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13.3. L'Espiritismo de Cordón.

   

13.3.1. Naissance de l'Espiritismo de Cordón.

L'Espiritismo de Cordón ou Espiritismo de Orilé est la plus cubaine des variantes de l'Espiritismo. Il date de la seconde moitié du 19ème siècle, probablement établi durant la guerre de Dix Ans, et se pratique dans l'Oriente de Cuba (notamment dans les zones de Manzanillo, Bayamo, Granma et Holguín et dans une moindre mesure Santiago et Guantánamo)..

L'Espiritismo de Cordón est né dans les campagnes de l'ancienne province d'Oriente, on suppose à Manzanillo avant de s'étendre vers Bayamo. Il résulte de l'adoption de l'Espiritismo Científico par une population rurale, dont le niveau culturel est faible, qui est moins réceptive à cette doctrine religieuse codifiée par Allan Kardec. L'Espiritismo de Cordón mélange des éléments de l'Espiritismo Científico et du Catholicisme.

La diffusion de l'Espiritismo de Cordón a été facilitée par le fait qu'il intègre une dimension curative et palia au manque de médecins. Puis, pour diverses raisons, il atteint au cours du 20ème siècle les centres urbains jusque dans les provinces de Camagüey et d'Holguín.

L'Espiritismo de Cordón est censé offrir la possibilité de solutionner ou du moins de changer le cours de la plupart des problèmes que le croyant peut rencontrer, essentiellement au niveau de la santé mais aussi du travail, de l'amour, de l'économie... en faisant appel à des esprits bienveillants qui vont apporter un fluide spirituel positif au pratiquant.

13.3.2. Cordón de Orilé.

L'Espiritismo de Cordón tire son nom du cordon humain, le Cordón de Orilé ou plus simplement cordón, réalisé par les croyants durant les cérémonies religieuses. Pour cela, ils se placent en cercle et se tiennent par les mains. Puis, ils se déplacent collectivement dans le sens contraire des aiguilles d'une montre en marchant et dansant en rythme. Ils accompagnent ce mouvement de chants, de ronconeos (sons gutturaux produits par une forte et sonore expiration) et de taconeos (frappes avec le talon).

Ce déplacement d'ensemble permet de concentrer les forces physiques en un point qui sert de moyen de communication avec les forces spirituelles qui résident dans un espace appelé plano terrenal qui n'appartient pas à la Terre.

13.3.3. Origines de l'Espiritismo de Cordón.

L'origine de l'Espiritismo de Cordón est discutée. Certains pensent ses racines dans l'Afrique, d'autres dans la culture amérindienne.

En 1989, dans son livre Sobre muertos y dioses, Joel James Figarola formule l'hypothèse que l'Espiritismo de Cordón a des origines congos car on retrouve dans cette culture :

  • l'invocation d'une personne récemment décédée de manière collective et en forme de cercle pour l'aider à passer dans l'autre monde et y faire ses premiers pas ;
  • la fonction de médiateur avec les disparus.

Durant la guerre de Dix Ans, les troupes espagnoles ont massacré de nombreux citoyens dans la région orientale de Cuba. Cerains pensent donc que l'Espiritismo de Cordón serait né et se serait facilement développé car il répondait au souhait de communiquer avec les êtres disparus.

Il faut aussi noter que le mot "orilé" provient du vocabulaire Yoruba.

Selon Fernando Ortiz, les composantes principales de l'Espiritismo de Cordón prennent leurs origines dans les croyances et les rites des peuples aborigènes, repris et mélangés avec d'autres éléments par leurs descendants jusqu'à complètement recréer ces traditions religieuses. Parmi les éléments qui accréditent cette thèse, on peut citer diverses notions communes entre ces pratiques religieuses :

  • le rôle de l'eau qui permet d'une part de se "laver" des impuretés et de se soigner des mauvaises influences et d'autre part de concentrer les influences positives des forces invoquées pour aider un pratiquant, particulièrement ceux qui ont des difficultés de santé ;
  • le mouvement collectif circulaire qui renforce la demande faite aux forces spirituelles ;
  • l'action des cordoneros est dirigée vers le sol par l'intermédiaire de taconeos qui accompagnent le déplacement d'ensemble ;
  • dans l'Espiritismo de Cordón ancestral, aucune invocation n'est exprimée par des mots ou des phrases. Seuls des ronconeos sont émis.

Marta Esquenazi ajoute les similarités suivantes :

  • le fait que les participants se donnent la main pour former un cercle ;
  • l'alternance entre soliste et cœur qui utilisent des phrases courtes se répétant constamment ;
  • le rythme des chants qui va en s'accélérant ;
  • le fait qu'il y ait une vie après la mort au travers des esprits qui peuvent entrer en relation avec le monde des vivants ;
  • la présence de cérémonies de soin, comme dans les cultures aborigènes ;
  • la zone autour de Manzanillo et Bayamo, où se pratiquaient les areítos, qui semble être le point de départ de l'Espiritismo de Cordón.

Il est fort possible que les 2 affirmations soient justes et que l'Espiritismo de Cordón ait inclus des éléments aborigènes et des éléments africains.

13.3.4. La hiérarchie religieuse.

L'élément central dans la hiérarchie de l'Espiritismo de Cordón est le médium, personne dotée de la capacité de créer un canal de communication avec les esprits.

Les médiums peuvent être classés suivant diverses catégories :

  • médium principal, médium cabecero ou toquina : cette catégorie inclut les personnes qui dirigent les maisons-temples et se chargent de l'organisation des activités cordoneras. Habituellement, ce sont des personnes, homme ou femme, qui ont au moins une cinquantaine d'années. En général, ce médium mène les cérémonies sans pour autant prendre place dans le cordón ;
  • médium fuerte, médium responsable ou médium director : personnes qui se détachent grâce à des facultés spéciales ou à un haut degré d'évolution suffisant. Elles ont une certaine faculté d'organisation et d'improvisation car elles savent quel chant, prière ou salutation choisir en fonction de la situation qui se présente durant la cérémonie. Ils veillent à la bonne mise en place du cordón ;
  • médium simple, médium corriente ou médium de trabajo : ils constituent la majorité des pratiquants de l'Espiritismo de Cordón. Ce sont ceux qui tentent d'apporter les solutions aux problèmes des fidèles. Leur participation est essentielle pour la partie dite caridad colectiva des cérémonies.

L'Espiritismo de Cordón a un caractère ouvert car toute personne peut devenir cordonero. Aucune initiation n'est nécessaire. Il faut cependant avertir ou demander l'accord du directeur de la maison-temple et s'impliquer dans la vie cordonera pour être accepté.

13.3.5. La pratique religieuse.

Les cérémonies peuvent être célébrées à n'importe quel heure ou jour de la semaine mais pour des raisons pratiques, elles ont souvent lieu en fin de semaine, à la convenance des participants. Parfois, en cas de force majeure comme une maladie à soigner expressément, un médium peut convoquer une session extraordinaire.

Une cérémonie d'Espiritismo de Cordón débute par une préparation spirituelle qui suit les directives d'Allan Kardec dans son livre Oracions escogidas. Elle se compose d'abord d'une oración (prière) de "Amor al Padre celestial" (amour pour le Père céleste), durant laquelle on lui demande d'apporter un environnement propice au bon déroulement de la cérémonie, suivie de transmisiones (invocations) pour que les esprits se présentent. La communication avec les esprits est alors considérée établie avec le consentement du Père céleste.

Les participants peuvent mettre en place le cordón en se donnant la main en forme de ronde. En général, le cordón est réalisé autour de la mesa-altar (table-altar). Le médium guide, souvent habillé en blanc, débute alors des rogativas (chants) auxquels répondent les cordoneros. Les chants sont rythmés par des mouvements de bras, des taconeos et des ronconeos.

Vient alors la caridad (soin) pour les personnes qui souhaitent être soulagées d'un problème ou d'une affiction. Pour concéder la caridad, plusieurs médiums (en général 3 à 5), souvent des médiums fuertes, se regroupent pour former un petit cordón ou mini-cordón. La personne nécessiteuse se place en son centre. Ce mini-cordón concentre et intensifie les forces rituelles pour que les croyants tombent en transe. Une fois dans cet état, les possibles troubles se manifestent et surviennent leur traitement clinique.

La cérémonie se poursuit par la caridad colectiva. Le cordón se reforme mais le médium cabercero laisse une ouverture qui est placée en face de la mesa-altar. Ceux qui ont sollicité la caridad passent par cette entrée, les uns derrière les autres, pour se rendre au milieu du cordón et face à l'altar. Ces derniers restent au centre pendant que le cordón se met à tourner. Sont alors chantées les prières, improvisations et ronconeos accompagnés de taconeos et de mouvements de bras. Se produisent aussi des actes de divination destinés à découvrir et diagnostiquer ce qui affecte chaque personne et des santiguaciones (purifications) pour répandre le bien-être sur les participants.

La cérémonie se termine par le moment de la entrega. Sous les directives du directeur de la maison-temple, le cordón est à nouveau formé, sans que personne ne se trouve à l'intérieur. Les pratiquants effectuent un tour sur eux-mêmes. Puis, les cordoneros se lâchent les mains, sans que quiconque ne donne de signal spécifique, par habitude de la pratique. Les médiums s'arrêtent et inclinent le corps en avant pour frôler le sol du bout des doigts. Après s'être relevés, ils secouent les mains au ciel. Cette dernier geste est répété 3 fois avec toute l'assistance qui est priée de se "desenvuelvar" ou "entregar". Enfin, les canciones de cierre (chansons de fin) sont prononcés. L'une d'entre elles permet de remercier Dieu et les esprits pour leur intervention.

13.3.6. Musiques.

L'Espiritismo de Cordón se caractérise par une grande richesse musicale qui comprend des rezos, des invocations, des prières et des chants. Certains ressemblent aux chants des Altares de Cruz aux sonorités hispaniques, d'autres emploient des éléments aux consonances africaines (principalement de l'Espiritismo Cruzado), quelques uns ont des similitudes avec les musiques nord-américaines aux airs d'hymnes protestants, certains font penser aux airs des Rancheras mexicaines...

Les chants sont structuré suivant le schéma question/réponse entre le chant du guía cabecero et les participants du cordón. Au fur et à mesure de la cérémonie, le tempo s'accélère.

13.3.7. À voir.

13.3.8. Références.

L'Espiritismo de Cordón :

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