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3.5.4. Le Guarapachangueo.

   

3.5.4.1. Naissance du Guarapachangueo.

L'histoire du Guarapachangueo ou Guarapachangeo est très bien racontée dans une interview de Pedro López Rodríguez (par Antoine Miniconi), l'un des percussionnistes de la formation Los Chinitos, groupe fondateur de ce rythme. En voici une traduction un peu structurée (l'interview originale est disponible en espagnol ici ou en français ici) :

"[Dans la famille López Rodríguez], nous maintenons une forte tradition familiale : mon père et mon oncle possédaient un sexteto [de Son]. Je n'étais alors pas encore né. [...]. Traditionnellement, ils se réunissaient pour la fête des mères, la fin d'année ou Pâques et organisaient une fête pendant laquelle ils jouaient du Son. Ils terminaient toujours par de la Rumba, jouant alors autant sur une étagère que sur un buffet ou sur une petite caisse en bois. [Nous, les quelques fondateurs du groupe Los Chinitos, surnommés ainsi depuis nos débuts dans le quartier de "La Corea" (San Miguel del Padrón) en raison du fait que nous soyons typés asiatique], nous sommes alors imprégnés de ces sonorités et avons peu à peu préservé cette tradition, chaque année, sans imaginer qu'un jour cela prendrait une telle importance, du jour au lendemain.

Ensuite, avec le temps, nous avons créé, dans les années 1970, probablement en 1975 ou 1976, une sorte de polyrithmie. À l'époque, nous produisions une Rumba spontanée, [...] l'un jouait sur le mur son "tikitin", l'autre son "tukutum". Nous avons commencé à jouer avec un cajón improvisé, qui était en réalité la table de nuit de ma grand-mère Mamaíta. Cet instrument est devenu le quinto. Mon oncle avait également un cajón qu'il avait lui-même créé avec du contreplaqué [...] sur lequel nous avons commencé à jouer, assis dessus, un tumbao de Rumba. Nous changions alors sans arrêt de place : "je vais ici, toi, met toi là". Dès que les gens se réunissaient, nous jouions. Un jour, tout à fait ordinaire, tout le monde jouait, ma famille, mon frère José... et le Guarapachangueo vit le jour. [Un de nos amis surnommé Lázaro 'El llanero' Martínez, figurant parmi les meilleurs rumberos de Cuba], a ironiquement nommé ce rythme le Guapachangueo en s'exclamant : "¡Mira eso, el guarapachangueo que están tocando!" (qui signifie "Regarde-moi ça, ce Guarapachangueo qu'ils sont en train de jouer !").

À partir de ce moment là, nous avons créé nos propres cajones, le véritable cajón du Guarapachangueo. Le premier cajón trapézoïdal jamais fabriqué à Cuba fut conçu par un ami, Ifraín Kofa Frioles [(et non par l'entreprise discographique Areíto comme le prétendent certains)] qui me dit : "je vais te construire un cajón trapézoïdal afin qu'il ne glisse pas entre tes jambes". Nous avons alors travaillé ensemble à la menuiserie et Ifraín me donna tous les conseils pour que je puisse par la suite en fabriquer d'autres.

Cajón du Guarapachangueo

Cajón du Guarapachangueo

Ensuite, nos enfants s'ajoutèrent. [Manley 'Pirí' López Herrera, fils de Pedro] apprit avec nous [(Pirí a passé beaucoup de temps avec son oncle Irian López Rodriguez qui lui enseigna tout du Guarapachangueo)]. À l'âge de 4 ans, il tapotait déjà quelques rythmes car il avait de sérieuses aptitudes pour cela. En effet, il venu au monde entouré de musique Rumba et tout ce que nous jouions. Nous jouions pas de musiques rituelles ou saintes, nous nous dédions uniquement à la Rumba, la Rumba et... la Rumba.

Lors de la création de Raíces Profundas en 1980, nous avons commencé à jouer de la musique afro-cubaine. [...]. J'ai eu la chance et le privilège de rencontrer l'un des plus grands musiciens de Cuba, José Luis 'Changuito' Quintana Fuerte. Ce ne fut pas une interview mais plutôt un simple dialogue portant sur ce nouveau rythme que nous avions créé. Je lui ai montré quelques idées et il m'a alors dit qu'il avait intégré cela dans son jeu de batterie. Ceci lui plût beaucoup. Le Guarapachangueo commençait à prendre de plus en plus d'ampleur."

Plus tard, au cours de l'entretien, Pedro explique comment il a connu le directeur de Raices Profundas : "Ici, tous les dimanches, dans les années 1970 et jusque dans les années 1980, nous jouions de la Rumba. [...] Nous avions la chance que beaucoup de rumberos viennent, de Guanabacoa ou de Marianao, à cette peña, [réunion hebdomadaire qui rassemble danseurs et musiciens en un lieu qui ne change pas]. Ainsi, Juan de Dios Rámos, directeur de Raices Profundas, qui nous initia au domaine artistique, vint nous chercher alors que nous étions dans une Rumba à Santos Suárez. Il passa et nous dit : "Vienen ustedes pa'cá!" ("Venez par ici !") et on a commencé à jouer avec lui. Après, il est venu chez nous tous les dimanches. Traditionnellement c'était le dimanche..."

"Aujourd'hui, beaucoup de groupes ont réutilisé ce style musical car le Guarapachangueo est une matrice à partir de laquelle ils ont créé une polyrithmie. Le premier fut Francisco 'Pancho Quinto' Mora, suivi de Maximino Duquesne Martínez. À partir du Guarapachangueo, ils ont fait leurs créations qui ne sont, comme ils le disent eux même, que des "évolutions" de cette matrice. Nous avons également eu la chance de rencontrer le groupe Yoruba Andabo, de participer aux fêtes avec eux et de jouer des Rumbas en leur compagnie. Cela nous a permis de développer notre rythme. Ils ont également profité de cette rencontre pour enrichir leur musique. Nous avons aussi eu la chance de rencontrer les Muñequitos de Matanzas, à Matanzas. Eux aussi emploient le Guarapachangueo bien qu'ils aient beaucoup changé le patron rythmique. [...] Cependant, tout cela est né de la matrice du Guarapachangueo, créé par nous, Los Chinitos, avec notre bénédiction et avec celle de tous les grands rumberos : Juan de Dios Rámos, Ricardo Gómez Santa Cruz ou Alambre Antonio Rivas, un grand rumbero d'ici [...]. Le Guarapachangueo avait pris une telle force que tout le monde l'employait.

À partir de là, Manley 'Pirí', depuis tout petit s'est mis à jouer le kónkolo (le plus petit des tambours batás). D'abord, dans le tambor de fundamento (nom donné aux orchestres de tambours batás consacrés, habilités à jouer dans les cérémonies) dans lequel nous jouions avec Amador (tambor de Amador) puis, dans le tambour de Pancho Quinto dont faisait partie Román Diaz et enfin, nous avons eu accès á l'essence même du tambour batá avec Pedro 'Aspirina' Addé [...]. Nous avons eu la chance qu'ils nous intègrent dans leur tambor [...]. Pedro était un homme respectueux et très sérieux. Nous avons donc eu la chance de commencer à étudier avec lui. Il nous apprit beaucoup de phrases rythmiques. Il était une référence pour les tambours batás, comme l'est Papo Angarica, comme l'est Jesús Pérez (qui était élève de Pablo Roche)."

Guarapachangueo - 'Pirí' López

'Pirí' López

Nous pouvons dire que nous avons eu la chance, nous et 'Pirí' alors jeune, de tomber "dans la mafia" avec eux [...]. Et c'est à partir de là que tout a vraiment commencé, que le feu a pris. Nous tous étions là, à écouter jouer... par exemple Mario 'Aspirina' Jáuregui, de la famille-même des Aspirinas, car tous sont d'une même famille - et nous les admirions beaucoup - tout c'est fait comme ça: "va par là, viens voir ça ici, viens par là...": ils nous ont aidé. 'Pirí' avait déjà le feu. Très vite, il joua le segundo (le tambour de taille moyenne des 3 tambours batás). Il connaissait déjà tous les toques. C'était un prodige que tous admiraient [...].

Tout le guarapanchangueo est donc né chez nous. Rien n'est yoruba, parce que nous étions dans la rumba. Ça a commencé comme ça, c'est une tradition familiale.

[Ensuite, 'Pirí' entra en 1995 dans "Aspirinas en Guaguancó", un groupe d'amateurs de la famille des Aspirinas de Guanabacoa (la plus célèbre famille de rumberos de la Havane depuis les années 1940). Le groupe était très bon mais il se sépara assez rapidement.]

Nous avons aussi eu la chance qu'Irián, qui était le plus jeune d'entre nous, apprenne facilement. 'Pirí', grandissant, commença à se mesurer à lui. Ce dernier le fit alors beaucoup progresser [...]. Au sein du Tambor de Lázaro Cuesta, aussi appelé Añá Obba Tola [que 'Pirí' intégra en 1997], ils ont continué à développer leurs capacités. Toujours jouant ensemble. Dans Abbilona, [en 1997], des joueurs de batá étaient proposés [pour l'enregistrement d'une série de 45 CDs] et Irián leur dit : "no, no! 'Pirí', venga tú pa'que sea bien hecho" ("non, non ! 'Pirí', viens, toi, pour que cela soit bien fait"), ['Pirí' n'étant alors âgé que de 16 ans]. Le segundo (itótele), [pourtant difficile à jouer car demandant une grande concentration sur le jeu de tambour principal], fut joué par 'Pirí'. Une fois le casque sur les oreilles, il enregistra l'ensemble en une seule prise."

Yoruba Andabó, [créé à partir du groupe Guaguancó Maritimo Portuario en 1981], poursuit son existence avec mon frère aîné, Bertico, qui fut membre-fondateur du groupe avec Pancho Quinto. C'est lui qui effectuait le "kinpakin-pakin-patokotón", [comprendre le Guarapachangueo]. Par la suite, Juan 'el Chori' Campos Cárdenas et Julio 'el Gordo' l'ont maintenu. Ensuite, d'autres choses que je ne comprends pas ont été rajoutées mais le cajón Guarapachangueo été joué par Berto, maintenant la tradition, avec Pancho Quinto et ses inventions de la cuillère et des 3 batás qui donnaient un style très particulier. Le Guarapachangueo, dans sa forme originelle, s'était alors déjà perdu, c'était la création de Pancho Quinto [une version plus colorée du Guarapachangueo mélangeant le cajón avec les congas et les tambours batás]. Donc tu vois, le Guarapachangueo vient d'ici, de la Corea.

[En 2004, Juan de Dios choisit 'Pirí' pour Raíces Profundas. Il n'eut pas à se présenter à l'audition comme le font les autres. C'est Juan qui a dit : "me hace falta 'Pirí' aquí" ("il me manque 'Pirí'"). 'Pirí' est alors devenu un pilier du groupe avec Eduardo Ramos, Jésus 'Cusito' Lorenzo Peñalver et avec tous les bons rumberos qui y sont maintenant.]"

3.5.4.2. Instrumentation.

L'instrumentation du Guarapachangueo n'est pas complètement figée mais elle est au minimum composée de :

  • une clave, élément de base de toute rumba ;
  • un palito (morceau de bambou joué avec deux baguettes en bois) qui joue un rythme répétitif qui se marie parfaitement avec la clave ;
  • un cajón qui maintient la base rythmique ;
  • un quinto qui va improviser ;
  • un ou des chanteurs.

3.5.4.3. Le rythme.

Les rythmes proposés sont transcrits depuis des vidéos pédagogiques de 'Pirí' expliquant le Guarapachangueo. Voici le rythme de base (il peut être joué avec une clave 2/3 ou 3/2) :

Guarapachangueo (cajón)

Guarapachangueo (cajón)

  Extraits sonores  

Une variation souvent utilisée est :

Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  

Pour enrichir ce rythme de base, un conga peut être rajouté :

Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  

Voici quelques autres variations :

Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  

Selon 'Pirí', les 2 variations suivantes peuvent être utilisées enchaînées l'une à l'autre pour introduire le morceau.

Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  
Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  

Voici une variation très mélodique :

Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  

Enfin, une variation qui se joue sur une clave en 2/3. Bon courage pour le placement rythmique !

Guarapachangueo variation (cajón)

Guarapachangueo variation (cajón)

  Extraits sonores  

La partie de palito est classique. La voici, sur une clave rumba en 3/2 :

Guarapachangueo variation (palito)

Guarapachangueo variation (palito)

  Extraits sonores  
  Extraits sonores  

3.5.4.4. À écouter.

Vous pouvez écouter les Guarapachangueos joués par Los Chinitos, Yoruba Andabo ou Clave y Guaguancó.

On en retrouve également sur l'album "Del Yoruba Al Son" paru aux éditions La Isla de la Música (volume 6).

3.5.4.5. À voir.

3.5.4.6. Références.

Le Guarapachangueo :

Manley López Herrera :

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