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3.1.5. Changó.

   

3.1.5.1. Présentation générale.

Changó ou Shangó est un Orisha majeur, dieu de la foudre, du tonnerre, des éclairs, du feu, des tempêtes mais aussi de la bravoure, de la guerre et de la justice. Il représente la virilité, la force et la beauté masculine. Il est l'un des plus populaires du panthéon yoruba. Ceci se justifie sûrement par le fait qu'il est le "Casanova" des Orishas, séduisant, charmeur et jouant de ses atouts. Il fait parti du groupe des Orishas cabecera avec Obbatalá, Yemayá et Ochún.

Changó est, après Obbatalá, l'Orisha le plus puissant. Il est le roi du système religieux d'Osha-Ifá. Il a obtenu d'Oloddumare qu'il soit présent à toutes les cérémonies religieuses pour apporter son ashé (sorte de force, de domaine de pouvoir, qui permet d'influencer ce qui va se passer).

Changó représente à lui tout seul un grand nombre de vertus mais aussi de défauts humains. Il est travailleur, courageux, intelligent, ami fidèle, devin et guérisseur mais également menteur, querelleur, vantard, impulsif, joueur, amateur de femmes et de sexe et aime bien la boisson et la fête. C'est un bon "père" si ses "fils" lui obéissent mais il n'admet ni la lâcheté, ni l'homosexualité. Il aime ses "fils" mais n'hésite pas à les corriger quand ils ont commis une erreur ou brisé un tabou. Il symbolise la nécessité et la joie de vivre, l'intensité de la vie et la passion.

Changó

Changó

Changó est un grand danseur et percussioniste. Il est le patron des tambours batás et des cérémonies religieuses de type wemileres ou ilú batás (que l'on appelle aussi bembés). Il fut le premier awó, maître et interprète de la divination d'Ifá, mais il échangea cet ashé de la voyance à Orunmilá contre la danse.

Dans la nature, Changó est représenté par la lumière des éclairs fissurant le ciel, par le bruit du tonnerre, par le feu qui embrase les forêts ou le toit des maisons. On dit que sa colère se traduit par des éclairs et des coups de tonnerre. Quand il a été offensé, il se manifeste par un orage menaçant dont les foudre exécutent sa sentence. Son arbre est la Ceiba, arbre sacré à Cuba.

Changó protège contre tout type de brûlure ou de suicide par le feu.

Son nom vient du yoruba "Sangó" qui signifie "turbulent" et "rebelle". Il porte différents noms (caminos) qui se réfèrent le plus souvent à sa fonction de roi (sa royauté, son art de légiférer ou de faire la guerre, sa force...) :

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Changó fut le 4ème alafín (roi) d'Oyó, un puissant empire de l'empire Yoruba en Afrique. Il prit le pouvoir à une époque où les gens avaient oublié tous les enseignements venant de Dieu. Changó fut envoyé avec son frère jumeau par Oloddumare afin qu'ils nettoient la société et qu'ils suivent à nouveau une vie saine guidée par les préceptes du Dieu unique. Après son accession au trône, le peuple commença à trouver que Changó était trop strict voir même tyrannique. En ces temps, les lois permettaient au peuple de faire exécuter son roi s'il ne convenait plus. Changó termina pendu. Cependant, il revint sous les traits de son frère, Aggayú, qui terrassa tous les ennemis de Changó grâce à l'usage de poudres magiques. Dès lors, Changó commença à être adoré comme un Orisha et fut nommé Señor de los Truenos (le seigneur du Tonnerre). Son culte devint si populaire qu'il eclipsa l'ancien dieu du tonnerre et du feu appelé Ijakuta, Jakuta ou Yakutá (le lanceur de pierre). Ayant des caractéristiques très proches de celles de Changó, il fut assimilé à ce dernier. Changó fut un roi guerrier apprécié par ses généraux. Ses partisans voyaient en lui un grand potentiel de créativité. Il fut l'un des rois yorubas qui aida à mettre sur pied de grandes troupes de combat et à étendre les frontières du royaume de la Mauritanie jusqu'au Gabon. Il fut par dessus tout reconnu pour sa cavallerie de combat qui eu un rôle essentiel dans la construction de l'empire. C'est pour cela qu'on qualifie aussi à l'Orisha d'excellent stratège et exécuteur de plans.

Les Lucumís disent que Changó naquit sur terre et alla au ciel pour se convertir en Orisha. Les Bantús affirment eux qu'il est venu du ciel en étant déjà un Orisha et un roi.

Les "fils" de Changó ont une forte volonté et sont énergiques, courageux, très intelligents et astucieux mais aussi hautains et conscients de leurs atouts. Pour les hommes, ils tolèrent difficilement que les autres soient différents et sont sujets à de violents accès de colère. Ils aiment l'argent mais pas le travail qui permet de le gagner. De nature querelleurs, ils sont coureurs de jupons, machistes, fêtards et libertins. Pour les femmes, elles sont baratineuses voir même menteuses. Elles se mêlent des affaires des autres et ne pardonnent aucunement l'infidélité. Elles sont travailleuses et défendent leurs idées jusqu'au bout, quitte à se confronter aux autres.

3.1.5.2. Son histoire.

Histoire de Changó.

Dans certains caminos, Changó descend directement d'Oloddumare. Dans d'autres, il est fils d'Obbatalá et d'Oduduwa. Dans certains, il est né d'Obbatalá et d'Aggayu Solá ou d'Obbatalá Ibaíbo et de Yembó (ou Yemú). Dans tous les caminos, il est élevé par Yemayá, qu'il considère comme une mère, et Dadá. Il est le frère cadet d'Elegguá, d'Oggún, d'Ochosi, d'Osun, de Dadá et parfois d'Orunmilá.

Il a été l'époux d'Obbá Yurú, sa femme légitime, d'Oyá et d'Oshún avec qui il a eu les jumeaux Ibeyis ou Jimaguas qui furent élevés par Yemayá. Du fait des innombrables mythes qui décrivent ses aventures amoureuses avec de multiples femmes, Changó est l'un des Orishas les plus populaires.

Changó est un ami de cœur de Babalú Ayé. Il est dit que Changó se nourrit le premier lorsque l'on fait une offrande à Babalú Ayé car il fut celui qui l'aida à se soigner ses infections. C'est également Changó qui enseigna à Babalú Ayé le secret des plantes. Il tient ce secret de son parrain, Osaín.

Changó représente et porte un grand respect pour les Eggúns (qui symbolisent l'esprit des morts). Il craint Ikú (la mort elle-même).

Patakí (histoire) sur Changó.

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Aggayú, le maître des rivières, eut une aventure avec Yemayá. Ensemble, ils eurent Changó. Yemayá ne le voulait pas. Obbatalá le recueillit et l'éleva. Afin de marquer ce lien de quasi-parenté, Obbatalá lui mit un collier blanc et rouge vif. Il dit qu'il serait roi du monde et lui bâtit un château.

Changó descendit du ciel vers les terres Congo et y devint un jeune si révolté et rebelle que Madre de Agua Kalunga dut l'expulser de la région. Changó prit sa table de divination, son château et son pilon avec lesquels il était arrivé et s'exila. Au cours de sa marche, il rencontra Orunmilá, homme de respect, à qui il donna sa table de divination sachant que celui-ci saurait en prendre soin et s'en servir.

Changó continua ses divinations à l'aide d'ecargots et de noix de coco. Il chantait, faisait la fête et provoquait des bagarres. Un jour, il se maria avec Obba bien qu'il maintenait des relations avec Ochún. Oyá, épouse d'Oggún, s'amouracha également de Changó et le laissa la kidnapper. Cet événement donna naissance à une guerre féroce et terrible entre Changó et Oggún.

à certaines occasions, Changó dut se cacher de ses ennemis qui souhaitait l'exécuter en lui coupant la tête. Il se réfugia alors dans la maison d'Oyá. Changó s'habilla avec des vêtements d'Oyá. Afin de compléter son déguisement, Oyá se coupa des tresses de cheveux qu'elle donna à Changó. Quand celui-ci sortit de la maison, ses ennemis, très respectueux, crurent voir Oyá et lui ouvrirent le passage. Changó put ainsi s'échapper. Ceci explique qu'il soit syncrétisé avec une divinité catholique femme.

On raconte aussi que Changó se battait sans armes. Osain, son parrain, lui prépara alors le secret du güiro. Quand Changó le toucha du doigt et le porta à sa bouche, il acquit le pouvoir de lancer des éclairs par cet orifice. Grâce à cela, il vint à bout de ses ennemis. Quand la foudre se fait entendre, on dit que Changó fait la fête avec ses femmes ou qu'il cavalle vers le ciel.

Autre Patakí sur Changó.

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Après avoir vaincu Oggún, Changó retourna à sa vie insouciante faite de femmes et de fête. Oggún retrouva sa forge et son travail. Ils cherchaient à s'éviter autant que possible mais quand ils se rencontraient, un éclair déchirait le ciel avec son bruit assourdissant. Quand Obbatalá eut connaissance de cette rancœur entre les 2 frères, il convoqua Changó et lui dit : "Omo-milla. Je suis triste de voir que tu te disputes avec ton frère. Tu dois apprendre à contrôler ton tempérament".

Changó lui répondit : "C'est de sa faute, Babá. Il a offensé ma mère, il a essayé de séduire Oyá et il a cherché à se mettre entre Ochún et moi". Obbatalá répliqua : "Mon fils, Oggún n'aurait jamais du offenser ta mère. Mais il n'a pas l'entière responsabilité de votre dispute. Oyá était son épouse et Ochún le tenta. Pour avoir offensé ta mère, il s'est condamné à travailler durement pour le reste de sa vie. Ceci est une punition grave. En plus, tu n'es pas totalement innocent ; tu lui pris son épouse et son amante puis tu lui vola son épée et sa couleur".

Changó expliqua tout de même qu'Oggún avait tué son chien et qu'il clamait maintenant le fait que les chiens lui appartiennent. Obbatalá essaya de l'apaiser : "Je comprends ton ressentiment mais tu dois comprendre qu'une énergie incontrôlable peut être dangereuse et destructrice. Ton énergie est grande mais tu en la canalise pas. Je vais donc t'offrir quelque chose".

Obbatalá défit son collier de perles blanches qu'il portait toujours et ôta une des perles qu'il donna à Changó. Il lui dit : "Utilise cette perle blanche comme un symbole de paix et de sagesse. Place-la avec les perles rouges de ton collier. Je te donne à toi le pouvoir de contrôler ton énergie de manière intelligente. Ta vertu sera la justice et non la vengeance. Rien ni personne ne pourra te surpasser". Depuis ce moment, Changó porte un collier de perles rouges et blanches et est devenu l'Orisha de la justice.

Autre patakí sur Changó.

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Obbatalá, apprenant qu'Oggún, son fils, avait eu des relations sexuelles avec sa femme, ordona que tous les descendants soient exécutés. Quand Changó naquit, Elegguá, son frère le confia à sa sœur aînée, Dadá, pour qu'elle l'élève. Peu de temps après, un autre frère, Orunmilá, vit le jour. Elegguá, effrayé par la colère d'Obbatalá, l'enterra à l'orée de la forêt et lui apporta de la nourriture tous les jours.

Le temps passa et, un beau jour, Obbatalá tomba malade. Elegguá alla rapidement chercher Changó pour qu'il le soigne. Ce dernier, grand médecin, fit guérir son père. Elegguá profita de cette occasion pour implorer à Obbatalá qu'il pardonne Orunmilá. Obbatalá accepta et accorda son pardon. Changó, fou de joie, rasa les bois. Il en fit un magnifique tablero de Ifá (table ronde au travers de laquelle se réalisent les divinations). Il le donna à son frère, Orunmilá, en même temps que le don de voyance. Depuis, Orunmilá dit : "Marefum [bénédiction] Elegguá, marefum Changó, Elegbará".

Court Patakí sur Changó.

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Il est dit que Changó eut des amourettes avec Yewá, la fille préférée d'Olofin. Ceci lui coûta la perte de l'atepon Ifá ou tablero de Ifá. Yewá perdit la vue et depuis, elle ne peut plus voir qu'outre-tombe.

Patakí entre Changó et Oggún.

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Il existe de nombreux patakís qui expliquent les relations entre certains Orishas. En voici une qui fait intervenir Oggún et Changó.

La relation incestueuse entre Oggún et sa mère entraîna la perte de l'affection de celle-ci pour Obbatalá. Changó, moins âgé qu'Oggún, ne découvrit que plus tard cette relation illicite et décida de venger son père. Changó surveilla alors la maison d'Oggún jusqu'à ce que celui-ci laisse sa femme Oyá seule. Ignorant les protestations de cette dernière, il entra et la saisie. Il lui dit alors qu'elle devait le suivre et devenir sa femme.

Qaund Oggún rentra chez lui, il ne vit pas sa femme. Ses voisins lui expliquèrent alors ce qui s'était passé. Furieux, il se rendit rapidement chez Changó. Celui-ci avait déjà fait l'amour à Oyá et ses prouesses sexuelles avait fait Oyá s'éprendre de lui. Oggún frappa à la porte. Changó demanda par la fenêtre ce qu'il voulait. Oggún lui cria qu'il voulait récupérer sa femme. Changó décida alors d'interroger Oyá pour savoir ce qu'elle désirait faire. Elle vient alors à la fenêtre et répondit qu'Oggún devait rentrer chez lui car elle était très heureuse en compagnie de Changó.

Le visage d'Oggún devint rouge de colère et son cou gonfla comme celui d'un taureau. Il s'écria alors que Changó avait dû lui jeter un sort et que, bien qu'il soit le dieu de la foudre, il allait le détruire et faire d'Oyá sa femme à nouveau. Seuls des rires furent la réponse de Changó et d'Oyá. Depuis là, Oggún et Changó sont devenus les pires ennemis du monde.

Autre Patakí entre Changó et Oggún.

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Il existe un autre patakí qui explique la haine mortelle qui règne entre Oggún et Changó.

Elle dit qu'un jour, Oggún et Changó se sont rencontrés dans la forêt. Quand Oggún vit Changó, il se remplit d'orgueil. Il le défia pour savoir qui était des deux le meilleur guerrier en lançant sa machette qui se planta dans le sol, entre les jambes de Changó. Ce dernier demanda alors sur le même ton quand son frère voulait commencer le combat. Oggún répliqua qu'il voulait le faire de suite.

Changó accepta. Oggún attrapa donc sa machette et se rua sur son adversaire. Changó s'écria alors : "Attends, Attends. Nous n'avons pas besoin de nous presser ! Nous avons tout le reste de nos vies pour s'affronter. Faisons cela dans les règles". Oggún demanda ce que cela signifiait. Changó proposa alors de commencer par prendre un verre et empoigna sa grosse gourde d'eau de vie de canne à sucre. Oggún s'exclama : "Donne-moi en aussi ! Te voir boire me donne soif à mon tour". Changó lui tendit la gourde en lui disant qu'il pouvait boire, il attendrait parce qu'ils avaient toute la journée pour se battre. Changó savait qu'Oggún avait un fort penchant pour l'alcool et qu'il n'avait pas un grande résistance à la boisson. Après quelques gorgées, Oggún se mit à vaciller et à rire tout seul. Il continua à avaler deux ou trois gorgées qui lui montèrent directement à la tête. Ses yeux virèrent au rouge ainsi que son nez et ses oreilles.

Changó dit alors qu'il était disposé à commencer le combat, qu'Oggún devait se tenir prêt car il allait le détruire. Évidemment, Oggún, saoul, ne pouvait pas en dire autant. Il fit tournoyer ses bras cherchant à atteindre Changó. Celui-ci le souleva et le jeta à terre. Oggún essaya de se relever mais Changó le maintint au sol. Il le prit par les pieds et le lança contre un arbre. La tête d'Oggún fit un son peu agréable au contact du tronc de l'arbre. Oggún laissa son adversaire allongé par terre. Les fourmis commencèrent à entrer dans le nez et les oreilles d'Oggún.

Une heure plus tard, Oggún se réveilla. Sa tête lui faisait atrocement mal. Tout son corps était couvert de morsures d'insectes. Il était fou de rage après Changó qui lui avait réservé un mauvais tour. Doucement, il se remis sur ses jambes, expulsant les fourmis toujours présentes dans son nez et s'appuya contre le tronc de l'arbre. "Je n'oublierai jamais" maugréa Oggún en levant le poing dans la direction de la maison de Changó. Depuis, ils sont devenus ennemis mortels.

Patakí entre Changó et Oyá.

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Il existe plusieurs patakís qui racontent la relation entre Oyá et de Changó. En voici une première.

Oyá était mariée à Oggún mais, un jour, elle tomba amoureuse de Changó. Celui-ci l'enleva, entraînant une immense haine entre les 2 Orishas.

Un jour, dans une fête, Changó se montra particulièrement agité. Il fut alors pris et enfermé dans un cachot avec 7 tours de clés. Changó avait laissé son pilon dans la maison d'Oyá. Les jours passèrent et comme Changó ne venait pas, Oyá remua le pilon et vit son amant emprisonné. Elle chanta alors ceci :

C'est alors que le chiffre 7 se forma dans le ciel. L'éclair brisa les grilles de la prison et Changó s'échappa. Il vit alors Oyá arrivant du ciel dans un tourbillon. Elle l'arracha à la terre. Jusqu'à ce jour, Changó ne savait pas qu'Oyá maîtrisait les éclairs. À partir de ce moment, il commença à la respecter.

Autre patakí entre Changó et Oyá.

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Il y a longtemps, Changó était mêlé à une guerre sans fin. Il avait déjà combattu pendant plusieurs jours et tués de nombreux ennemis. Cependant, il en venait encore et toujours, plus qu'il ne pouvait en tuer. Il se retrouva entouré d'adversaires, au milieu de la forêt. Il appela alors Enchinle mais découvert qu'il avait perdu ses fameux chevaux magiques dans l'affrontement. Changó se refusa à crier une nouvelle fois de peur d'être repéré par les ennemis qu'il pouvait entendre, abattant les buissons et seconant les arbres afin de le retrouver. S'ils le trouvaient, il le tueraient sans hésiter.

Sans Enchinle, Changó devait traverser les ravins et se camoufler avec la boue de la rivière pour se cacher de ses ennemis. Les jours passèrent. Ses impitoyables adversaires ne s'arrêtant jamais pour faire une pause. Il ne mangeaient pas. Changó, exténué et meurtri devait continuer de courir sans relâche et sans nourriture.

Il courut inlassablement jusqu'au lieu où vivait Oyá, au fin fond de la forêt. Très peu de personnes savaient qu'elle était la femme de Changó. Arrivant à la demeure de sa compagne, il frappa à la porte. Elle ouvrit et le vit contusionné, coupé et haletant. Elle lui demanda alors comment tout ceci lui était arrivé. Changó expliqua qu'il avait été encerclé et que ses ennemis voulaient le pendre à un arbre. Oyá le fit entrer. Changó ajouta que ses éclairs n'étaient plus efficace face à ses adversaires. Elle le réprimanda : "Cela vient du fait que tu manques de courage pour le combat". Oyá lui donna à boire et à manger. Changó répondit qu'il ne manquait pas de courage mais qu'il était plutôt trop fatigué. Oyá lui demanda alors ce qu'elle pouvait faire pour lui. Ce dernier lui révéla qu'il souhaiterait pouvoir s'échapper de l'oppression mortelle menée par ses ennemis afin de pouvoir prendre du repos et dormir. Il aurait ainsi la possibilité de recouvrer toutes ses forces et de terrasser ses adversaires.

Changó, qui avait toujours combattu tout seul, ravala son orgueil et supplia Oyá afin que celle-ci lui apporte de l'aide. Cette dernière, qui n'apprécia pas que son époux ne lui rende visite que quand il nécessitait un soutien, réfléchit longtemps. Finalement, elle lui dit qu'à la tombée de la nuit, il pourrait se vêtir d'une de ses robes. Ce déguisement lui permettrait de s'échapper. Changó s'exclama : "ils vont toujours reconnaître mon visage". Oyá proposa qu'elle se coupe des cheveux que son époux pourrait se mettre sur la tête. Il pourrait ainsi compléter son déguisement. Elle termina en lui disant qu'elle coupait ses cheveux afin de sauver la vie de son roi.

Ils veillèrent jusqu'à la nuit. Oyá n'alluma pas de feu. Elle avait peur que la fumée de sa cheminée n'oriente les ennemis de Changó. Au coucher du soleil et avant l'apparition de la lune, Oyá coupa quelques uns de ses beaux cheveux et les accrocha sur la tête de Changó. Ce dernier, peu habitué à avoir de longs cheveux, ne sut pas quoi en faire ; ils tombaient sur ses yeux, entraient dans ses oreilles... Oyá le fit asseoir et lui noua 2 tresses. Elle lui indiqua une robe en lui demandant de la mettre rapidement avant que la lune n'apparaisse. Changó s'empêtra dans la robe. Oyá lui demanda de rester debout afin qu'elle se charge de le vêtir. Finalement, Changó fut une pâle copie d'Oyá.

Oyá s'approcha de la porte et scruta le moindre signe. Ne voyant rien, elle le pressa de s'enfuir. Changó sortit, imitant l'élégante démarche d'Oyá. Il marcha jusqu'à la forêt et atteint la zone de recherche de ses ennemis. Il les salua d'une inclinaison impériale de tête et continua. À cause de sa roue trop grave, il ne parla pas. De cette manière, il s'échappa avec succès.

Une fois suffisamment éloigné de la forêt, il prépara un camps. Il se reposa et dormit. Il mangea afin de reprendre des forces et pouvoir se batter à nouveau. Echinle réussit à retrouver son maître. Changó le nourrit et le pansa. Quelques jour plus tard, Changó put remonter sur Echinle, reposé et guéri. Changó s'écria alors : "c'est l'heure de tuer !". Il enfourcha sa monture et gallopa en direction de ses ennemis.

Il atteint le camp de ses adversaire à l'aube. Il se rua sur eux plein de furie. Des éclairs sortaient de ses mains. Il poussait des cris de combattant déchaîné. Il était toujours vêtu comme une femme. Voyant cette effrayante apparition, avec de longs chevaux flottant au vent, ils crurent qu'Oyá s'était transformée en Changó. Ils paniquèrent.

Au même moment, derrière eux, Oyá sortit de sa maison, lourdement armée, et commença à brandir et agiter dans tous les sens sa hache. Ses cheveux courts hérissés produisant des arcs électriques. Tout en coupant des bras et des jambes, elle cria : "si Oyá aide Changó, la victoire est certaine !".

Changó et Oyá furent victorieux. Depuis cette bataille, elle est devenue son inséparable compagnon de guerre. La foudre de Changó alliée à l'éclair d'Oyá les rendent invincibles. Ceci n'a toujours pas été démenti.

3.1.5.3. Ses attributs.

Changó est représenté comme étant un jeune et très bel homme qui dégage une impression de grande force. Il est des fois accompagné de son inséparable compagnon, son cheval, Echinle.

Ses couleurs sont le rouge et le blanc. Le rouge symbolise l'amour et le sang ou la chaleur et la glace. Il est vêtu d'un pantalon rouge avec des liserés blancs, en général court, se terminant au niveau des jambes en forme de pointe. Il peut être recouvert, à hauteur de la taille, par une sorte de jupe à franges qui forment des pointes comme des épées. Il porte une chemise rouge ample. Sa poitrine peut être soit découverte, soit habillée d'un veston ajusté rouge ou rayé de rouge et blanc ou d'une bande d'Obba portée en travers. Sur la tête, il arbore une couronne en forme de château. Autour du cou, il porte un collier (eleke) constitué d'une alternance de perles rouges et blanches.

Son symbole de pouvoir est une hache à double tranchant en bois de cèdre ou de palmier peinte en rouge et décorée de motifs blancs. Ses principaux attributs sont 3 haches, une épée, un cimeterre, une massue, une couronne, des rayons, une coupe, un tambour et un maraca, fabriqués en bois de cèdre ou de palmier. On trouve aussi une poignée d'escargots, un cheval arabe, un chekeré fait de carapaces de tortues, un drapeau de couleur rouge brillant ou 6 otás (pierres).

Changó - Hache

Hache de Changó

On lui sacrifie par immolation des moutons, des coqs rouges, des taureaux, des cailles, des tortues, des faisants et des colombes. Les offrandes (addimú) qui lui sont faites sont de l'amalá (plat) fait à base de farine de maïs et d'huile de palme qui reste sa nourriture préférée, du maïs grillé, de l'orge, du millet, des graines ou de la farine d'igname, des graines d'orogbo, des bananes indiennes, des bananes vertes, des pommes, de abricots des Antilles (mamey) et du gombo (quimbombó ou okra). On lui offre des fois des tortues dont la carapace a été peinte avec ses couleurs. Il boit du lait, du vin rouge et de l'otí (eau-de-vie) et ne supporte pas le cigare.

Les plantes (ewes) associées à Changó sont :

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Pour invoquer Changó, on utilise un plateau de bois, si possible en cèdre, avec un couvercle. Il est souvent décoré aux couleurs de celui-ci, rouge et blanc. Il peut être très simple ou en forme de château (placé au sommet d'un pilon).

Changó - Réceptacle

Réceptacle de Changó

Les pierres (otás) qui représentent Changó doivent venir d'une chute d'eau ou d'un rivière. Changó eut aussi être symbolisé par un oché. C'est une petite statue en bois de cèdre qui représente un homme dont la tête est surmontée d'une hache à double tranchant.

Changó - Oché

Oché de Changó

On le salue avec la formule suivante : ¡Kaó Kabiesilé, Changó Alufina!

Son chiffre est le 4 et ses multiples. Certains lui attribuent plutôt le 6. Son jour est le vendredi ainsi que le 4 de chaque mois. Le samedi peut aussi lui être consacré. Son jour saint est le 4 décembre.

3.1.5.4. Syncrétisme.

Changó est associé à Santa Bárbara. Ce rapprochement avec Changó serait lié à différentes histoires vécues par celle-ci.

Il est dit que Santa Bárbara était la fille unique d'un païen nommé Dióscoro. Pour la protéger des hommes qui la convoitaient et pour l'éloigner des chrétiens, il l'enferma dans la tour d'un château. Quand il voulut la marier, elle refusa car elle préférait se consacrer à Dieu. Quand Dióscoro apprit que sa fille était chrétienne, il l'amena devant les tribunaux.

Les juges ne réussirent pas à la convaincre de renoncer à ses croyances, ni par les arguments, ni par la torture. Il la condamnèrent donc à mort par égorgement. Peu de temps après, son père fut foudroyé par un éclair.

Une autre histoire raconte que le père de Santa Bárabara voulait la marier mais qu'elle refusa. En signe de contestation, elle se coupa la poitrine pour que son futur époux la rejette. Pour qu'elle aie honte de son acte, Dióscoro décida de l'exposer du haut de son cheval sur la place publique afin que tout le monde puisse la voir. Elle pria le ciel pour que personne ne puisse la contempler. Un orage survint soudain et les nuages l'enveloppèrent entièrement.

Cette sainte est de plus représentée avec une épée, symbole de son courage, d'où le rapprochement avec Changó. Ce syncrétisme est d'autant plus accentué par le fait qu'en certaine occasions, cet Orisha dut se déguiser en femme pour échapper à ses ennemis.

Plus rarement, il est aussi associé à San Marcos (Saint-Marc).

3.1.5.5. Les chants.

Rezo :

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Autre Rezo (par L. Cabrera) :

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Beaucoup de chants peuvent se retrouver sur le site furius.ca.

3.1.5.6. Les toques.

Durant l'Oru Seco, on lui dédie le toque de 3 rythmes appelé didilaro, didi-la-ro ou titilaro (títí là ró en langue locale) :

Parmi les toques de Changó, le plus connu et celui qui l'identifie le mieux est la meta.

Des partitions concernant quelques toques peuvent être trouvées sur le site CityPercussion ou CityPercussion.

3.1.5.7. À écouter.

Le plus grand chanteur est certainement Lázaro Ross. Je vous conseille de l'écouter avec le Conjunto Folklórico Nacional de Cuba ou avec le groupe Olorun. Il a consacré un disque à Changó intitulé Orisha Aye - Chango. Le projet Abbilona a également enregistré 2 disques pour cet Orisha. Francisco Aguabella est également une bonne source d'inspiration avec son album Cantos a los Orishas.

De nombreux morceaux sont également en écoute libre sur le site Olofin.

3.1.5.8. À voir.

3.1.5.9. Références.

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