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5.2. Le Pilón.

   

5.2.1. Naissance du Pilón.

Les origines du rythme Pilón sont, comme pour la plupart des rythmes cubains, assez discutées. Plusieurs musiciens en revendiquent l'invention.

D'une part, le Pilón serait la création du batteur Hesmerido 'Loló' Ferrera du prestigieux orchestre santiaguero Chepín-Chóven (le nom de l'ensemble vient du nom du violoniste Electo Rosell 'Chepín' Horruitinier et du pianiste Bernardo 'Chóven' Chauvin Villalón García) à la fin des années 1950. On trouve en effet les caractéristiques du rythme dans les enregistrements de l'orchestre, le mot Pilón n'ayant pas encore été attribué à ce nouveau style musical. Loló va petit à petit systématiser à la batterie la figure rythmique qui sera propre au Pilón. Il n'y a alors pas de partie de tumbadoras.

Pilón - Hesmerido 'Loló' Ferrera

Hesmerido 'Loló' Ferrera

D'autre part, l'orchestre Chepín y su Orquesta Oriental, formation qui succédera au groupe Chepín-Chóven après le départ de 'Chóven', est régulièrement programmé sur la radio la plus importante d'Oriente, la Cadena Oriental. C'est peut être comme cela qu'Enrique Bonne, compositeur santiaguero, fut influencé et écrit ce qu'il considère comme son premier Pilón, Mujeres no lloren, interprété par Matías Tabío. Il compose ensuite pour la formation de Mariano Mercerón dont le chanteur est, à partir de 1951, Pascasio 'Pacho' Alonso Fajardo et plus tard pour l'orchestre de ce dernier, les Bocucos (crée en 1954). La popularité de cette formation croît rapidement. En 1958, ils sont invités à la radio Radio Progreso et à la télévision sur CMQ. En 1959, ils sont programmés au cabaret Sherezada. En 1960, avec l'appuie d'un certain Ibrahim Ferrer Planas, ils s'installent dans l'émission La Hora del Sentimiento sur Union de Radio et sont élus révélation de l'année. La formation interprète alors une composition d'Enrique Bonne, Se tambalea, qui possède les traits du Pilón. En 1962, on retrouve 'Pacho' et sa formation tous les dimanches de décembre au Sierra. En 1963, les Bocucos animent les fêtes du carnaval sur la Avenida del Puerto à la Havane. En 1965, 'Pacho' Alonso crée son premier Pilón intitulé Rico Pilón. Ce titre est un succès et fait découvrir ce nouveau rythme qui prend son nom définitif.

Pilón - Enrique Bonne

Enrique Bonne

Pilón - 'Pacho' Alonso y los Pachucos

'Pacho' Alonso y los Pachucos

La vague étant créée, d'autres orchestres de l'île, en particulier la Sonora Matancera s'emparèrent également du rythme. Dans les carnavals et les évènements internationaux, le Pilón fait fureur. En 1968, tous les night-clubs sont contraints à fermer en raison d'une pénurie d'énergie et d'approvisionnement en boissons, cigarettes... Certains ouvriront de nouveau, puis fermeront une fois de plus pendant la seconde moitié des années 70. Restent les circulos sociales, sortes de maisons de quartier où les orchestres se produisent, sans publicité, le samedi soir et le dimanche en matinée ; eux aussi disparaîtront pour les mêmes raisons. Le Pilón a alors un peu perdu de sa popularité.

Ainsi, Enrique Bonne et 'Pacho' Alonso revendiquent également la paternité du Pilón arguant que le rythme qu'ils utilisent n'est pas exactement le même que celui de Hesmerido Ferrera, bien qu'ils s'en soient inspirés. Selon Enrique Bonne, l'idée du Pilón lui vint ainsi : "Ese ritmo Pilón lo creamos 'Pacho' [Alonso] y yo un día en que estábamos en casa de José Ramón, un amigo campesino. José Ramón descascaraba café en el pilón. [...] El Pilón no depende de un golpe, es todo un andamiaje musical que está jugando en el piano, imitando la sonoridad del órgano oriental; la paila, con el golpe del pilón pilando café; las tumbadores y el bajo también tienen su golpe" que l'on peut traduire par : "L'idée du Pilón nous est venue, à 'Pacho' et à moi, un jour où nous étions chez José Ramón, un ami paysan. José Ramón était en train de moudre le café à l'aide d'un pilón. [...] Le Pilón ne se caractérise pas par un coup spécifique, c'est tout un concept musical où le piano imite les sonorités des orgues orientales, la paila produit un son semblable aux coups du pilón écrasant le café et la tumbadora et la basse possèdent leur rythmique propre". En fait, on pourrait plutôt dire que Hesmerido Ferrera a introduit le rythme le premier. Il a été repris par Enrique Bonne et diffusé et popularisé par 'Pacho' Alonso.

Le ritmo Pilón a été repris dans les années 90 par Longino Rey 'Pachito' Alonso Castillo, fils de 'Pacho'.

5.2.2. Le rythme Pilón.

Le rythme Pilón est apparenté à la Conga, rythme du carnaval cubain. On y retrouve à la fois une syncope analogue à celle d'un tambour de la Conga orientale de Santiago, également appelé pilón, et l'accentuation sur le quatrième temps de la Conga occidentale. Cette parenté s'explique probablement par les liens nombreux de 'Loló' Ferrera avec la Conga de défilé de son quartier (Los Hoyos). Il assistait régulièrement aux répétitions de celle-ci et a systématisé dans son jeu de batterie le placement particulier d'une syncope rythmique de la Conga orientale qui constituait une marque quasi-identitaire. Cette marque de fabrique de Hesmerido Ferrera était tellement inséparable de son jeu que les musiciens de La Havane, tels ceux de l'Orquesta Riverside, appelaient ce dernier Pilón !

Au sein des Bocucos, le rythme de Pilón est joué par 'Chino' Pichón aux pailas (le rythme est très proche de celui joué par Hesmerido Ferrera à la batterie). Le percussioniste 'El Kengui' y rajoutera une partie de tumbadoras. Voici le rythme de base et 2 variations pour les timbales (relevé du jeu de Sergio Cardozo) :

Pilón (timbales)

Pilón (timbales)

  Extraits sonores  
Pilón (timbales variation)

Pilón (timbales variation)

  Extraits sonores  
Pilón (timbales variation)

Pilón (timbales variation)

  Extraits sonores  

Le rythme de timbales est dérivé d'une marcha de bongo utilisée durant les solos de tres dans le Son ou la Guaracha. La partie de cloche reprend celle du güiro souvent joué dans les Charangas.

Voici le rythme de base pour la tumbadora (relevé du jeu de Thomas Ramos 'Panga' Ortiz) :

Pilón (tumbadoras)

Pilón (tumbadoras)

  Extraits sonores  

La tumbadora entre dans le morceau en anacrouse comme suit (relevé du jeu de Thomas Ramos 'Panga' Ortiz) :

Introduction Pilón (tumbadoras)

Introduction Pilón (tumbadoras)

  Extraits sonores  

5.2.3. À écouter.

  • Se tambalea (1860) d'Enrique Bonne - Conga aux traits de Pilón
  • Rico Pilón (1965) de 'Pacho' Alonso - Pilón
  • Baila José Ramón (1963) de 'Pacho' Alonso - Pilón

5.2.4. À voir.

5.2.5. Références.

Le Pilón :

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