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13.2. L'Espiritismo Cruzado.

   

Isaac Barreal, premier à avoir décrit ce système religieux, l'a qualifié de cruzado (croisé) car il mêle l'Espiritismo Científico aux croyances et pratiques des autres traditions religieuses du peuple cubain comme la Regla de Palo, la Regla de Ocha et, dans une moindre mesure, le Catholicisme, le Vodú, le Ñañiguismo ou l'Espiritismo de Cordón. Dans quelques cas, il incorpore aussi des éléments chinois ou les pratiques de la cartomancie, la divination ou la télépathie. Par conséquent, l'Espiritismo cruzado, Espiritismo cruza'o, Espiritismo cubanizado ou Espiritismo cubano peut se présenter sous des formes très variées qui offrent une grande liberté de pratique. Chaque maison-temple possède ses règles et caractéristiques propres. Ceci est facilité par l'absence d'un clergé professionnel.

13.2.1. Naissance de l'Espiritismo Cruzado.

À la fin du 19ème siècle, l'Espiritismo Científico s'est propagé dans les villes mais aussi dans les campagnes où il imprègne toutes les classes sociales. Forcés de cacher les croyances, les sentiments et les objets propres de la religion africaine, les Cubains des régions rurales adaptent, agglutinent et syncrétisent diverses pratiques religieuses d'origines africaines, dont la Regla de Palo ou la Regla de Ocha, avec l'Espiritismo Científico. Naît de cette transculturation l'Espiritismo Cruzado qui s'éloigne de génération en génération de la conception originelle d'Allan Kardec et s'enracine dans les zones rurales de l'Oriente du pays. Puis, cette pratique religieuse, simple et peu coûteuse, atteint la périphérie des villes avant de s'étendre à l'ensemble de l'île.

L'influence mutuelle et l'inter-pénétration entre le spiritisme et les religions d'origines africaines ont été facilitées par le fait que la fonction de médium et l'acte de communication avec les esprits sont communs à ces diverses pratiques.

Durant la première moitié du 20ème siècle, on compte à la Havane plusieurs maisons-temple d'Espiritismo Científico. Il est possible qu'il y ait eu plus encore de lieux de pratique pour l'Espiritismo cruzado. Le compte est cependant plus difficile car ces locaux sont plus modestes et, dans la majorité des cas, sont la demeure des médiums.

De nos jours, l'Espiritismo cruzado est fortement enraciné et communément pratiqué à Cuba.

13.2.2. La pratique religieuse.

L'Espiritismo cruzado est censé aider au bon déroulement de la vie d'un être humain, que ce soit matériellement, corporellement, psychiquement ou spirituellement. Le fluide spirituel des esprits invoqués au travers de prières permet d'aider les pratiquants face à leurs difficultés, qu'elles soient de santé, amoureuses, familiales, économiques... En fonction du degré de complexité du problème à résoudre, diverses catégories d'esprits peuvent intervenir, par ordre de force de résolution croissante : l'espíritu protector (esprit protecteur), l'espíritu guía (esprit guide) et l'espíritu africano (esprit africain congo la plupart du temps, yoruba ou vodú). Durant les cérémonies, c'est d'abord le champs de croyance spiritiste qui est invoqué et puis, au besoin, le champs de croyance africain.

Les cérémonies religieuses peuvent avoir divers objectifs :

  • misas de investigación pour déterminer son cadre spirituel, découvrir ses esprits guides ou protecteurs et savoir comment les invoquer ;
  • misas de elevación pour accompagner un proche récemment disparu vers la lumière et qu'il quitte la terre ;
  • misas de despojo pour purifier des personnes, des familles ou des maisons perturbées par de mauvais esprits ;
  • misas de coronación pour créer un canal plus fort et direct avec Nuestro Maestro o Guía et avoir un contrôle sur son cadre spirituel.

Dans leur pratique religieuse, les pratiquants de l'Espiritismo Cruzado empruntent des éléments de diverses religions afro-cubaines. Voici divers exemples :

  • les transmisiones (prières) sont inspirées de ceux présents dans la Regla Conga ou dans l'Espiritismo de Cordón ;
  • les sacrifices d'animaux, les offrandes ou les boissons alcoolisées typiques des rites de la Regla de Ocha ;
  • les calderos ou cazuelas, récipients de "travail religieux" qui font référence aux religions d'origine bantoue ;
  • la représentation d'orishas appartenant à la religion Yoruba dont Elegguá ;
  • l'utilisation d'un cordón pour renforcer le fluide spirituel quand la cérémonie "faiblit" à l'image de l'Espiritismo de Cordón.

Ces éléments sont incorporés mais leur fonction diffère totalement de celle qu'ils possèdent dans les autres religions. Ils prennent un sens et une importance propre dans l'Espiritismo cruzado.

13.2.3. L'altar.

L'altar constitue l'élément central de l'espace sacré mis en place durant les cérémonies pour que le médium puisse "laborar" ("travailler" avec les esprits) et dispenser la caridad à ceux qui la sollicite.

L'altar comporte en général une profusion exubérante d'objets dont des coupes, des vases remplis d'eau, des bougies, des fleurs, des fruits, des plantes aromatiques purificatrices, des croix, des crucifix, des représentations graphiques (image ou statue) chrétiennes, de saints afro-cubains ou d'aborigènes ayant habité l'île à ses débuts, des calderos ou cazuelas... qui ont chacun une fonction rituelle, un rôle décoratif ou simplement reproduisent les espaces sacrés des religions intégrées dans l'Espiritismo cruzado. L'usage d'objects dans les pratiques religieuses est caractéristique des zones rurales cubaines.

L'eau est un élément de vie, purificateur, qui éloigne les mauvais esprits et attire les bons. La coupe centrale remplie d'eau facilite la communication avec les esprits. Les bougies ont pour fonction d'illuminer les esprits qui nécessitent la lumière, les espíritus oscuros (esprits obscurs). La lumière sert aussi à "poursuivre" les esprits et à les convoquer. Le rôle des fleurs est décoratif bien que certains spiritistes affirment que leurs parfums renforcent et alimentent les esprits.

Parfois, l'altar comprend une poupée qui représente une Noire dénommée la Reina africana. La plupart du temps, elle porte des vêtements de couleurs dont le blanc, le rouge ou le jaune qui rapellent une des déesses yorubas comme Yemayá ou Ochún ou une des déesses paleras comme Ma Rufina Siete Sayas ou Ma Francisca. Sa fonction est de veiller sur les maisons-temple contre toute perturbation. Elle protège aussi de l'entrée de mauvaises influences.

Les couleurs ont également une valeur symbolique. Les tenues vestimentaires sont liées aux saints invoqués durant les cérémonies : rouge et blanc pour Santa Bárbara, jaune pour Nuestra Señora de la Caridad del Cobre, blanc pour les Mercedes...

13.2.4. Références.

L'Espiritismo Cruzado :

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