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7.5. Le Changüí.

   

7.5.1. Naissance du Changüí.

Le Changüí est né autour des années 1860 dans les communautés rurales liée aux raffineries de canne à sucre et fortement peuplées par des esclaves de l'Oriente cubain de Yateras, zone montagneuse de la partie nord de la province de Guantánamo. Il s'est aussi développé dans les villes du nord de cette province comme El Salvador ou Manuel Tames. C'est d'abord une musique jouée durant les cumbanchas (fêtes paysannes durant lesquelles les familles se réunissent et vont de maisons en maisons). Les motifs de ces fêtes sont variés : un mariage, un anniversaire ou tout simplement l'envie de passer un bon moment et de le partager avec la famille ou des amis. Le mot Changüí signifie, à Cuba, danse ancienne des gens ordinaires et sert à désigner le style musical mais également la danse et les fêtes durant lesquelles le Changüí est dansé et joué.

Les origines du Changüí sont assez confuses. Le Changüí vient sûrement de la structuration et de la "standardisation" des groupes de Nengón. En effet, le Changüí se caractérise plus par son instrumentation (qui le différencie par exemple du Nengón) que par une figure rythmique spécifique. Le Changüí a peut être également reçu les influences de la Regina et du Kiribá en aidant à l'incorporation de certains instruments. Au cours de son évolution, le Changüí a reçu les noms de Tunante, Maracaïbo et Capetillo.

Dans tous les cas, le Changüí combine de manière équilibrée des éléments et la structure de la guitare espagnole et les rythmes percussifs africains.

L'origine du mot Changüí est toute aussi confuse. Selon certaines études, le mot aurait une racine africaine bantú (Congo) car on peut reconnaître le nom de l'orishas Changó. D'autres avancent qu'il dérive du mot congolais "quisanguí" (danser, s'amuser) ou du mot gitan "chanüí" (trahison, déception).

Parmi les plus grands représentant du Changüí, on peut citer Elio Revé Matos qui est, pour beaucoup, considéré comme le père du Changüí, bien que ce genre musical existait déjà avant qu'il ne le popularise. Sa formation, l'Orquesta Revé, communément connue sous le nom de El Charangon et créé en 1956, eut la bonne intuition de concevoir le Changüí comme un genre musical ouvert qui se laisse influencer par d'autres formes musicales ou d'autres rythmes pour donner naissance au Changüí-Son, Changüí-Merengue et Changüí-Rumba sur l'album "¡La explosion del momento!" gravé en 1989 et au Changüí-guaguancó, Changüí-Timba et Changüí-Pachanga sur l'album "¿De que estamos hablando?" produit en 2010 sous la direction d'Elio 'Elito' Revé Jr., fils d'Elio Reve.

D'autres types de mélanges ont aussi vu le jour comme le Changüí-Shake, aussi appelé Changüí-68, inventé lorsqu'en 1967 le bassiste Juan Clímaco Formell Fortuna entre dans l'Orquesta Revé et y injecte un son Rock. Au même moment, le Changüí-Ye-Yé apparaît et un peu plus tard, le Songo-Changüí.

7.5.2. Instrumentation.

Les groupes de Changüí sont reconnaissables grâce à leur composition qui regroupent généralement 5 instruments principaux :

  • le tres, petite guitare à 3 cordes doubles ;
Changüí - Tres

Tres

  • la marímbula, caisse en bois munie de lames de métal que l'on fait vibrer. Cet instrument issu du mbira ou sanza, apporté à Cuba par les Bantú, appartient à la famille des lamellophones. Il est proche du Kalimba angolais. Il sera ensuite remplacé par une vraie contrebasse ;
Changüí - Marímbula

Marímbula

  • les bongos ou bongos del monte, dépourvus de clés de serrage et dont les peaux sont accordées à la chaleur d'une flamme. Ils possèdent un son beaucoup plus grave que celui que l'on peut entendre dans les musiques Salsa actuelles ;
Changüí - Bongos

Bongos

  • le guayo (sorte de güiro en métal souvent créé à partir d'une râpe à légumes frottée avec une tige en fer) ;
  • les maracas.

S'ajoutent à cela un ou plusieurs chanteurs. De manière spontanée et irrégulière, une guitare, un cuatro ou de petites percussions comme un quijada (mâchoire inférieure de cheval, d'âne ou de mule qui est soit frappée afin d'en faire vibrer les dents comme un vibra-slap, soit frottée comme un güiro) ou même un tabouret ou une bouteille en verre jouée avec une cuillère peuvent s'ajouter à la formation.

Changüí - Quijada

Quijada

7.5.3. Structure musicale.

Le Changüí est plus sophistiqué, plus syncopé que le Nengón ou le Kiribá. Il est moins harmonique que le Son, style qui sera évoqué plus tard, mais joue sur une plus forte polyrythmie. Chaque chanson est divisée en 2 sections : l'exposition ou llamada réalisée par le tres ou parfois à l'unisson par les musiciens suivie du montuno pendant lequel le chanteur soliste improvise à partir d'un texte court qu'il va développer tout en alternant avec un chœur qui lui répond. Les sujets abordés dans le Changüí reflètent la réalité politico-sociale des paysans. Il peut aussi parler des femmes. En général, les changüiseros chantent en utilisant le quatrain. Selon le chercheur Alberto Muguercia, dans les régions centrales et occidentales de Cuba, les tirades utilisent le dizain alors que ceux de l'Oriente et surtout du sud, préfèrent le quatrain comme structure de prédilection.

L'instrument leader est le tres ; sans lui, il n'y a pas de Changüí. Le tresero suit la ligne mélodique du chanteur et renforce la structure harmonique tout en jouant de manière assez libre et improvisée, les pasos de calle ou pasacallos (qui vient du Pasacalle espagnol), ponctuations jouées à la dominante ou sous-dominante entre les phrases chantées. Il joue de manière très syncopée et "percussive". Il ne cesse jamais d'introduire des variations dans son jeu.

La marímbula joue le rôle de contrebasse et maintient un rythme régulier.

Le bongocero improvise sans discontinuité en privilégiant les sonorités graves et intensifie ainsi la polyrythmie du morceau. Il joue énormément sur de petites variations du rythme qu'il utilise comme base. Il utilise aussi des groupes de notes rapides appelées picao ou des sons glissés, les bramidos, pour renforcer la tension du morceau à son point culminant.

Le guayo, qui appuie les temps forts et les maracas conservent un rythme régulier qui va permettre aux autres instruments de s'exprimer.

Le tempo du Changüí est relativement élevé. Les temps forts sont très marqués. Le Changüí n'inclut pas de rythme de clave car il n'a pas encore été inventé.

7.5.4. Rythmes.

Voici un motif qui peut être utilisé comme motif de base pour le tres :

Changüí (tres)

Changüí (tres)

Le rythme peut s'appuyer sur un rythme de marímbula tel que celui-ci :

Changüí (marímbula)

Changüí (marímbula)

Le rythme de bongos suivant donne une structure de base qui va évoluer au cours du morceau :

Changüí (bongos)

Changüí (bongos)

La rythmique est complétée par le guayo et les maracas comme ceci :

Changüí (guayo et maracas)

Changüí (guayo et maracas)

  Extraits sonores  

7.5.5. À écouter.

Voici une liste de groupe ou artiste que vous pouvez écouter :

  • Elio Revé Matos
  • Eliades Ochoa
  • Changüí Guantánamo
  • Estrellas Campesinas
  • Los Morenos del Changüí
  • Joyas del Caribe
  • El Guajiro y su Changüí
  • Nengón Kiribá (Baracoa)

Exemples de titres :

  • Qué buena fiesta en Cecilia - Changüí
  • El Guararey de Pastorita - Changüí
  • Camarón - Changüí

7.5.6. À voir.

7.5.7. Références.

Le Changüí :

La marímbula :

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