Luanda est créée le 17 août 1977. Le premier congrès des Comités de Defensa de la Revolución commence le 24 septembre. Fidel Castro y annonce une campagne contre la criminalité et déclare que les relations entre Cuba et les USA se sont améliorées. En novembre, des troupes cubaines arrivent pour supporter l'Éthiopie dans la guerre de L'Ogaden, qui l'oppose à la Somalie. Le 5 novembre, cette dernière rompt ses relations diplomatiques avec Cuba qui a engagé près de 17.000 hommes.

Le 7 février 1978, le sénateur américain Robert Dole demande sans succès au Sénat que soient fermées les Sections des Intérêt. Le 27 février, un groupe de 51 entrepreneurs nord-américains visitent Cuba et demandent la fin de l'embargo. Cependant, le secrétaire d'État Cyrus Vance déclare ne pas entrevoir de normalisation dans les relations cubano-américaines à cause de la présence de troupes cubaines en Afrique.

Le 28 juin 1978, l'Isla de Pinos prend officiellement le nom d'Isla de la Juventud en référence au 11ème festival mondiale de la jeunesse et des étudiants. Le 31 juillet, Fidel Castro demande que la base militaire de Guantanamo soit démantelée. Le 18 août, près de 480 familles cubaines sont autorisées à quitter le pays pour les USA et le 8 septembre, Fidel Castro reconnaît que les cubains vivant hors de l'île font partie de la population cubaine.

Le 9 septembre 1978, le bureau cubain à l'ONU, basé à New York, est victime d'une bombe posée par le groupe anti-castriste Omega 7. Pourtant, Fidel Castro multiplie les rencontres avec les mouvements contre-révolutionnaires installés aux USA, notamment en Floride où la population cubaine est forte, comme les 20 et 21 novembre avec le Comité de los 75 ou le 12 janvier puis le 8 décembre avec la Comunidad cubana en el exterior. Le 1er janvier 1979, les cubano-américains reçoivent l'autorisation de rendre visite à leur famille à Cuba.

Le 1er mars 1979, Cuba se dote d'un nouveau code pénal qui entrera en vigueur le 1er novembre. Le 4 avril, le directeur de l'agence de voyage Viajes Varadero Travel, Carlos Muñoz Varela, qui appuie le rapprochement de Cuba avec les USA et organise des traversées entre les 2 pays est assassiné dans le quartier de San Juan par des membres de Command zero, une branche d'Omega 7. Le 19 juin, l'américain Ted Weiss tente de faire voter une loi contre l'embargo mais c'est un échec. Le 1er juillet, des vols réguliers sont mis en place entre l'île et les États-Unis (100.000 personnes exilées voyagent vers Cuba cette année là). Le 10 juillet, Cuba signe un accord de téléphonie avec la Colombie.

Le gouvernement appuie technologiquement et militairement la Junta Nacional Revolucionaria, à caractère sandiniste, lorsqu'elle prend le pouvoir au Nicaragua en renversant la dictature somoziste le 19 juillet 1979. Ainsi, les relations diplomatiques reprennent entre les 2 pays le 27 juillet. En novembre, près de 1200 professeurs cubains volontaires se rendent au Nicaragua.

Le 29 août 1979, la loi sur la sécurité sociale est adoptée. Le 30 août, le président américain 'Jimmy' Carter demande à Cuba le retrait de 3000 soldats soviétiques qui forment un groupe de surveillance des mer Caraïbes depuis Cayo Hueso. Du 3 au 7 septembre, la Havane accueille le 6ème sommet des pays non-alignés. Fidel Castro est élu président du mouvement. Le 21 septembre, Cuba signe un accord d'approvisionnement en pétrole avec l'Algérie. Les 11 et 12 octobre, Fidel Castro s'adresse à l'ONU en tant que président des pays non-alignés. Il y dénonce l'embargo et la base de Guantánamo. Le 7 décembre, Cuba et la Libye signent un accord pour importer du pétrole. Le 8 mars 1980, Fidel Castro déclare qu'il ne souhaite pas de confrontation avec les États-Unis mais ne cessera pas pour autant de soutenir les révolutions populaires.

Le 1er avril 1980, des cubains perpétuent un attentat contre l'ambassade du Pérou à la Havane afin de s'y réfugier. Le régime cubain demande leur retour sans succès. Pour donner une leçon au Pérou, Fidel Castro fait retirer les gardes protégeant l'ambassade. La nouvelle se diffuse à la radio et près de 11.000 personnes entrent dans le bâtiment. Rapidement, ils sont confrontés à des problèmes de salubrité et au manque de nourriture. D'autres ambassades sont envahies (Costa Rica, Espagne...) et des campagnes de soutien voient le jour. Voulant récupérer le mouvement, Fidel Castro annonce le 21 avril une politique de porte ouverte pour ceux qui veulent quitter l'île. Il invite les Cubains habitant aux USA à venir chercher leurs proches au port de Mariel. Jusqu'à 25 septembre, près de 17.000 navires transportent 125.262 exilés. Pour faire oublier cet épisode, le gouvernement organise le 1er mai un rassemblement de soutien au régime. Le 5 mai, le président américain 'Jimmy' Carter déclare qu'il accueille à bras ouverts tout réfugié cubain.

Le 3 novembre, le président Ronald Wilson Reagan est élu président des USA. Son administration va durcir l'embargo et sera la plus dure envers Cuba depuis 1960. La "doctrine Reagan" implique la confrontation directe avec les communistes partout dans le monde, notamment en Amérique latine. Il est consiéré comme une menace par Fidel Castro qui crée les Milicias de Tropas Territoriales (MTT), armée de femmes et d'hommes volontaires. Le 11 décembre, le diplomate cubain à l'ONU, Félix Carlos García Rodríguez, est assassiné à New-York par le groupe Omega 7.

Le 28 janvier 1981, le groupe d'exilés cubains Fundación Nacional Cubano-Americana ou Cuban American National Foundation, créé par Jorge Mas Canosa à Miami, commence à faire pression sur le Congrès américain. Ce groupe qui propose une politique dure contre Cuba pour faire tomber le régime castriste va rapidement devenir influente. Du 21 février au 4 mars, Fidel Castro se rend en URSS pour assister au 26ème congrès du Parti Communiste de l'Union Soviétique (PCUS). En mai, une grande campagne de répression est lancée contre les jeunes qui ne sont pas habillés "correctement". Le 30 juin, le journal Granma dévoile la présence de la dengue à Cuba. Fidel Castro accuse les USA de guerre bactériologique alors qu'elle a sûrement été ramenée d'Afrique par les soldats engagés dans les combats sur ce continent. Le président cubain réitère ses accusations le 26 juin. Le lendemain, les États-Unis démentent. Le 6 septembre, l'Organización Panamericana de la Salud confirme que les USA ne sont pas impliqués. Le 24 septembre, Cuba maintient ses déclarations devant l'assemblée générale de l'ONU. Le 28 octobre, le Département d'État américain dénonce l'envoi de 500 conseillers militaires en aide au régime sandiniste. Le 29 novembre, la Jamaïque rompt ses relations diplomatiques avec Cuba. Le 30 octobre, l'US Navy commence 4 semaines d'exercices dans les mers caribéennes. Le lendemain, Cuba mobilise ses réservistes et déclenche l'alerte maximale en préparation d'un attaque par les USA. Le 23 novembre, le vice-président cubain Carlos Rafael Rodríguez et le secrétaire d'État américain Alexander Meigs Haig s'entretiennent secrètement au Mexique. Aucun accord n'est trouvé mais cela permet de faire retomber la tension de la fin d'année.

Le 19 avril 1982, l'administration Reagan rétablit l'interdiction pour des citoyens américains de dépenser de l'argent à Cuba. Il met également fin à l'accord sur les droits de pêche signé en 1977. Le 16 juin, Carlos Rafael Rodríguez déclare devant l'ONU que Cuba a dû doubler sa puissance militaire depuis 1981 en réponse à l'agressivité de son voisin. Le 14 décembre, le quartier Habana Vieja de la Havane est déclaré Patrimoine de l'Humanité par l'UNESCO, permettant d'initier sa restauration.

L'année 1983 est désignée "année du 30ème anniversaire de l'attaque de Moncada". Le 6 mai, l'administration Reagan déclare posséder des preuves de l'implication de hauts fonctionnaires cubains dans le trafic de drogue panaméricain. Le 17 septembre, le sénat américain approuve la création de Radio Martí pour transmettre depuis Miami de émissions de propagande anticastriste et anti-communiste vers Cuba. Les premières transmissions auront lieu le 20 mai, 2 ans plus tard. Le 25 octobre, des troupes du Caribbean Community (CARICOM), des USA, de la Barbade et de Jamaïque débarquent à la Grenade, un État indépendant situé dans les petites Antilles, pour mettre fin à la férocité du général Hudson Austin qui vient de renverser Maurice Bishop par un coup d'état. Cuba, qui a créé des liens politiques et économiques avec la Grenade sous le gouvernement de Maurice Bishop, s'oppose sans succès aux forces caribéennes. 642 cubains seront capturés, 24 tués et 57 blessés. Bien que les membres de l'Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO) soutiennent unanimement cette opération dite invasion de la Grenade ou Operation Urgent Fury, elle est condamnée par l'assemblée générale de l'ONU car menée en dehors de tout mandat du conseil de sécurité.

Cuba - Invasion de la Grenade

Invasion de la Grenade

Au cours de l'année 1983, année du "25ème anniversaire du triomphe de la libération", Cuba doit renégocier avec les pays occidentaux sa dette extérieure qui fait partie des plus élevées. En 1984, Cuba continue d'aider médicalement, militairement et industriellement le gouvernement sandiniste au Nicaragua. L'île prépare également le retrait de ses troupes en Angola. Le 14 mai, le département de défense américain annonce qu'il investir 43 millions de dollars pour rénover la base navale de Guantánamo. Le 14 octobre, Cuba doit renégocier sa dette avec l'Union Soviétique. Le 14 décembre, Cuba et les USA trouvent tout de même un compromis qui prévoit que les États-Unis accordent 20.000 visas par an pour des cubains (en réalité, ce quota ne sera pas respecté). En échange, le gouvernement castriste accepte le retour de 2746 réfugiés ayant atteint les côtés américaines depuis le port Mariel.

Le 1er janvier 1985, une nouvelle loi sur le logement prend effet. Les locataires sont autorisés à acheter et vendre leur habitation auprès de l'état. Le 2 janvier, Fidel Castro affirme dans un discours que l'URSS est le pilier fondamental du pays. Entre le 16 et le 19 avril, un traité d'échange commercial sur 5 ans est signé à la Havane avec l'Union Soviétique. Le 20 mai, en réponse aux premières diffusions de Radio Martí depuis Miami, Cuba annule l'accord sur l'immigration obtenu l'année précédente. Le 4 octobre, Ronald Reagan interdit l'entrée sur le territoire américain de responsables cubains ou de toute personne représentant les intérêts du pays (étudiants, professeurs, artistes...). En décembre, Cuba tente à nouveau de renégocier sa dette extérieure avec le Club de París. De son côté, l'URSS de Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev est moins encline à aider Cuba et prévoit de diminuer son soutien.

Du 4 au 7 février 1986, à l'occasion de la première moitié du 3ème congrès du Partido Comunista de Cuba (PCC), Fidel Castro lance le "proceso de rectificación de errores y tendencias negativas", pour lutter contre les dysfonctionnements de la société et impulser une "révolution dans la révolution". La seconde seconde partie aura lieu du 17 au 19 juillet. Le 25 février, Fidel Castro se rend en URSS. Le 18 mai, le gouvernement interdit les marchés libres paysans créés en 1980 car ils sont accusés de permettre un enrichissement démesuré des intermédiaires entre producteurs et acheteurs. Le 2 juin, la Banco de Comercio Exterior de México accorde un crédit de 150 millions de dollars à Cuba. Le 31 décembre, le journal Granma annonce des mesures d'austérité pour le pays puis le 5 janvier 1987, celles de réduction de circulation de la monnaie. Le 6 janvier, Cuba présente au Club de París un plan de refinancement de sa dette. Le 11 janvier, 30 nouvelles mesures d'austérité sont ajoutées (quotas sur le lait et le riz, augmentation du prix des transports publics, arrêt de la gratuité des cantines ouvrières...). Le 11 mars, une résolution qui critique la violation des droits de l'Homme à Cuba est rejetée par l'ONU. Le 6 juin, la télévision cubaine diffuse un reportage en 7 parties sur les activités d'espionnage menées par les USA. Le 3 novembre, Fidel Castro se rend en URSS et reçoit un prêt secret de 450 millions de dollars. Le 15 novembre, Cuba envoie de nouveau des soldats en Angola en prévision d'une attaque par l'Afrique du Sud. Le 20 novembre, l'accord d'immigration cubano-américain est restauré.

L'année 1988 est décrétée "30ème anniversaire de la Révolution". En février et mars, une délégation américaine sur les droits de l'Homme inspecte les prisons cubaines. Il conclut que la situation n'est pas pire que dans les cellules des États-Unis. Le 10 juin, la télévision dévoile la situation catastrophique des ports de la Havane et de Santiago dans lesquels la marchandise est présente mais les circuits de distributions ne sont pas effectifs. La situation s'aggrave le 9 août, 110.000 tonnes de marchandise s'accumulent. Entre les 16 et 25 septembre, une délégation de la commission des droits de l'Homme de l'ONU inspecte l'île. La visite engendre une augmentation du nombre de groupes dissidents.

Le 10 janvier 1989, commence le rapatriement de soldats cubains engagés en Angola, qui durera jusqu'en 1991. Le 28 janvier, le groupe américain Americas Watch reconnaît une amélioration en matière de droits de l'Homme même s'il existe encore des violations de la justice et de la vie privée des Cubains. Le 9 mars, la commission des droits de l'Homme de l'ONU déclare suivre ce sujet. Le 9 juin, Arnaldo Ochoa Sánchez, héros de la révolution et ex-compagnon de route de Fidel Castro, est arrêté. Le journal Granma dévoile que c'est pour corruption et trafic de stupéfiants. Les 25 et 26 juin, il est jugé par un tribunal d'honneur dirigé par Raúl Castro et perd son rang militaire. Le 7 juillet, un conseil spécial de guerre le condamne à mort. En septembre, le professeur Esteban González González, fondateur du Movimiento para la Integración Democrática, mouvement contre la violence et en faveur d'un gouvernement pluraliste, est condamné à 7 ans de prison pour tentative de manifestation pacifique. Le 18 octobre, Cuba est admis comme membre du conseil de sécurité de l'ONU. Le 20 novembre, le département des finances américain limite à 100 dollars par jour les dépenses de ses citoyens à Cuba. Le 24 novembre, le président de la Comisión Cubana de Derechos Humanos y Reconciliación Nacional (CCDHRN) Elizardo Sánchez Santa Cruz-Pacheco, le secrétaire général du Partido Pro Derechos Humanos en Cuba (PPDHC) Hiram Abi Cobas Núñez et le président du Comité Martiano por los Derechos del Hombre Hubert Jerez Mariño sont arrêtés et condamnés entre 18 et 24 mois de prison ferme. Du 11 au 13 décembre, le Partido Comunista de Cuba se réunit en urgence pour trouver une solution à la crise alimentaire qui frappe le pays. La diminution de l'aide apportée par l'URSS affaiblie se fait sentir. L'île est isolée et voit ses exportations et importations chuter brutalement. Le 28 décembre, Fidel Castro annonce que le pays entre dans "une période spéciale en temps de paix". Pour faire face à ce problème et à l'embargo, les dirigeants cubains sont contraints de mettre en place un grand nombre de réformes.

1.13. La période spéciale.

Le 1er janvier 1990, Fidel Castro confirme l'imminence de la "une période spéciale en temps de paix". Le 4 janvier, les universitaires Jorge Quintana, Carlos Ortega et une douzaine de leurs compagnons sont arrêtés pour avoir ouvertement critiqué la politique du régime. Le 5 mars, l'ONU décide à Genève de poursuivre sa surveillance sur les droits de l'Homme à Cuba. Le 10 mars, 7 membres du Comité Cubano Pro Derechos Humanos sont arrêtés. Le 23 mars, les premières émissions de TV Martí sont transmises depuis Miami mais le 28 mars, le gouvernement cubain parvient à les brouiller. Le 7 mai, le journal soviétique Izvestia déclare que la dette cubaine envers l'URSS atteint les 24 milliards de dollars. Le 10 mai, le premier hôtel Sol Club Palmeras est construit à Varadero avec des fonds espagnols. Le 25 juin, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev annonce qu'à partir du 1er janvier 1991, l'URSS suivra les prix du marché mondial pour ses achats négociés avec Cuba. Le 9 juillet, une cinquantaine de Cubains trouvent refuge dans des ambassades étrangères à la Havane. La police pénètre dans l'enceinte de l'ambassade d'Espagne, provoquant une crise diplomatique aiguë entre les 2 pays.

Le 2 août 1990 commence la "période spéciale", 14 mesures de restrictions sont annoncées notamment sur l'essence et l'électricité. Le 26 septembre, la rationalisation s'intensifie. En octobre, le Congrès des USA vote l'amendement Mack qui interdit à toute filiale de compagnie américaine située hors des États-Unis de commercer avec Cuba sous peine de sanctions. Il stipule également que tout pays qui faisant des affaires avec l'île sera privé d'aide. Le 2 novembre, la loi permet aux cubains de dénoncer leurs voisins qui jouissent d'un niveau de vie ostentatoire, considéré comme synonyme d'argent sale. Le 4 novembre, Fidel Castro déclare que toute entreprise étrangère qui investira à Cuba pourra rapatrier ses bénéfices, bénéficier d'installations gratuites et profiter de réductions d'impôts. Le 15 décembre, un accord commercial cubano-soviétique est signé pour une durée d'un an et les échanges doivent être réalisés en dollar uniquement. Le 28 décembre, Tania Díaz Castro engagée pour les droits de l'Homme est condamnée à un an de prison. 7 autres personnes sont emprisonnés avec des peines plus courtes.

Le 6 janvier, la Tchécoslovaquie prend ses distances avec Cuba. Le 20 janvier, l'ancien ministre des transports, Diocles Torralba, est condamné à 20 ans de prison pour malversations, abus d'autorité et usage indu de ressources. Le 21 mars, le groupe dissident Criterio Alternativo demande plus de démocratie le 21 mars sur l'île. Le 31 mai, des intellectuels cubains font de même en adressant au régime cubain la "Carta de los Diez". Criterio Alternativo réitère sa demande le 7 juin mais ses dirigeants sont arrêtés. À partir du 15 juin, commence une vague de répression contre les signataires de la Carta de los Diez. Le 28 juin, le Consejo de Ayuda Mutual Económica (COMECON ou CAME), marché commun entre les pays du bloc communiste, s'effondre. Le 30 juillet, le président américain George Herbert Walker Bush se rend à Moscou et critique l'aide apportée par le pays à Cuba. En août sont crées les Brigadas de Respuesta Rápida, groupes paramilitaires dont l'objectif est de réprimer les désordres de rue.

Le 6 septembre 1991, Mijaíl Sergéyevich Gorbachov annonce qu'il va mettre fin à l'aide apportée à Cuba. Il demande également le retrait graduel des troupes soviétiques (conseillers et techniciens militaires) sur l'île, qui commence le 11 septembre, malgré les critiques émises par le gouvernement cubain. Le 27 novembre, María Elena Cruz Varela, secrétaire générale de l'organisation Criterio Alternativo est arrêtée avec 3 de ses compagnons et condamnée à 2 ans de prison pour activité politique non autorisée. Le 8 décembre, l'URSS s'écroule pour donner naissance à la Communauté des États Indépendants (CEI), organisation sans entité juridique forte, qui ne fonctionna pas réellement. Dans sa chute, l'URSS entraîne Cuba qui réalise près de 80% de son commerce extérieur avec le bloc de l'Est. Les conditions économiques deviennent très dures dans le pays et le niveau de vie des Cubains chute brutalement, ravivant la contestation intérieure contre le régime. En réponse, la censure menée par le gouvernement cubain se multiplie.

Le 25 janvier 1992, les défenseurs des droits de l'homme Gustavo Arcos Bergnes et son frère Sebastián Arcos Bergnes sont arrêtés. Le 2 février, les USA autorisent la compagnie de téléphone ATT à s'étendre à Cuba mais le gouvernement refuse quelques jours plus tard. Le 5 mars, la commission des droits de l'Homme de l'ONU décide de nommer un observateur pour qu'elle soit informée des violations sur ce thème dans l'île. Le 27 mars, le programme d'aide alimentaire de l'ONU donne à Cuba pour 23 millions de dollars pour acheter de produits laitiers. Le dissident Yndamiro Restano Díaz, président du Movimiento Armonía, est condamné à 10 ans de prison. Les 23 et 24 septembre, Carlos Aldana, idéologue du PCC est expulsé du Buró Político del PCC pour "conduite peu éthique". Le 23 octobre, George Herbert Walker Bush signe le "Cuban Democracy Act" ou "Ley Torricelli" (du nom du sénateur qui présenta la loi devant les chambres américaines, annonçant que celle-ci ferait tomber Fidel Castro en quelques semaines) qui durcit un peu plus l'embargo. Celui-ci interdit aux filiales étrangères de compagnies américaines de commercer avec Cuba, aux citoyens des USA de voyager à Cuba et aux familles cubaines installées aux États-Unis d'envoyer de l'argent vers l'île. Les États-Unis font ainsi pression sur les ex-pays socialistes pou rompre les liens avec Cuba. Le 24 novembre, l'assemblée générale de l'ONU condamne à la grande majorité le Cuban Democracy Act pour violation des lois internationales.

Le 16 novembre 1992, un accord est signé entre Cuba et la Russie pour échanger du sucre contre du pétrole au cours de l'année suivante. Le 5 décembre, Elizardo Sánchez Santa Cruz-Pacheco, président de la Comisión Cubana para los Derechos Humanos y la Reconciliación Nacional (CCDHRN) est arrêté. Le 7 janvier 1993, le président du groupe anticastriste Comandos L basé en Floride, Tony Bryant, déclare que des raids contre des cibles cubaines sont planifiés et conseille aux touristes de se tenir à l'écart de l'île. Le 8 juillet, Cuba reçoit une aide de 380 millions de dollars de la part de la Russie. Le 26 juillet, Fidel Castro annonce la légalisation du dollar, qui entre en vigueur le 9 août, créant des inégalités entre les Cubains qui ont accès à ces devises et ceux qui n'en possèdent pas. Le 13 octobre, un jeune homme de 24 ans, Luis Quevedo, est tué par les membres de la Seguridad del Estado car il tentait de s'échapper du pays. Le lendemain, de nombreuses personnes sont présentes pour son enterrement mais la foule est dissoute par la police. Le 20 décembre, l'assemblée générale des Nations Unies réprimande Cuba ainsi que 3 autres pays pour violation des droits de l'homme. Le 22 décembre, Alina Fernández Revuelta, fille de Fidel Castro, demande l'asile politique aux États-Unis et l'obtient le lendemain. Le recensement de fin d'année dénombre 10.800.000 habitants plus presque 2 millions vivants hors du pays, dont la moitié aux USA.

En février 1994, le régime cubain sollicite l'assistance du gouvernement espagnol pour mettre en place un plan économique qui permettrait de surmonter la crise. Ce dernier envoie son ministre de l'économie mais Cuba rejette ses propositions. Le 9 mars, la commission des droits de l'Homme de l'ONU condamne les violences commises par le gouvernement cubain et son refus d'accueillir un observateur mandaté par l'organisme international. Le 23 mai, le régime annonce la forte augmentation des prix de produits de base. Le 13 juin, la compagnie mexicaine de téléphone Grupo Domos signe un accord avec le gouvernement cubain pour moderniser son réseau. En ces temps de crise, nombre de cubains tentent de rejoindre les côtes américaines à bord de petits embarcations de fortune. En juin, 1173 balseros réussissent la traversée, en juillet on en dénombre 1010. Le 3 août, l'Asemblea Nacional del Poder Popular vote une réforme des impôts. Le 5 août, des manifestation spontanées éclatent dans les rues de la Havane. Des milliers de personnes défilent sur le Malecón pour demander le droit de quitter le pays. Le lendemain, Fidel Castro accuse les États-Unis d'organiser ces contestations et menace d'autoriser un nouvel épisode Mariel. Le 7 août, commence un exode massif. Près de 27.000 personnes tentent leur chance et entre 3000 et 5000 cubains y trouvent la mort. Devant l'ampleur du phénomène, l'administration Clinton interceptent les migrants et les renvoient vers la base navale de Guantánamo. Le 25 août, les USA initient des discussions sur l'immigration avec Cuba et le 9 septembre, un accord est trouvé. Il autorise 20.000 immigrés par an. Le 13 septembre, le gouvernement cubain annonce donc la fin de la politique ouverte de départ du pays. Devant l'aggravation de la pauvreté, Fidel Castro autorise le 19 septembre la création de marchés libres paysans qui permettent la vente de produits agricoles et de pêche avec des prix fixés par le mécanisme d'offre et de la demande. Le 26 octobre, pour la 3ème année consécutive, l'assemblée générale de l'ONU vote une mesure pour mettre fin à l'embargo mais les USA poursuivent leur politique. Du 15 au 19 novembre, la haute commission de l'ONU pour les droits de l'Homme demande au gouvernement cubain de libérer les prisonniers politiques.

Le 12 janvier 1995, Cuba reçoit une plage d'adresses IP et peut ainsi avoir accès à Internet. Le 7 mars, la commission des droits de l'Homme de l'ONU condamne à Genève le régime cubain pour violences répétées. Le 10 avril, Cuba rétablit ses relations diplomatiques avec le Chili. Le 11 avril, 30 entreprises américaines annoncent qu'elles sont prêtes à investir sur le sol cubain si le blocus est levé. Le 2 mai, un accord secret est signé entre l'américain Peter Tarnoff et le cubain Ricardo Alarcón de Quesada pour que tout balsero intercepté par les USA soit renvoyé vers l'île. L'administration Clinton terminent ainsi 34 années d'accueil d'exilés cubains. Le 8 juillet, près d'un million de votes blancs sanctionnent la politique du gouvernement lors des élections municipales. Le 5 septembre, l'Asemblea Nacional del Poder Popular vote une loi qui permet que des capitaux étrangers soient investis dans le pays (à hauteur de 50% du projet), même par des cubains exilés. En octobre, le gouvernement cubain signe un accord commercial avec la Russie qui prévoit du pétrole contre du sucre et une aide pour terminer la centrale nucléaire de Juraguá. À la même période, le groupe dissident Concilio cubano est créé autour de 5 principes : la non-violence, l'amnistie pour les prisonniers politiques, une transition vers la démocratie, un système judiciaire qui assure les droits de l'Homme et la participation de tous les cubains où qu'ils vivent. Le 2 novembre, l'assemblée générale de l'ONU se prononce contre l'embargo. Fidel Castro adopte petit à petit une politique d'ouverture aux investissements étrangers et au tourisme. La pyramide sociale s'en trouve bouleversée. Les Cubains qui ont de la famille aux USA ou qui travaillent dans les secteurs touristiques voient leur niveau de vie augmenter et forment une classe de nouveaux riches.

Cuba - 'Bill' Clinton

'Bill' Clinton

Les 9 et 13 janvier 1996, des avions du groupe anticastriste Brothers to the rescue volent au dessus de la Havane et répandent des tracts appelant le peuple cubain à s'opposer au gouvernement. En janvier et février, le régime cubain met en place une forte répression contre Concilio Cubano et Brothers to the rescue. Le 24 février, 2 Mig-23 des forces cubaines abattent 2 avions de Brothers to the rescue. Conforté par cet évènement, le président William 'Bill' Jefferson Clinton signe le 12 mars le Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act ou Helms-Burton Act qui impose des pénalités aux compagnie étrangères qui commercent avec Cuba et permet aux citoyens des États-Unis de poursuivre en justice des investisseurs étrangers qui utilisent des installations américaines saisies dans le passé par le gouvernement cubain. L'Union Européenne s'oppose un temps à cette décision, pour protéger ses sociétés multinationales, mais finissent par se rallier à la vision américaine. Le 16 juillet, le président américain renonce tout de même au second volet de la loi, qui fait polémique. Le 12 novembre, l'assemblée générale de l'ONU se prononce pour la 5ème fois contre l'embargo.

Cuba - Brothers to the rescue

Brothers to the rescue

Le 12 avril 1997, un attentat terroriste fait exploser la discothèque de l'hôtel le plus en vogue de la Havane, le Melia Cohiba. Ce n'est que le début d'une série qui va frapper pendant 6 mois les restaurants et les clubs de la Havane et de Varadero, centre névralgique du tourisme cubain. Le 17 juillet sont arrêtés les 4 responsables du document "La patria es de todos" ("La patrie appartient à tous") qui revendique démocratie, fraternité et avenir pour Cuba. En septembre, le salvadorien Raúl Ernesto Cruz León est emprisonné pour avoir perpétré une demi-douzaine d'attentats contre des hôtels. Le 5 novembre, l'assemblée générale de l'ONU réitère sa position contre l'embargo. Le 18 novembre, la défense américaine édite un rapport qui indique que Cuba ne représente pas une menace militaire pour les USA et pour ses voisins.

Du 21 au 25 janvier 1998, le pape Jean-Paul II se rend à Cuba. Il y rappelle son attachement à la liberté et critique l'embargo, ce qui contraint les USA à assouplir leur politique de fermeté à l'égard de la Havane. Cuba sort un peu de son isolement diplomatique. En mars, le Pentagone indique à nouveau que Cuba n'est pas une menace pour la sécurité nationale. C'est un premier pas pour des relations plus apaisées avec les États-Unis. En mai, les pays européens demandent la fin de l'embargo et indiquent qu'un des articles du Helms-Burton Act est contraire aux lois internationales. Le 16 juillet, les vols entre La Havane et Miami reprennent. L'envoi d'argent par les Américains d'origine cubaine à leur famille restée à Cuba, les remesas, est également autorisé. Le 12 juillet, le New York Times s'entretient avec Luis Posada Carriles qui avoue publiquement avoir organisé la série d'attentats à la bombe contre les hôtels commis l'année précédente et se revendique du groupe anticastriste Cuban-American National Foundation (CANF). Il dit jouir d'une grande liberté de circulation sur le sol américain. Cuba reçoit des agents du FBI pour leur réclamer l'arrestation et l'extradition des terroristes. En réponse, les États-Unis arrêtent 5 Cubains, soupçonnés d'être des agents secrets travaillant pour l'île, le 12 septembre 1998 à Miami. René González Sehweret, Gerardo Hernández Nordelo, Ramón Labañino Salazar, Fernando González Llort et Antonio Guerrero Rodríguez sont surnommés "Los cinco", "Cuban five" ou "Miami Five". Le 13 octobre, le sénateur John William Warner et 23 sénateurs recommandent de réviser la politique d'isolement menée contre Cuba. Le 16 octobre, une fois de plus, l'assemblée générale de l'ONU condamne l'embargo. Le 24 décembre, les États-Unis expulsent 3 diplomates cubains.

Cuba - Los cinco

Los cinco

1999, 40ème anniversaire de la révolution. Le 5 janvier, 'Bill' Clinton rejette la proposition du sénateur John William Warner émise à la fin de l'année précédente mais annonce des mesures pour assouplir l'embargo. En février, les lois "de protection de l'indépendance nationale et pour l'économie de Cuba" sont votées. Elles permettent de graves sanctions contre les idéologues ou les politiques aux opinions subversives. Le régime opère ainsi un durcissement à l'égard de toute contestation sociale, politique et civile. En octobre, une délégation composée d'hommes d'affaires et dirigée par le gouverneur de l'Illinois George Homer Ryan se rend à Cuba. En novembre, pour la 8ème fois consécutive, une résolution contre l'embargo est votée. Le 7 novembre, une mère et son fils, Elián Gonzalez, tentent la traversée vers la Floride. Le père n'en est pas informé. Seul l'enfant survit et est repêché par les garde-côtes américains. La famille de la mère installée à Miami accueille l'enfant. Soutenue par la mafia anticastriste elle refuse de rendre Elián à son père qui vit à la Havane. Ceci provoque une vague d'indignation dans l'île et des centaines de milliers de Cubains descendent spontanément dans les rues. Des artistes offrent des concerts de solidarité. S'engagent de nombreuses discussions entre Cuba et les USA. L'événement se transforme en confrontation politique publique. Ce ne sera que le 28 juin de l'année suivante qu'Elián Gonzalez sera rendu à son père.

Le 29 janvier 2000, l'organisation Reporter sans frontières dénonce la détention de 3 journalistes suisses et l'expulsion par le régime cubain d'un correspondant français. Le 13 avril, la Havane reçoit le sommet G-77 qui regroupe la majorité des pays dits du tiers-monde. La venue de Kofi Atta Annan permet de donner un peu de visibilité à l'île. Le 7 mai, la cour de justice de Cuba estime que les USA devraient verser 121 milliards de dollars au pays pour couvrir tous les dommages occasionnés durant les 4 décennies d'embargo. Le 28 juin, le Congrès américain lève l'embargo sur les produits agricoles et pharmaceutiques. Toutes les restrictions sur les aspects financiers restent en place. Le 1er juin, Fidel Castro accuse l'Union européenne de cautionner la politique américaine. Le 25 juin, le gouvernement du pays lance des mesures fortes contre la corruption. Le 27 juin, une manifestation qui rassemble près d'un million de Cubains (selon le régime) proteste contre l'embargo. Plusieurs présidents se réclamant de gauche arrivent au pouvoir, notamment au Vénézuela avec Hugo Rafael Chávez Frías. Une coopération s'installe avec Cuba et renforce le gouvernement de l'île. Le 30 octobre, Hugo Chávez et Fidel Castro prononce ensemble un discours dans l'émission vénézuelienne Aló Presidente. Le lendemain, un accord de vente de pétrole du Vénézuela vers Cuba est signé. En octobre, les appels téléphoniques vers les États-Unis sont sur-taxés. Le 17 novembre, Luis Posada Carriles et 3 Cubains sont arrêtés au Panamá en train de planifier l'assassinat de Fidel Castro. Du 13 au 15 décembre, le président russe Vladimir Vladimirovich Putin se rend à Cuba. Le 31 décembre, le gouvernement interdit aux Cubains l'accès à Internet.

Cuba - Hugo Chávez

Hugo Chávez

Le 17 février 2001, diverses pressions diplomatiques aboutissent à la libération de 2 parlementaires tchèques emprisonnés depuis le 2 février pour s'être entretenus avec des dissidents cubains à Ciego de Ávila. Le 19 février, le Council on Foreign Relations (CFR) et 19 banquiers américains, menés par David Rockefeller, rencontre Fidel Castro. Le 14 mars, Hugo Chávez se rend à la Havane. Le 28 mars, le Cuba Policy Foundation (CPF) est fondé pour contrebalancer le Cuban-American National Foundation (mouvement qui perd peu à peu sa cohésion après la mort de son fondateur Jorge Mas Canosa en 1997). Cette organisation dite au centre de l'échiquier politique demande la fin de l'embargo. Le 1er avil, la Cuban Foundation for Human Rights estime que jusqu'à au début de l'année, près de 10% des 300 prisonniers politiques sont en prison pour avoir exercé leur droit à la liberté d'opinion. Le 7 avril, Fidel Castro nie par écrit toutes les violences contre les droit de l'Homme qui lui sont reprochées. Le 15 avril, Cuba et la Chine signent un accord commercial et technologique avec Cuba. Le 16 avril, à Genève, la commission des droits de l'Homme de l'ONU condamne une nouvelle fois Cuba pour violation des droits de l'Homme. Le 18 avril, le Cuba Policy Foundation réalise un sondage qui montre que la majorité des Américains approuvent l'idée de commercer avec Cuba et de pouvoir voyager vers l'île. Le 28 mai, le gouvernement cubain suspend de nouveau le paiement de sa dette vers l'Espagne. Le même jour, l'Organisation des États américains publie une information qui critique Cuba sur le thème des droits de l'Homme. Le 27 juillet, l'interdiction pour les citoyens américains de voyager à Cuba est levée.

Le 28 août 2001 s'ouvre le procès des Cuban five. Après de longues discussions et malgré plusieurs témoignages en leur faveur, ils sont déclarés coupables pour 26 chefs d'accusation allant de l'utilisation de faux papiers jusqu'à l'homicide involontaire. Selon le gouvernement cubain, leur véritable mission était l'infiltration d'organisations terroristes basées à Miami afin de prévenir des attentas contre Cuba. En effet, la mafia ayant constaté que l'économie était en redressement grâce au tourisme, elle aurait cherché à l'empêcher à tout prix. Le 12 septembre, l'ancien ministre de la santé des États-Unis Minnie Joycelyn Elders indique après avoir visité l'île que le système de santé cubain conserve mieux les gens en bonne santé que le système américain. Le 28 septembre, un groupe politique qui souhaite établir des relations apaisées avec Cuba demande au président George Walker Bush de supprimer le pays des nations terroristes. En octobre, Cuba signe un accord d'échange avec la Russie (10,5 millions de tonnes de pétrole brut contre 4 tonnes de sucre). Le 4 novembre, l'ouragan Michelle, le plus violent depuis 50 ans, frappe la Havane. Le 18 novembre, depuis des décennies, le gouvernement américain autorise au régime cubain à acheter des aliments et des médicaments aux USA. Le 28 novembre, pour la 10ème fois consécutive, l'ONU vote contre l'embargo. Le 30 novembre, le gouvernement américain refuse une offre de compensation faite par le régime cubain pour les biens confisqués durant la révolution. Le 14 décembre, un étude de l'UNESCO montre que Cuba est presque aussi bien classé que les meilleurs pays d'Amérique latine pour les mathématiques et les langues.

Le 24 janvier 2002, le gouverneur de l'Illinois George Homer Ryan se rend pour la seconde fois à Cuba. Le 18 février, l'opposition démocratique cubaine commence à récolter les 10.000 signatures nécessaires pour forcer le vote d'une loi à l'assemblée nationale cubaine (article 88 de la constitution de 1976). Ce projet, mené par Oswaldo Payá Sardiñas est nommé Proyecto Varela. Le 28 mars, des chercheurs de l'université de la Havane remportent une récompense décernée par la Whitley Laing Foundation (une prestigieuse organisation non-gouvernementale britannique). Le 7 avril, un groupe nouvellement créé de 34 sénateurs américains annonce qu'ils veulent lever l'embargo, faire progresser la démocratie à Cuba, développer le financement privé pour les achats de nourriture et de produits agricoles et promouvoir la coopération pour lutter contre le trafic de drogue. Le 20 avril, l'ONU condamne à Genève le régime cubain pour violation réitérées des droits de l'Homme. Le 12 mai, l'ancien président 'Jimmy' Carter se rend à la Havane. Il y dénonce les allégations américaines de terrorisme bactériologique, s'adresse au peuple à la télévision en espagnol, supporte le Proyecto Varela et demande la levée de l'embargo. Le 20 mai, le Proyecto Varela signé par 11.020 personnes est présenté à l'assemblée nationale cubaine, demandant des élections libres, le droit à la libre expression et à la libre association, des réformes électorales, l'amnistie de 250 prisonniers politiques... Le même jour, le président George Walker Bush prononce un discours à Miami exigeant un changement de régime et des élections libres à Cuba. Ces propos sont jugés très provocateurs par le gouvernement cubain, jugeant que le président américain est "mal placé pour donner des leçons de démocratie". L'assemblée nationale rejettera la proposition. Le 3 juin, des bombes incendiaires sont lancées sur les bâtiments des groupes anticastristes Cuban American National Foundation et du Alfa 66 dans le quartier Little Havana de Miami. Les dommages sont mineurs.

Le 7 juin 2002, le régime cubain restructure l'industrie sucrière, ferme des centrales et licencie des milliers d'ouvriers. La rentabilité du secteur de production de sucre étant en baisse, d'importants programmes de reconversion sont élaborés pour recycler les ouvriers vers d'autres secteurs, notamment celui du tourisme. Le 25 juin, Fidel Castro réforme les constitutions de 1976 et 1992. Le 1er juillet, le gouvernement cubain accuse la Russie de trahison et d'aliénation aux USA. Le 13 juillet, pour la première fois depuis 40 ans, Cuba achète un chargement de pommes sur le marché des USA. Le 20 juillet, l'Union Européenne bloque une série d'aides économiques tant que le gouvernement cubain ne respectera pas les droits de l'Homme. Le 23 juillet, la chambre des représentants américaine autorise la vente de biens à Cuba et lève l'interdiction de voyager. Le 9 août, le chef de la majorité à la Chambre des représentants Richard Keith 'Dick' Armey déclare que les États-Unis devraient être ouvert au commerce avec Cuba. Le 22 septembre, 22 musiciens cubains sont nominés aux Latin grammy awards mais ne peuvent assister à la cérémonie par manque de visa pour les USA. Le 26 septembre, une foire de produits alimentaires et agricoles américains se déroule sur 5 jours à Cuba.

Le 18 mars 2003, 75 opposants dont Raúl Rivero, l'un des fondateurs du Proyecto Varela sont arrêtés pour avoir reçu de l'argent des USA afin de nuire à Cuba. Cette décision est très critiquée par les organismes de défense des droits de l'Homme. Le mois suivant, l'Union Européenne gèle ses relations diplomatiques avec Cuba. Le 19 mars, un avion est détourné depuis l'île de la Jeunesse vers la Floride. L'avion n'est jamais rendu à Cuba mais vendu pour payer les actions en justices contre le gouvernement cubain. Le 22 mars, 75 partisans de la démocratie sont arrêtés pour conspiration avec les USA. Le 11 avril, 3 hommes sont exécutés pour terrorisme. Le 17 avril, la commission des droits de l'Homme de l'ONU approuve une résolution demandant que des observateurs puissent se rendre sur l'île. Le 24 octobre, le sénat américain vote la levée de l'interdiction de voyager vers Cuba. Le 4 novembre, l'assemblée générale de l'ONU vote une nouvelle fois contre l'embargo.

Le 26 février 2004, le président américain George Walker Bush interdit à tout navire en provenance de ports cubains d'entrer dans les ports américains. Le 4 mars, 10 cubains dont l'avocat activiste des droits de l'Homme Juan Carlos González Leiva sont arrêtés pour avoir tenté de rendre visite à un journaliste indépendant, roué de coups par des agents du Ministère de l'Intérieur de Cuba, dans un hôpital de Ciego de Ávila. Le 14 avril, 300 représentants américains participent à une foire de 3 jours à la Havane. Le 16 avril, Cuba dépense près de 100 millions de dollars pour l'achat de nourriture (blé, maïs, œufs, lait, petits pois...). Depuis l'allègement de l'embargo, la plupart des importations agroalimentaires à Cuba viennent des USA. Le 30 avril, une lettre entre organisations américaines révèle que 4 employés travaillent à plein temps sur Osama bin Mohammed bin Awad bin Laden et Saddam Hussein Abd al-Majid al-Tikriti quand près de 2 douzaines comptent les violations contre l'embargo. Le 1er mai, Fidel Castro critique le Mexique et le Pérou pour avoir voté aux côté des USA une résolution contre Cuba sur les droits de l'Homme.

Malgré l'augmentation du commerce entre Cuba et les États-Unis, les relations politiques sont émaillées de conflits. Le 6 mai 2004, George Walker Bush annonce des sanctions plus sévères contre Cuba : les Américano-cubains ne pourront rendre visite à leur famille sur l'île qu'une fois tous les 3 ans et ne devront pas leur envoyer plus de 1200 dollars, restriction du don de parcelles de terre à la famille proche et réduction de la somme donnée à des familles cubaines en visite sur le territoire à 50 dollars. En réaction, Cuba gèle le 10 mai toute transaction en dollars sauf pour la nourriture, l'essence et les produits d'hygiène. Le 14 mai, un million de cubains descendent dans la rue pour protester contre les sanctions annoncées par les États-Unis. Fidel Castro est en tête du cortège. Le 21 juin, l'état d'alerte est lancé dans 4 provinces de l'île à cause d'une sécheresse record. Le 7 juillet, la chambre des représentants américains rejette la proposition de George Walker Bush, aucune sanction ne sera appliquée contre Cuba. Le 13 septembre, l'ouragan Ivan frappe l'Oriente cubain. Le 6 octobre, 65 scientifiques qui souhaitaient participer à une conférence à Las Vegas sont refusés à la frontière par l'administration américaine, les visas accordés aux chercheurs deviennent fortement réglementés. Le 26 octobre, Cuba interdit la circulation du dollars sur son territoire. Le système de double monnaie est préféré (peso nacional pour les cubains et peso cubano convertible ou CUC pour les touristes). Le 13 octobre, l'ONU vote une fois de plus contre l'embargo. Le 16 décembre, plusieurs législateurs et gestionnaires de fermes américains se rendent à la Havane. Cuba achètera pour 125 millions de produits fermiers à des compagnies des USA. Le 26 décembre, le ministre du tourisme annonce que 2 millions de personnes ont visité Cuba en 2004.

En avril 2005, Cuba et le Vénézuela signent le "traité commercial des peuples" dont le but du traité est d'échanger des services médicaux cubains contre du pétrole vénézuélien. Cela constitue la première pierre de l'Alianza bolivariana para los pueblos de nuestra América (ALBA), organisation politique, sociale et économique pour promouvoir l'intégration des pays de l'Amérique latine et des Caraïbes, imaginée par Hugo Chávez, qui s'élargira ensuite à la Bolivie, au Nicaragua, à la Dominique et au Honduras. Fidel Castro peut ainsi lier des relations avec Néstor Carlos Kirchner et Juan Evo Morales Ayma. Cuba reprend également le dialogue avec l'Union Européenne. Le 14 avril 2005, la commission des droits de l'Homme de l'ONU vote une mesure contre Cuba. Le ministre des affaires étrangères Felipe Pérez Roque déclare que le pays n'accepte pas la résolution et ne coopérera pas. Le 16 mai, le terroriste Luis Posada Carriles, héros de la lutte anticastriste, déclare dans une conférence de presse que le ministère de la sécurité intérieure des USA ne le cherche plus. Il est arrêté juste après. Le 20 mai, 150 dissidents se regroupent à la Havane pour demander des réformes démocratiques et la libération des prisonniers politiques. Le 24 juin, il est demandé à de nombreuses entreprises étrangères de quitter Cuba (Nestlé, British american tobacco...). En juillet, 150 dissidents cubains se réunissent pour discuter d'une transition calme après le règne de Fidel Castro. Le 8 juillet, l'ouragan Dennis frappe Cuba. Le 22 juillet, l'opposant René Gómez Manzano est arrêté pour violation de la loi de protection de l'indépendance nationale et de l'économie de Cuba. Le 9 août, la cour d'appel d'Atlanta annule de procès des Cuban five et exige une nouvelle procédure. En août, plus de 50 dissidents sont arrêtés. Le 5 décembre, les USA déclarent que 2530 Cubains ont rejoint la Floride par la mer en 2005 contre 955 en 2004 et 1072 en 2003.

Le 11 juillet 2006, George Walker Bush accorde 80 millions pour accélérer la démocratie à Cuba. Le gouvernement cubain l'interprète comme un acte d'agression. Le 31 juillet, Fidel Castro délègue temporairement ses pouvoirs à son frère Raúl Castro Ruz, après avoir été hospitalisé pour une opération de l'intestin. En août, la décision du tribunal d'Atlanta concernant les Cuban five est renversée. Le gouvernement cubain a fait de la libération des condamnés l'une de ses priorités au niveau international.

Le 1er mars 2007, le sénateur américain Michael Bradley 'Mike' Enzi propose le Freedom to travel to Cuba act qui constate que jusqu'à maintenant, en souhaitant s'attaquer à Fidel Castro, les USA se sont mis à dos le peuple cubain et qu'il faut donc changer de politique à l'égard de son voisin. Le 8 avril, Cuba annonce l'envoi en Angola de spécialistes et des vaccins en Angola pour faire diminuer la malaria, le SIDA et le choléra. Le 8 mai, toutes les charges contre Luis Posada Carriles sont abandonnées. Le 18 juin, la commission des droits de l'Homme de l'ONU supprime Cuba de la liste des pays qui ne respectent pas ces droits. En octobre, l'assemblée générale de l'ONU condamne pour la 16ème fois l'embargo.

1.14. Raúl succède à Fidel.

Dès 2007, Raúl Castro engage des débats nationaux afin de discuter des problèmes du pays. Plus d'un million de personnes participent. Le 24 février 2008, Raúl Castro Ruz est élu président de la République de Cuba par l'assemblée nationale. La nomination de José Ramón Machado Ventura comme numéro 2 du gouvernement, le jour même, est interprétée comme un signe de durcissement du pouvoir. Raúl Castro adopte une politique en continuité avec celle proposée par son frère. Le 1er avril, le gouvernement cubain autorise la vente d'ordinateurs, de lecteurs DVD et de téléphones cellulaires aux particuliers. Les appareils à haute consommation électrique avaient été interdits au début de la période spéciale pour faire face au manque d'approvisionnement énergétique dans l'île. Toutefois, les restrictions concernant internet sont maintenues. Le traitement de l'information reste fermement contrôlé et la liberté d'édition est limitée. Le 10 juin, le gouvernement décrète la fin de l'égalitarisme social, les rémunérations seront désormais fixées en fonction de la tâche et du rendement des employés. Les relations entre Cuba et l'Union Européenne s'apaisent. Le 19 juin, les sanctions mise en place en juin 2003 sont levées. Le 18 juillet, Raúl Castro autorise la distribution de lopins de terres en friche appartenant à l'état aux petits agriculteurs privés, qu'ils auront en usufruit. En fin d'année, les ouragans Gustav (30 août), Ike (7 et 8 septembre) et Paloma (8 au 12 novembre) dévastent Cuba comme l'île ne l'a jamais connu dans son histoire. Selon les autorités, 500.000 logements ont été détruits et les pertes s'élèvent à 10 milliards de dollars. Le 28 novembre, le président russe Dmitri Anatolievitch Medvedev se rend à Cuba afin relancer le partenariat économique et militaire avec son ancien allié de la guerre froide. L'île bénéficie également d'une nouvelle politique étrangère mise en place par le président américain Barack Hussein Obama nouvellement élu.

Cuba - Raúl Castro

Raúl Castro

Le 1er janvier 2009, Raúl Castro se rend à Santiago afin de célébrer le 50ème anniversaire de la révolution. Fidel Castro y fait une brève apparition. L'économie cubaine est en berne, touchée par la crise économique mondiale et affaiblie par les cyclones subis en 2008. Le 5 janvier, Raúl Castro autorise la construction de maisons par des particuliers, domaine réservé jusque-là à l'état, pour faire face à la crise du logement. Les perspectives de croissances sont très faibles et Raúl Castro est obligé de revoir ses ambitions de réformes à la baisse. Cuba dépend fortement de ses importations. Leur baisse conduit de nombreuses entreprises d'état à licencier ou fermer leurs portes. Suite à de fortes tensions au sein du gouvernement, Raúl Castro limoge le 2 mars Carlos Lage Dávila et Felipe Ramón Pérez Roque, 2 figures historiques autrefois proches de Fidel Castro. Un rapport présenté en février par le républicain américain Richard Green 'Dick' Lugar de la commission des affaires étrangères du Sénat constate l'inefficacité de 5 décennies de mesures restrictives contre Cuba. Même si la suppression de l'embargo n'est pas envisagée, l'assouplissement de certaines mesures (agriculture, santé, énergies renouvelables...) est réfléchie. Dans un premier temps, les restrictions sur les voyages et le transfert d'argent de Cuabano-Américains vers l'île sont levées le 13 avril. Le 3 juin, l'exclusion de Cuba votée en 1962 par l'Organisation des États américains (OEA) est annulée. Raúl Castro refuse cette ré-intégration et choisit une politique d'isolement. Durant l'été, le gouvernement met en place des mesures d'urgence pour éviter les coupures d'électricité trop fréquentes.

Le 23 février 2010, le prisonnier politique Orlando Zapata Tamayo, condamné à 3 ans de prison pour désordre public et désobéissance, succombe à une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Il est imité le lendemain par Guillermo Fariñas Hernández. Des protestations s'élèvent en Europe et aux USA mais l'Amérique latine reste plus discrète sur ce sujet. Les démarches de l'archevêque de la Havane et des compagnes des prisonniers politiques, les damas de blanco, portent leurs fruits. 52 des 75 opposants emprisonnés en 2003 sont libérés dès le 7 juillet à condition qu'ils s'exilent. Dans ce contexte difficile, Fidel Castro fait son retour sur la scène politique en juillet grâce à la télévision. En septembre, il avoue dans un entretien pour un mensuel américain que le modèle cubain ne fonctionne plus. Le gouvernement annonce dans le même temps la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires d'ici à mars 2011. Pour leur fournir du travail, des mesures de libéralisation doivent être prises, autorisant des acteurs privés à travailler dans certaines activités jusque-là réservées à l'état. Rompant avec la priorité donnée jusqu'ici au plein emploi sur la productivité, le nouveau programme gouvernemental, proposé publiquement en novembre et adopté en avril l'année suivante durant le 6ème congrès du Partido Comunista de Cuba (PCC), prévoit notamment une réorientation des travailleurs sous-employés et des chômeurs vers les activités les plus productives ou en manque de main-d'œuvre comme le bâtiment et l'agriculture, la réduction des subventions d'état, le renforcement de l'autonomie de gestion des entreprises publiques ou la création de zones spéciales de développement. Le pays se réoriente vers l'entreprise privée.

1.15. Reprise des relations diplomatiques.

Le 11 mars 2011, Óscar Elías Biscet González, l'un des derniers prisonniers politiques du groupe des 75 dissidents condamnés en 2003, est libéré. En mars, le peso cubano convertible est dévalué de 8% afin d'être à parité avec le dollar américain, en rupture avec la politique monétaire menée depuis 6 ans par le gouvernement pour faire face à la crise économique. Suite aux décisions de l'année passée, le nombre de licenses accordées aux commerçants exerçant pour leur propre compte augmente constamment. Les banques publiques locales sont habilitées à octroyer des prêts pour la création de petites entreprises privées, ainsi que des microcrédits aux agriculteurs. Près de 2 millions d'hectares de terrains vacants, propriété de l'État, sont cédés à environ cent quarante mille petits exploitants agricoles. En outre, ces derniers sont autorisés à délaisser les canaux de distribution publics inopérants pour commercialiser directement leurs produits.

Le 11 juillet 2012, Cuba reçoit son premier chargement de biens provenant des États-Unis depuis 50 ans, suite à une relaxation partielle de l'embargo pour les cargaisons humanitaires. Le 16 octobre, le gouvernement annonce la suppression du permis de sortie du territoire, permettant aux citoyens une plus grande liberté pour voyager à l'étranger. Le 25 octobre, l'ouragan Sandy de classe 3 frappe l'oriente cubain et provoque de nombreux dégâts. Le 24 février 2013, Raúl Castro est élu à nouveau.

Le 17 décembre 2014, Cuba et les États-Unis annoncent conjointement leur intention de reprendre leurs relations diplomatiques. L'embargo est assoupli et les 2 pays libèrent quelques uns de leurs prisonniers politiques. Ce rapprochement aboutit, le 29 mai 2015, au retrait de Cuba de la liste américaine des états soutenant le terrorisme. Le 30 juin 2015, un accord est trouvé pour le rétablissement de leurs relations diplomatiques et la réouverture d'ambassades. Le 20 juillet, les bâtiments qui abritaient jusqu'à présent les sections d'intérêts dans chaque capitale ont retrouvé automatiquement leur statut d'ambassade. Les employés ont été accrédités auprès de leurs ambassades et les chefs de mission deviennent chargés d'affaires, en attendant la nomination d'ambassadeurs. Ce moment historique est marqué par la réception du ministre des affaires étrangères cubain, Bruno Rodríguez Parrilla, par son homologue américain John Forbes Kerry. En septembre, même le pape François souligne cette amélioration des relations cubano-américaines avec un acte politique symbolique : il décide de commencer sa tournée américaine par une visite aux frères Fidel, à Cuba, suivie d'une rencontre avec Barack Obama, aux USA, pour encourager ce geste.

Cuba - Bruno Rodríguez et John Kerry

Bruno Rodríguez et John Kerry

La normalisation des relations diplomatiques ne masque cependant pas les nombreux sujets de discorde encore à l'ordre du jour : levée de l'embargo américain, restitution de la base navale de Guantanamo, milliards de dollars d'indemnisation réclamés par les Américains expropriés de Cuba à la révolution ou extradition des fugitifs réfugiés à Cuba et recherchés par la justice américaine. Si Barack Obama s'est dit favorable à la fin de l'embargo, la majorité républicaine y est très hostile.

1.16. Références.

Histoire de Cuba :

Premiers Amérindiens :

Christophe Colomb :

Ethnies africaines déplacées :

Révolution haîtienne :

Guerre de Dix Ans :

Guerre d'indépendance cubaine :

La Guerrita de agosto :

La Guerrita de raza :

Le Partido Comunista :

Fulgencio Batista :

Attaque de Moncada :

José Antonio Echeverría :

Le Directorio Revolucionario :

Fidel Castro :

La Révolution de 1959 :

Débarquement de la Baie des Cochons :

La crise des missiles :

'Che' Guevara :

Guerre en Angola :

Sección de Intereses de los Estados Unidos :

Invasion de la Grenade :

Cuban Democracy Act :

Brothers to the resuce :

"Los cinco" :

Proyecto Varela :

ALBA :

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