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5.1. La Conga.

   

La Conga ou Conga de Comparasa est une musique de rue jouée durant les processions qui ont lieu pendant le carnaval.

5.1.1. Les lointaines origines du carnaval.

La longue histoire du carnaval remonte à de très anciennes coutumes païennes. Présentes dans les civilisations latine, germanique et nordique, les célébrations profanes marquent le sortir de l'hiver et le réveil de la nature. La notion d'inversion y est centrale (passage de l'hiver au printemps, de la stérilité à la fécondité...). Elle est souvent célébrée en intervertissant les rôles d'esclaves et de maîtres :

  • fête des Sacées organisées en l'honneur de la déesse mère Anaïtis dans l'ancienne Babylone (2ème siècle avant Jésus-Crist) ;
  • fête des dionysies pour saluer le dieu grec Dionysos, dieu de la fécondité, du vin et de la végétation ;
  • fêtes romaines des Saturnales lors du solstice d'hiver en l'honneur du dieu Saturne de l'agriculture.

Au départ, l'Église condamna les manifestations carnavalesques mais, ne pouvant s'y opposer, elle les adapta. Au moyen-Âge, la période qui sépare Noël du mercredi des Cendres est ponctuée de festivités (fête des fous, fête de l'âne, fête des innocents, processions diverses...). Le carnaval débute alors le jour de l'Épiphanie (6 janvier) et se termine par le mardi gras. Il est à la fois un moment d'évacuer les souffrances et difficultés de l'année précédente et la préparation pour les 40 jours de jeûne du Carême qui va débuter le mercredi des Cendres ("carême-entrant" ou "carême-prenant"). Durant cette période, les règles normales de vie sont suspendues et tous les débordements sont permis (alcool, nourriture, sexualité...) dans un défoulement collectif. L'Église et la noblesse sont ridiculisées dans des saynètes parodiques. Les manifestations les plus importantes se déroulent les "3 jours gras" ou "3 jours charnels" (3 jours qui précèdent le mercredi des Cendres). Le mardi gras marque l'apogée du carnaval.

Le mot carnaval pourrait venir du latin "carne levare" qui signifie "enlever/retirer la chair", c'est-à-dire supprimer la viande de la table durant le carême. D'autres expliquent qu'il viendrait de "carnis levamen", "soulagement de la chair", pour marquer la satisfaction du corps dans cette période d'abondance. Cette dernière interprétation rappelle celle du mardi gras, dernier jour durant lequel les gens devaient terminer les derniers aliments gras qui leur restaient avant le jeûne.

5.1.2. Les débuts du carnaval noir à Cuba.

Le carnaval noir ou carnaval des Noirs est le nom donné aux festivités carnavalesques auxquelles participaient les Noirs, esclaves ou libres, et les Créoles. Il prend ses sources dans les processions du Corpus Christi et du Día de Reyes à la Havane et de la Fiestas de mamarrachos à Santiago de Cuba.

À la Havanne.

Les premières processions : le Corpus Christi.

La procession chrétienne du Corpus Christi, Corpus Domini, Fête-Dieu ou plus officiellement Solennité du corps et du sang du Christ, établie par le pape Jean XXII, apparaît en Espagne à partir de 1319. Elle a lieu le jeudi qui suit la Trinité (date mobile qui se situe entre fin mai et début juin). Cette fête commémore la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie.

Dès 1520, on trouve trace de cette procession, amenée à Cuba par les colons espagnols, à Santiago de Cuba. Cette manifestation a probablement commencé plus tôt à la Havane. Cependant, les archives de la ville ayant brûlé, les premières références écrites à cette cérémonie ne datent que des années 1550.

Le 1er avril 1573, le conseil de la Havane ordonne aux Noirs affranchis de se joindre aux processions du Corpus Christi. Rapidement, les autorités protestent contre le fait que des éléments profanes comme de grands masques représentant des visages irréels soient introduits dans cette manifestation, comme cela est la coutume en Espagne.

Les prémices du carnval cubain : le Día de Reyes.

À l'image du Corpus Christi, la tradition du día de Reyes ("jour des rois"), día de los Santos Reyes ("jour des Rois-Mages") ou épiphanie fut transportée à Cuba par les colons, dès le début de l'époque coloniale. À partir de la fin du 17ème siècle, beaucoup d'historiens citent la date de 1683, les cabildos de nación obtiennent l'autorisation de défiler publiquement. Rapidement, grâce à l'engouement qu'ils portent pour cette fête, le 6 janvier est déclaré "Fête des Nègres" par l'Église. C'est la date la plus importante pour ces esclaves qui, pendant ces seules 24 heures de l'année, peuvent chanter et danser dans les rues de la Havane les chants et danses de leurs terres d'origine, au son de leurs propres instruments et de manière séparée de la bourgeoisie blanche. Ils peuvent également faire entendre leurs langues africaines. Cette liberté éphémère leur permet d'oublier leur condition d'esclave et la dure réalité de leur vie quotidienne. Du coup, on appelle souvent cette festivité le "carnval noir".

Durant ce jour de fête qui n'a rien de religieux bien que certains auteurs pensent qu'il est dédié au roi Melchior, les différentes ethnies de Noirs, esclaves ou libres, se réunissaient dès l'aube dans les campagnes proches de la ville et se regroupaient dans leurs différents cabildos. Ensuite, ils défilaient jusqu'à la Capitainerie Générale située sur la Plaza de armas de la Havane où ils y saluent le gouverneur général de l'île et tout autre dignitaire du pouvoir, marquant leur soumission. Ils reçoivent en échange l'aguinaldo (somme de monnaie qui permet de "financer" les cabildos). Durant leur parade, véritable tourbillon de tenues d'appart des plus voyantes, de danses des plus joyeuses et de sons des plus entraînants, ils s'arrêtent dans les maisons riches pour demander d'autres aguinaldos. Ensuite, ils continuent leur parcours dans les quartiers extra-muros de ville jusqu'au soir.

Au fil du temps, poussés par la rivalité et par le gain d'argent (les groupes les plus attrayants reçoivent plus d'aguinaldo), chaque cabildo adoptera des signes distinctifs comme des étendards, des costumes, des chants ou des danses propres. Lorsque le capitán ("capitaine") et le cajero ("caissier") du cabildo se présenteront auprès du gouverneur pour recevoir les étrennes, l'abanderado ("porte-drapeau") sera présent.

Les Congos et Lucumís portent de grands couvre-chefs à plumes, des chemises à rayures bleues et des pantalons de percaline rouge. Les Ararás arborent leurs colliers de coquillages, de dents de chien et de caïman, de perles d'os et de verre et portent des pagnes de fibres végétales. Les Mandingas se caractérise par leurs luxueux costumes, leurs larges pantalons, leurs courts gilets et leurs turbans de soie bleue ou rose. Dans les quartiers excentrés et les rues moins fréquentées les Ñañigos défilent avec leurs masques pointus. Certains Africains et des Créoles, au lieu d'adopter des costumes africains, s'habillaient comme des personnages parisiens : l'élégance consistait en l'éxagération de la mode ou se déguisaient en minstrels.

Conga - Día de Reyes

Día de Reyes

Cette tradition se répand à de nombreuses villes comme Matanzas, Cienfuegos, Trinidad, Santa Clara, Camagüey, Bayamo, Santiago de Cuba ou Guantamano.

À Santiago de Cuba.

Fiestas de mamarrachos.

À Santiago de Cuba, le carnaval prend plutôt ses racines dans les processions et festivités qui ont lieu tous les ans, du 24 juin au 26 juillet, en l'honneur de l'apôtre Saint Jacques. Une hypothèse explique que ces processions pourraient être une extension des festivités de l'épiphanie aux mois de juin et juillet pour fêter Saint Jean (24 juin), Saint Pierre (29 juin), Saint Christine (24 juillet), Saint Jacques (25 juillet) et Sainte Anne ou Saint Joaquín (26 juillet). Ce carnaval d'été permettait aussi de célébrer la fin de la zafra (période de récolte de la canne à sucre). Certains disent que les propriétaires de plantations auraient fait pression sur les autorités coloniales pour laisser ces festivités se développer afin de distraire les esclaves. La seconde hypothèse indique que ces festivités étaient dédiées à Saint Jacques, saint patron de la ville mais qu'au fur et à mesure les autres saints du calendrier aux alentours de cette date eurent droit à leur part de la fête. Il semblerait que les esclaves, autorisés à participer à ces festivités dès le 17ème siècle (la première trace retrouvée date de 1679 mais il devait exister déjà avant), ne portait pas d'attention particulière à ces saints mais profitaient de ce prétexte pour un jour de divertissement.

À la fin du défilé, les esclaves membres des cabildos étaient autorisés à sortir dans les rues et chanter au son de leurs tambours, de crécelles et autre instruments. Ils présentaient les diverses comparsas, groupes portant des masques ou des costumes qui au cours du temps se sont enrichis de banderoles, de capes et de farolas (lampions). Leur passage était tellement remarqué que la société blanche chrétienne commença à appeler ces processions les fiestas de los mamarrachos ("fête des ridicules" ou "fête des pauvres gens").

EN COURS D'ECRITURE

The main activities were music, dancing and consumption of large quantities of alcoholic beverages.

Apport haïtien.

5.1.3. Le carnaval blanc.

5.1.4. Un carnaval noir qui devient gênant.

Au fil du temps, la popularité de ces festivités grandissante, les autorité ont commencé à craindre ces processions de masse et on commencé à les interdire.

À Santiago, l'authorité coloniale tolère les fiestas de mamarrachos mais pour diverses raisons furent régulièrement interdites :

  • 1788 pour cause d'abus ;
  • 1794 pour "dommages moraux et physiques" produites par les festivités ;
  • 1815 à cause de conducteurs de carrosses saouls et pour éviter des bagarres engendrées par le mélange des classes et les libertés prises par les Noirs pour insulter des gens avec leurs chansons indécentes et leurs paroles sarcastiques ;
  • 1816 pour prévenir du désordre et des abus commis les années précédentes ;
  • 1820 par peur de désordres ;
  • 1823 sans motif précis ;
  • 1869 pour ne pas rompre la traquilité de la ville.

5.1.5. Le carnaval noir se rapproche du carnaval blanc.

Au cours des 18ème et 19ème siècles, l'interaction entre les carnvals noirs et les carnavals blancs. Dès le milieu du 19ème siècle, on voit déjà des Noirs se déguiser en bourgeois. Lorsque la célébration du Día de Reyes est abolie à la fin du 19ème siècle, les Noirs se rapprochent du carnaval blanc et les premières comparsa de quartier (El galiván, El pájaro lindo, La culebra) défilent en même temps que les carosses des Blancs. Les carnavals noirs et blancs qui jusque là étaient séparés, se rassemblent pour être célébré durant la période de carnaval blanc de janvier à mars. Le paseo del Prado, une des artères principales de la capitale, resta malgré tout longtemps interdit aux comparsas noires et on continue à avoir 2 types d'activités carnavalesques :

  • celui des Blancs : nombreux bals masqués dans des salons, des sociétés, des clubs, des théâtres où l’on dansait, mais également de défilés, costumés ou non, dans lesquels prédominait l’usage de calèches, voitures à bras et palanquins (quitrines). La plus ancienne référence à l’existence de bals masqués blancs serait 1792. Chaque classe sociale de la société européenne avait ses propres lieux de festivités, les nobles dans leur palais, les classes moyennes dans des liceos, tertulias, casinos, centros, uniones, fraternidades, etc.
  • celui des Norirs qui se transforme en groupes carnavalesques tes que los negros rumberos ou los negros catedraticos qui se rpoduisent au celebre theatre tacon de la Havane. Dirigées par un chef qui supervise la musique et organise la chorégraphie, et implantées dans différents quartiers de la ville, les comparsas rappellent les écoles de samba de rio de janeiro. Chacun interprète ses propres rythmes et ses propres morceaux.

5.1.6. Quelques formes particulières de carnaval.

Le carnaval prend, dans certaines régions cubaines, des formes particulières. En voici quelques exemples.

Le San Juan camagüeyano.

Le carnaval de Camagüey, le réputé San Juan ou San Juan camagüeyano, a lieu entre la Saint Jean (24 juin) et la Saint Pierre (29 juin). Les mots "rumba", "rumba camagüeyana" ou "rumbón" sont aussi utilisé pour désigner ces festivités. Les groupes y jouent une Conga différente très différentes des celles de la Havane et de Santiago de Cuba.

Ses origines remontent au 18ème siècle (le document le plus ancien décrivant ces festivités date de 1725). Au fil du temps, de nouveaux éléments furent intégrés à ce carnaval comme les déguisements et les paseos (défilés) dont la première description remonte à 1760. Jusqu'en 1819, le San Juan était caractérisé par l'utilisation du cheval durant les festivités.

Un autre élément spécifique à Camagüey est l'ajiaco. Ce plat typique est composé de légumes, de maïz, de viande de vache en salade et de cochon de lait, le tout cuisiné avec de l'ají (piment), du bouillon et du citron. Il est préparé dans la rue et partagé entre voisins tous les 24 juin. On dit qu'à l'époque, les cavaliers allaient de maisons en maisons et rassemblaient divers aliments durant les cavalcade nocturnes pour les manger le lendemain au bord de la rivière ou chez les personnes nommées Jean.

Parmi les plus anciennes congas camagüeyanas, citons Los comandos, La farola, Los muchachos pimienta, La catedral, Los tinajones, Los pulpos, La estrella ou Los caribes.

Le Sogón.

Dans certaines villes des provinces de Granma et d'Holguín, la Conga est interprérée d'une manière particulière qui lui vaut le nom de Sogón ou Conga de soga. Elle utilise une corde d'une centaine de mètres de long terminée par un nœud à chacune de ses extrémités que l'on place derrière les musiciens qui ouvrent la Conga. Au centre de la corde, un bastonero improvise au son des tambours des mouvements avec son bâton que les danseurs placés de chaque côté de la corde reproduisent. Ceux-ci peuvent lâcher la corde pour exécuter un pas mais doivent la reprendre de suite. Cette "séparation" rappelerait le sentiment de racisme discriminatoire qui prévalait avant la Révolution de 1959 entre les Noirs et les Blancs.

Les parrandas.

La parranda la plus connue est sans aucun doute celle qui se déroule dans la petite ville de Remedio. Elle a lieu le 24 décembre. Son origine remonte aux années 1820 quand le prêtre de la grande cathédrale de Remedios, Francisco 'Francisquito' Vigil de Quiñones, eut l'idée de rassembler des groupes d'enfants à qui il donna des hochets en bois, des cloches à vache, des pots, des cuillères, des sifflets... afin de réveiller les habitants au milieu de la nuit pour qu'il participe aux messes désertée qui avaient lieu entre le 16 et le 24 décembre (mais à 5h du matin).

Sans savoir si l'initiative développa un sentiment religieux, il créa toutefois une nouvelle tradition. En 1835, un décret dut même interdire le bruit avant 16h. Peu à peu, la cacophonie s'est transformée en orchestres avec des chanteurs, des guitares, des bandurrias, des harpes, des cornetas, des quijadas, des botijuelas, des congas, des claves et des atambora (petit tambour en forme de barril fermé par une peau de chèvre, spécifique aux parrandas). En 1851, la ville commença à se diviser en 2 groupes :

  • les carmelitas (quartier El Carmen) représentés par la couleur marron et un épervier, sous la direction de Doña Chana Peña et rassemblant les quartiers de La Bermeja, La Parroquia, El Carmen et El Cristo ;
  • les sansaríes (quartier San Salvador) symbolisés par les couleurs bleu et rouge et un coq, sous la direction de Doña Rita Rueda et rassemblant les quartiers de Laguna, Buenviaje, San Salvador et Camaco.

Depuis 1871, les parrandas adoptèrent un cérémonial : au son des cloches de l'église principale marquant 21h, les 2 groupes allument leur trabajo de plaza, construction de parfois 30 mètres de haut illuminée de centaines de limières multicolores. Elles sont placés l'un en face de l'autre aux coins de la place centrale de la ville. Vers 3h du matin, ils mettent en route leurs "chars". Toute la nuit, les 2 groupes s'engagent dans une compétition amicale avec des défilés, spectacles de lumières, chants, musiques, deux d'artifice et pétards.

Cette célébration s'est étendue à de nombreuses villes du centre de l'île : Camajuaní, Vueltas, Zulueta, Chambas, Guayos, El Santo, Taguayabon, Buenavista, Calabazar, Zaza del Medio, Falcon, Caibarién, Encrucijada...

Les Charangas.

Les Charangas de Bejucal, petite ville proche de la Havane, ont vu le jour dans les années 1830 ou 1840. Le 24 décembre, les esclaves obtenaient de leur maître un jour de repos dans le but d'appaiser les tensions maître/esclave. Ils rejoignaient alors les Noirs libres et les Créoles dans les cabildos et se rendaient à l'église où ils étaient obligés d'assister à la misa de gallo. Une fois terminée, ils jouaient leurs rythmes, chantaient leurs prières et dansaient en l'honneur de leurs propres divinités puis ils déambulaient dans les rues principales de la ville accompagnés de leurs tambours, güiros (racloir en bois) et botijas (instrument fabriqué en terre cuite et possédant un orifice par lequel il faut souffler pour produire un son grave proche de celui d'une contrebasse).

Les Blancs acceptèrent la tenue de ces festivités et, par moquerie, baptisèrent le groupe africain de la musicanga ("pauvre musique repoussante"). Au fil du temps, Espagnols et Créoles sympathisants de la Couronne créèrent leur propre groupe qu'ils nommèrent los malayos ("coq rouge"). La rivalité entre ces 2 bandos était renforcée par l'opposition entre traditions africaines et traditions espagnoles. Elle se traduisait par la compétition du plus beau de "char" illuminés de bougies et portés par quelques hommes.

Suite à la guerre d'indépendance en 1895, la musicanga se fit appeler la ceiba de plata ("le kapokier d'argent") associée à la couleur bleue (bando azul) et au scorpion et los malayos prirent le nom de la espina de oro ("l'épine d'or") symbolisée par le rouge (bando rojo) et le coq. Ces festivités perdirent peu à peu leur caractére religieux et les différences raciales et sociales s'estompèrent pour se transformer en grande fête. L'utilisation des bœufs pour tirer les "chars" se répandit. Lors de ces festivités, on pouvait apercevoir des personnages typiques comme :

  • la macorina, homme déguisé en femme aux grosse fesses et à la poitrine imposante, qui fut créé en 1912. On lui associe le célèbre refrain : "Ponme la mano aquí Macorina... Que me duele Macorina" ;
  • la mojigangas ou mujiganga, figure congo qui se caractérise pas un parapluie couvert de chiffons ;
  • la bollera ;
  • la kulona, figure congo, le visage peint de couleurs vives, habillée d'un pagne en fibres végétales et portant de nombreux colliers ;
  • le yerbero.

Après la Révolution, les "chars" furent décorés selon des thèmes nationaux ou internationaux, historiques et culturels. Tirés par des tracteurs et électrifiés, leur décoration s'est complexifiée, atteignant des hauteurs de plus de 20 mètres de haut. Ils ont permis l'apparition des sorpresas ("surprises"), cachés à l'intérieur du "char", qui portent sa personnalité et sa particuliarité. Pour dévoiler toute sa beauté au dernier moment, le "char" est construit dans le plus grand des secrets, à l'abris des regards. Il se dévoile lorsque qu'ils sont à leur emplacement traditionnel : devant le théâtre "José Martí" pour les ceibistas et devant le restaurant "Bodegón El Gallo" pour les espinistas.

Conga - Charangas de Bejucal

Charangas de Bejucal

5.1.6. Le carnaval aujourd'hui.

Santiago de Cuba.

La Havane.

Ils sont vêtus de kulon, de cocorìcamos, de peludos...

Ces manifestations, considérées comme susceptibles d'entraîner un désordre public, sont interdites à partir de 1873. Elle survivent tout de même à Matanzas et à Santiago de Cuba jusqu'en 1884.

5.1.2. Conga ou comparsas ?

La définition entre conga et comparsa n'est pas toujours claire et les définitions varient beaucoup.

La définition la plus répandue est la suivante : la conga désigne la musique et la danse alors que la comparsa est le nom donné à la formation comprenant musiciens et danseurs.

Comparsa et Conga correspondent également à 2 parties différentes du carnaval qui s'organise comme suit. Après un défilé de muñecones (grands personnages identiques aux fallas de Valence) et la présentation de l'estrellita et l'estrella (reines enfant et adulte de la parade), diverses comparsas centenaires, qui dérivent des cabildos de nación, se produisent. Elles représentent et perpétuent les rythmes et les costumes d'époque. C'est un spectacle grandiose qui se regarde.

Puis, viennent les paseos durant lesquels les comparsas qui représentent des groupes sociaux, des corps de métiers ou des quartiers défilent. Un paseo débute traditionnellement par les emblêmes qui symbolisent la comparsa (souvent une grande figurine, portée par un danseur expérimenté, comme le scorpion pour la comparsa nommée l'Alacrán), des farolas ("lampadaires" richement décorés et portés sur des mâts que les faroleros font tournoyer) et des péndulos. Puis viennent les danseurs, souvent disposés en pasillos de comparsa (longues colonnes), qui présentent une chorégraphie d'une précision remarquable. Ce ballet ambulant se termine par les musiciens qui aujourd'hui s'installent souvent sur un carroza (char). Ceci a l'avantage de pouvoir ajouter des instruments difficiles à transporter. À l'image des écoles de Samba brésiliennes, tous les participants de la comparsa portent le même costume, coloré et luxueux.

Conga - Farola

Farola

Enfin la conga, expression du Noir cubain et par extension du peuple, ferme la marche. Musiciens, danseurs et spectateurs ne portent aucun costume particulier. La danse n'est pas chorégraphiée. La musique forte et entraînante des tambours invite tout le monde à la fête. Se crée alors une mer humaine qui se déverse dans les rues, arroyando (ravinant).

Cependant, par simplicité de langage, on appelle généralement conga l'ensemble du défilé.

Pour compliquer encore ces définitions, les Congas de la région centrale du pays sont parfois appelées Changüí. Dans la ville de Camagüey, les Congas prennent le nom de Rumbas ou Rumbones (synonyme de fête de quartiers).

5.1.3. L'instrumentation.

Les ensembles qui jouent la Conga, les comparsas, se caractérisent par un très grand nombre d'instruments percussifs d'une grande variété. On peut faire l'analogie entre les comparsas et les écoles de Samba brésiliennes.

On peut former 3 classes d'instruments. La première rassemble tous les instruments en métal. Au tout début, des socs de charrue étaient percutés avec une batte en fer. Puis, ils ont été remplacés par des sartenes (2 poêles à frire jouées retournées avec des baguettes et montées sur un support en bois suspendu au cou du musicien) et plus récemment par des llantas (tambours de frein des vieux modèles de voitures américaines). Dans cette catégorie, entrent les cencerros (cloches), les campanas jimaguas ou campanas "San Martín" (cloches doubles similaires aux cloches agogo brésiliennes), et tous les objets métalliques et sonores de l'environnement quotidien comme des cuillères.

Llanta

Llanta

La seconde catégorie contient les divers tambours. On peut citer :

  • les congas aussi appelés mambisa, tambours en forme de tonneau avec une seule peau. Du plus aigu au plus grave, ils potent les noms de quinto (jour le rôle d'improvisation), salidor (assure la stabilité rythmique), tres-dos (offre un contrepoint rythmique) et tumbadora (constitue la base rythmique) ;
  • les bocuses ou bocues, aussi appelés fondos, sont des tambours unimembraphones. Le bokú, long tambour en forme de cône, est constitué de planches de bois cerclées par des anneaux de fer. À l'origine, la peau des bocuses étaient cloués sur le corps du tambour et le tambour était accordé en plaçant sa peau près d'un feu pour qu'elle se tende. Aujourd'hui, le même système de tirants que celui des congas modernes est employé. Le musicien, appelé bokusero, porte le tambour, maintenu par une sangle, sur le côté et joue à main nue. Chaque bokú joue un rythme qui se combine avec celui des autres pour créer une rythmique complexe. Le quinto ou bocusito est celui qui a la fonction d'improvisation ;
  • les redoblantes, caisses claires ou tambours militaires ;
  • les bombos ou bombos criollos, grosses caisses de fanfare originaire d'Europe et jouée avec un maillet d'une main et à main nue de l'autre ;
  • les galletas ou bombo galletas sont des tambours au son grave. Ils ont un grand diamètre (autour de 60 cm) et sont très peu épais (environ 10 cm). Le musicien porte le tambour grâce à une sangle et jour avec des baguettes. Les galletas aigues sont appelées redoblante et les graves, pilón ou pilonera.
Bokú

Bokú

Bombo galleta

Bombo galleta

Enfin, la dernière classe d'instruments contient les instruments à vent, du plus simple sifflet aux cornetines chinas, trompeticas chinas ou cornetas chinas (trompette chinoise nommée suona en chinois). Quelques fois, sont utilisées des trompettes, trombones ou saxophones.

Llanta

Trompeta china

En fonction des régions, la composition de la comparsa varie et seul certains des instruments pré-cités sont utilisés. Voici les configurations "typiques" que l'on trouve dans les différentes zone de Cuba.

Les comparsas qui jouent la Conga habanera sont en général composées de congas en grand nombre (typiquement au moins 5, certaines parties rythmiques étant doublées ou parfois triplées), bombos (en général 2), redoblantes, sartenes, cencerros et campanas jimaguas. Les mélodies étaient autrefois chantées par des clarinas (chanteuses aux voix claires et puissantes) auxquelles répondaient un chœur. Ces chanteuses ont été ensuite remplacées par une section de cuivres qui rassemble des trompettes, des trombones et des saxophones.

Les comparsas qui jouent la Conga santiaguera ou Conga orienta sont en général composées de bocuses (plus faciles à déplacer que les congas de la Havane), bombos galletas (typiquement 1 pilón et 2 redoblantes), tamboras (en général 1 ou 2) et llantas. Le seul instrument à vent est la corneta china qui donne une sonorité particulière, caractéristique et facilement reconnaissable à la Conga de cette région.

À Camagüey, les comparsas sont composées de petits tambours carrés joués avec deux baguettes et d'un grand nombre de gros bombos monomembranophones de petit diamètre mais très profonds. Des llantas sont également utilisées, comme à Santiago de Cuba.

À Trinidad, l'instrumentation est la même qu'à La Havane, mais les musiciens jouent sur les deux peaux des bombos.

5.1.4. Le rythme.

La signature rythmique de la Conga est 2/4. Son tempo est en général rapide. La rythmique est complexe et répétitive.

Il existe de nombreux styles de congas selon la ville dont elle est originaire : La Havane, Santiago de Cuba, Camagüey, Matanzas, Trinidad...

5.1.5. À écouter.

Parmi les ensembles qui jouent la conga, on peut citer :

  • comparsas de Santiago de Cuba : Paseo de Trivoli, Paseo la Placita, Paseo la Kimona ou Paseo la Quimona (dont le nom vient des kimonos japonnais), Paseo Hombre carroza, Paseo Indústria ligera...;
  • congas de Santiago de Cuba : Conga los Hoyos, Conga San Agustín, Conga Paso franco, Conga San Pedrito, Conga Alto pino, Conga El Guayabito...;
  • comparsas de la Havane : Las jardineras (quartier de Jesús María), Las bolleras, Los marqueses de Atarés, Los dandies ou Los dandy (quartier de Belén), Los componedores de Batea, El alacrán (quartier de Cerro), Los guaracheros de Regla, Las bolleras, Charangas de Bejucal, Los Boyeros (quartier de Los sitios)...;
  • comparsa de Colón : la Sultana.

Récemment, des Congas ont eu un grand succès :

  • La mujer del pelotero (2006) de Clan 537 - Reggaetón sur base de Conga santiaguera
  • Añoranza por la Conga (2009) de Sur Caribe - Conga santiaguera orchestrée

5.1.6. À voir.

5.1.7. Références.

Corpus Christi

Le caranval :

La Conga :

Les Charangas de Bejucal :

Les Parrandas de Remedios :

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