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4.6. Le Cocoyé.

   

Le Cocoyé est un chant de carnaval issu d'Haïti. On lui donne parfois le nom de Cocuyé ou, erreur dont personne ne connaît l'origine, Cucuyé.

4.6.1. Naissance du Cocoyé.

Suite à la révolution de 1791, de nombreux Haïtiens se réfugient sur la côte orientale de Cuba, notamment dans la zone de Santiago de Cuba. Ils sont accompagnés de leurs domestiques, esclaves Noirs qui amènent avec eux un chant nostalgique du nom de Cocoyé aux influences dahoméennes. À partir de 1803, on commence à entendre chanter cet air, constitué de diverses strophes en patois français, à Santiago et plus particulièrement dans le solar (cours intérieures des grands immeubles collectifs où s'entassent les familles les plus modestes) à l'angle des rues Rastro et San Antonio. Le Cocoyé imprègne les quartiers pauvres. Les Noirs cubains l'adaptent rapidement à leurs instruments et le mêlent aux éléments locaux, créant diverses variations mélodiques. Ce chant s'impose ensuite dans les parrandas qui envahissent les rues de Santiago durant les fêtes qui ont lieu entre le día de San Juan (24 juin) et le día de Santa Ana (16 août). Le refrain du Cocoyé prend alors un accent de satire sévère ou d'avertissement moqueur.

Selon Martha Esquenazi Pérez, le Cocoyé est également entendu à Trinidad, à Céspedes (province de Camagüey), à Manatí (province de Las Tunas), à Banes (province de Holguín) ou à Media Luna (province de Granma).

On raconte qu'au petit matin de la dernière nuit de carnaval de Santiago de 1836, jour de San Joaquín, le directeur de la Banda del Regimiento de Cataluña Juan Casamitjana vit passer depuis le balcon du café Vénus, en face de la Plaza de Armas, une comparsa menée par les célèbres María de la O Soguendo du quartier de Tivolí et María de la Luz González du quartier de Los Hoyos, durant le Montompolo (rassemblement de tous les instrumentistes de la fête), qui chantait les couplets du Cocoyé. Casamitjana, séduit par cet air, fut le premier à en retranscrire les chants et le rythme. Il écrivit alors le morceau "El Cocoyé", joyeux et nostalgique aux accents africains, et l'adapte pour sa fanfare. Il eut tellement de succès qu'il se transforma en hymne local de la région de Santiago.

Le 3 septembre 1847, la Sociedad Filarmónica de Santiago de Cuba présente pour la première fois l'œuvre de Laureano Fuentes Matons intitulée Popourrí cubano sur la Plaza Isabel II. Cette collection d'airs cubains, qui inclut le thème María la O, est adaptée pour les fanfares militaires par Manuel Úbeda, musicien principal du Regimiento de la Unión. Par la suite, divers couplets furent ajoutés et la pièce prit le nom de Cocoyé ou Ajiaco cubano. Elle fut jouée en 1849 sur la Plaza de Armas de Santiago par la Banda de música del Regimiento de Isabel II, dirigée par Julián Reinó, et reçut un excellent accueil de la part du public.

Par la suite, le Cocoyé fut repris par de nombreux musiciens étrangers puis nationaux. Le 18 mars 1854, le pianiste et compositeur nord-américain Louis Moreau Gottschalk présente une version du Cocoyé lors d'un concert au Liceo Artísco y Literario de la Habana. Le pianiste cubain Pablo Desvernine créa également sa propre version. Le compositeur santiaguero Prudencio Barthelemy réalisa une transcription pour piano complète de tous les thèmes du Cocoyé, en partant il semblerait de la version de Casamitjana. En 1925, le cubain Amadeo Roldán utilise le Cocoyé dans ses pièces Obertura sobre temas cubanos. En 1944, le musicien cubain Gonzalo Roig élabore aussi sa variante du Cocoyé dans sa Fantasía sobre dos temas del Cocoyé.

4.6.2. Los Hijos del Cocoyé.

À la fin du 19ème siècle, vers 1875 (certains documents estiment 1960), se créent plusieurs cabildos à Santiago dont celui nommé Cocoyé ou Cocoyé Francés. Ces Tumbas Francesas sont porteuses d'une culture haïtiano-française exhibée durant les carnavals grâce à leurs comparsas.

Le 25 juillet 1902, la comparsa du quartier de Los Hoyos voit le jour. D'abord appelée Los hijos del Cocoyé (Les fils du Cocoyé) en hommage à la Tumba Francesa du même nom, elle prend rapidement le nom plus classique du quartier dans lequel elle est née, la Conga de los Hoyos.

Cocoyé - Conga de los Hoyos

Conga de los Hoyos

En 1947, les congueros de Los Hoyos, qui avaient tous un lien de parenté plus ou moins direct avec les "Français", prirent comme thème El Cocoyé. En gagnant brillamment le concours du carnaval, ils ravivent leur surnom original de Los Hijos del Cocoyé ou plus simplement El Cocoyé. La même année, la conga se divise en 2 : El riberé d'Armandito 'el Guapo' et Los hijos del Cocoyé de Sebastián 'Chan' Herrera.

De nos jours, un chant que tous connaissent à l'heure du carnaval de Santiago évoque cette comparsa : "¡Abre, que ahí viene el Cocoyé, Cuidao que te arrollo!" que l'on peut traduire par "Faites place, le Cocoyé arrive. Attention il va vous entraîner avec lui !".

Initiallement, la Conga de los Hoyos était composée d'un bombo pilón, de bocúes, d'un cencerro (cloche) et d'un güiro. Au cours du temps, furent ajoutés 2 redoblantes ou galletas, un plus grand nombre de bocúes, un quinto et un requinto. Le cencerro et le güiro furent remplacés par des llantas (tambours de frein de voitures) et plus tard par les campanas (cloches) actuelles. Ces instruments métalliques jouent plusieurs rythmes qui s'entremêlent : le can, le manito tao ou maní tostao et le uno ou un solo golpe. En 1916, la corneta china intègre l'ensemble percussif. Cet instrument devient un symbole de la Conga santiaguera.

4.6.3. Le rythme.

Le Cocoyé s'articule autour du rythme du cinquillo, appelé catá ou katá en Haïti.

Cocoyé - Partition du cinquillo

Cinquillo

  Extraits sonores  

L'ensemble compte également 3 tambours : le bulé, le redublé et le bulá.

4.6.4. Les chants.

Voici un exemple de chant du Cocoyé :

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Autre chant transmis par Daniel Mirabeau et appris avec Los Hoyos :

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4.6.5. Références.

Le Cocoyé :

  • Solo de música cubana d'Olga Fernández, publié en 2005 aux éditions Editorial Abya Yala et partiellement consultable sur Google Books
  • Ecured
  • TVSantiago
  • ArchivoCubano
  • Music and revolution: cultural change in socialist Cuba (volume 9) de Robin Moore, publié en 2006 aux éditions University of California Press et partiellement consultable sur Google Books
  • FlamencoCubano
  • Cuban music from A to Z d'Helio Orovio, publié en 2004 aux éditions Duke University Press et partiellement consultable sur Google Books
  • HispanoCubano
  • Cuba, cronología: cinco siglos de historia, política y cultura de Leopoldo Fornés Bonavía, publié en 2003 aux éditions Verbum Editorial et partiellement consultable sur Google Books
  • Cooperacio
  • HabanaRadio
  • Abri
  • Makumbe
  • RevistasExcelencias
  • Cuba and its music: from the first drums to the mambo (volume 1) de Ned Sublette, publié en 2007 aux éditions Chicago Review Press et partiellement consultable sur Google Books
  • Fremeaux
  • Monografias

La Conga de los Hoyos :

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