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10.7. Le Reggaetón.

   

Le Reggaetón ou Reguetón est un genre musical urbain né à partir du milieu des années 1990. Une fois de plus, il existe un débat passionné en Amérique latine qui porte sur l'origine de cette musique. Certains pensent qu'il vient du Panamá alors que d'autres soutiennent qu'il est de Porto Rico. Il semble plus juste de dire que l'histoire du Reggaetón a commencé au Panamá avec le Reggae chanté en espagnol. Par la suite, cette musique s'est développée, a continué d'évoluer mais ne prit l'ampleur qu'on lui connait qu'à Porto Rico où elle est devenue le Reggaetón.

Il existe même des discussions sur l'origine du mot Reggaetón. Certains affirment qu'il provient de l'ajout du superlatif espangol "tón" au mot Reggae. Ce superlatif signifiant "super beau". Le Reggaetón est donc un très bon Reggae. Pour d'autres, le mot est la concaténation de Reggae et de maratón. Enfin, une dernière hypothèse explique que Reggaetón est le Reggae des towns (ville en anglais).

10.7.1. Naissance du Reggaetón.

Le Reggaetón au Panamá.

Au début du 20ème siècle, le Panamá, durant la construction de son fameux canal (1882-1914), fait appel à de nombreux travailleurs dont beaucoup de Jamaïcains. Tout au long de sa construction, une distinction s'installe entre les Noirs qui reçoivent leur paye en argent alors que les Blancs la perçoivent en or. Même si, dés la fin de l'élaboration du canal, nombreux des travailleurs immigrés rentrent au pays, ceux qui n'ont pas les moyens de se payer ce voyage restent sur place. Une série d'arrêtés et de règlements inspirés des lois Jim Crow accentuent un peu plus la ségrégation raciale contre les Noirs en instituant une distinction entre les citoyens selon leur appartenance raciale dans tous les lieux et services publics.

Ce racisme est tellement présent qu'en 1940, le président panaméen instaure un décret qui interdit l'immigration de peuples de race noire dont la langue natale n'est pas l'espagnol. Bien que cette loi fut ensuite supprimée, le stéréotype du nègre qui n'est assimilé ni par les américains blancs, ni par les métisses panaméen demeure.

C'est dans ce contexte que le Reggae venu de Jamaïque trouve un très bon accueil au Panamá à la fin des années 1970. À Colón, centre névralgique de la culture afro-panaméenne, le message de paix, d'unité et de résistance véhiculé par le Reggae trouve écho auprès de la jeune génération, pour la plupart des Noirs descendants de travailleurs jamaïcains du canal du Panamá. Ils sont en position de comprendre au sens propre et figuré les appels aux armes et à la résistance de Bob Marley.

Beaucoup sont prêts à porter ce message en espagnol. C'est ainsi que le guyanais Guyana et le DJ Wasanga donnent naissance en 1977 au Reggae en espagnol. Le premier disque de ce nouveau genre est gravé par Super Nandi. Il sera suivi de la première grande star du Reggae en espagnol, Renato. Il devient fréquent de faire du toasting, c'est à dire traduire les paroles des chansons de Reggae jamaïcain en espagnol et les chanter sur la mélodie des morceaux originaux. De nombreux groupes voient le jour comme Original C ou Renato y las 4 estrellas et des artistes comme Nando Boom ou Edgardo Franco, qui sera connu plus tard comme 'El General', commencent à se produire régulièrement dans quelques clubs spécialisés.

Dans les années 1980, le Reggae disparaît progressivement dans les Caraïbes au profit du Dancehall et du Raggamuffin qui sont chantés en anglais. Avec ce nouveau genre, de nouveaux interprètes comme Ness y los Sensacionales ou Chico Man apparaissent. Renato et Nando Boom rejoignent rapidement ce courant musical. En 1984, Renato enregistre le titre El D.E.N.I., version panaméenne du Dancehall jamaïcain intitulé What Police can do. Ce succès propulse alors ce nouveau Reggae en espagnol mis au goût du jour au niveau national.

Chico Man et Nando Boom adoptent tout de suite cette musique. Ce sera cependant 'El General' qui parviendra à mener le Reggae en espagnol au niveau international. Il suit les traces du salsero Ruben Blades en s'installant au début des années 1990 à New-York où il enregistre en 1991 l'album "Muevelo con el General" incluant le hit Te ves buena. Il devient alors la figure emblématique du Reggae en espagnol qui devient un genre à part entière en Amérique latine. De ce fait, 'El General' est très souvent cité comme père du Reggaetón.

Reggaetón - El General

El General

Sur la face B de la cassette Muevelo, 'El General' enregistra Son Bow, une reprise du fameux Dancehall jamaïcain intitulé Dem Bow de Shabba Ranks, également repris un petit peu avant par Nando Boom, aussi installé à New-York, sous le nom de Ellos benia. Dans Son Bow, on entend déjà clairement la rythmique lancinante créée par la boîte à rythmes et que l'on retrouvera plus tard dans le Reggaetón. Le Reggae en espagnol est en pleine évolution.

Cependant, loin des États-Unis et dépourvu de marché porteur d'un genre unifié et labellisé, par exemple sous le nom Reggaetón, le Reggae en espagnol panaméen est peu à peu abandonné. À partir des années 2000, peu d'artistes restent sous contract avec des maisons de disque.

Le Reggaetón à Puerto Rico.

Ce n'est pas très clair quand le Reggae en espagnol se transforma en Reggatón au Panamá. Par contre, cette transformation est bien documentée pour Puerto Rico.

Durant les années 1980, le rapper Vico C, né aux US et élevé à Puerto Rico, enregistre des morceaux de Hip-Hop à consonance voir d'orgine américaine mais rappés en espagnol. En 1985, il produit la première cassette de Hip-Hop en langue espagnole intitulée "Underground". Puis, il enregistrera une seconde cassette, "Soy de la Calle", en 1988. Les titres comme Sin Pena ou Soy de la calle commencent alors à circuler. D'autres artistes créent divers succès comme Ruben DJ en 1989 avec sa chanson La escuela. Grâce à ces enregistrements sur cassettes au cours des années 1980, ces artistes préparent sans le savoir ce qui plus tard deviendra le Reggaetón.

Reggaetón - Vico C

Vico C

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, le Dancehall jamaïcain et son dérivé en espagnol, apportés par des musiciens du Panamá en tournée, influença la florissante scène Rap aux US. Le producteur Ramón 'Pucho' Bustamante défend quant à lui le fait qu'il ait voulu créer un Dem Bow aux accents de Salsa, le Pounda, et que c'est en le présentant aux producteurs de Porto Rico que ceux-ci découvrirent ces nouveaux rythmes. Ces apports vont rapidement influencer le Hip-Hop en espagnol alors déjà présent sur l'île.

Bien que le Reggae ait été populaire à Puerto Rico durant plusieurs années, son public est avant tout composé de riches surfeurs blancs surnommés les blanquitos (les petits Blancs). Il faut attendre 1992 pour que le Reggae touche un public plus varié. Le son qui émerge alors des quartiers pauvres de San Juan a une consistance différente. En effet, cette année-là, dans la discothèque de Hip-Hop, Reggae et Dancehall nommée The Noise, les jeunes qui ont grandi en écoutant le Rap old-school de Vico C commencent à monter sur scène pour improviser ou se défier entre eux en rappant sur les instrumentaux des morceaux les plus connus de l'époque de Rap américain ou de Reggae importé de Jamaïque. Ces instrumentaux étaient enregistrés sur les faces B des vinyls. Il est aussi dit que pour les rendre plus dynamique et dansant, les DJ choisissaient une vitesse de rotation de 45 tours par minute au lieu de 33.

Ce mouvement, qui se nourrit du Hip-Hop américain et du Reggae et Dancehall jamaïcain, rappé en espagnol, porte alors le nom de Melaza puis d'Under ou Underground. Cette musique est enregistrée dans les marquesinas (garages portoricains) et distribuée grâce aux cassettes. Ces enregistrements de bonne qualité vont permettre la popularisation de ce mouvement auprès de la jeunesse de tous les milieux sociaux de Porto Rico, brisant toute barrière socio-économique.

Au départ, ce courant musical est illégal. La police lance de nombreux raids afin de confisquer des centaines de cassettes dans les magasins de musique en se basant sur le code pénal qui protège contre l'obscenité. En effet, les paroles de ces titres, issus des communantés urbaines pauvres considérées comme marginales, parlent exlicitement de la drogue, de la violence, de la pauvreté, de l'homophobie, de l'amitié, de l'amour et surtout du sexe. Dans les écoles, le Ministère de l'Éducation interdit le port de vêtements amples de type baggy et bannit le Rap Underground afin d'éradiquer cette musique à la source. Durant les premiers mois, les médias locaux diabolisent les rappers qui produisent une musique artistiquement pauvre et véhiculant un message immoral. Ils les accusent de menacer l'ordre public à cause du contenu antisocial de leurs paroles.

Se crée alors un marché invisible, qui devient rapidement important. La musique circule grâce à des réseaux informels et par la copie de cassettes. La musique Underground permet à la jeunesse de s'exprimer. Les premières cassettes à succès sont celles de DJ Negro avec sa série "The Noise I" (1992) et "The Noise II" (1993) et celles de DJ Playero avec sa suite "Playero #37" (1992) et "Playero #38" (1993/1994). Des titres comme Maldita Puta de Guanabanas Podridas ou Bien guillao de ganster de Don Chezina que l'on trouve sur "The Noise I" révèlent toute la brutalité de la rue et traite de violence, de sexe et de drogue. Il est intéressant de noter que la majorité des arrangements musicaux sont des rythmes de Reggae transcrits sur des instruments qui appartiennent au registre du Rap. Ces enregistrements permettent de faire découvrir une nouvelle génération d'artistes portoricains dont Baby Rasta et Gringo, Maicol et Manuel, Polaco, Don Chezina, Master Joe y O.G. Black et le plus tard célèbre Daddy Yankee.

"The Noise III", enregistré en 1993, se différentie des 2 albums précédents. Les pistes sont plus lentes et délivrent un message positif voir romantique afin de respecter les mesures prises par les autorités. Malgré cela, l'album recontre un franc succès, en particulier Cierra los ojos de Baby Rasta y Gringo.

La musique Underground trouve inévitablement sa place dans les médias. Elle passe d'un genre clandestin à la seule musique que l'on peut entendre à Puerto Rico. Elle peut enfin être vendue officiellement. La musique Underground prend d'abord le nom de Dem Bow pour enfin s'unifier sous le label de Reggaetón. Elle vise le jeune public latino.

La commercialisation n'eut pourtant pas que des effets positifs sur le Reggaetón. En effet, certains groupes, et en particulier DJ's Enemigos, commencèrent une guerre entre chanteurs au travers de leurs textes. S'en suit une escalade d'inimitié et de ressentiments publics qui font s'écrouler la côte de popularité de ce genre musical. Petit à petit, les stations de radio tentent de dissocier leur image et leur nom du Reggaetón, à tel point que certaines radios en font leur slogan : "tocamos de todo, menos Reggaetón" que l'on peut traduire par "nous jouons de tout, sauf du Reggaetón". Un accord entre les divers groupes permet de mettre fin à ces disputes.

Par la suite, le Reggaetón, bien qu'écouté par les jeunes, reste dans la pénombre. Il faut attendre les années 2000 pour qu'un duo, Hector y Tito, parvienne à remplir des salles de concert et à produire des titres que le public va s'empresser de danser comme Baila Morena. Puis, le Reggaetón attire l'attention des producteurs dominicains, élevés à Boston, Francisco Saldana et Victor Cabrera. En 2001, avec le soutien d'un important producteur portoricain, le duo s'installe sur l'île sous le nom de Luny Tunes. De suite, ils redéfinissent le Reggaetón en lui donnant un aspect commercial avec des cœurs, plus de cuivres, des flûtes et des guitares. Le rythme dem bow est presque toujours présent. À partir de 2003, il produisent entre autre le duo Wisin y Yandel, aussi surnommé le Dúo Dinámico, qui portera ce style de Reggaetón.

Reggaetón - Wisin y Yandel

Wisin y Yandel

C'est leur son que le public va découvrir à l'échelle mondiale durant l'été 2004 grâce au tube planétaire Gasolina de Daddy Yankee.

Le Reggaetón dans le monde.

En 2003, Lorna obtient un grand succès en Amérique et en Europe avec son titre Papi Chulo. Ce n'est pourtant pas suffisant pour lancer le Reggaetón. Il est oublié aussi rapidement qu'il est venu. Bien que beaucoup d'artistes comme Tego Calderon, Daddy Yankee, Hector y Tito, Luny Tunes et Noriega formant le Mas Flow, Yaga y Mackie, Zion y Lennox, Plan B, Speedy... soient populaires auprès du jeune public américain, ce n'est qu'en 2004 que le Reggaetón s'est pleinement répandu aux États-Unis. En effet, cette année-là, le rapper N.O.R.E. enregistra le single Oye mi Canto qui devint un hit aux US.

Il fut suivi de Daddy Yankee avec son album Barrio Fino incluant son fameux Gasolina, titre au succès planétaire qui permit d'introduire, fin 2004, le Reggaetón partout dans le monde. La tournée internationale Barrio Fino passant par la Russie, la Pologne, la France et la plupart des pays d'Amérique latine lui permit d'obtenir 6 disques de platine soit 60 millions de copies vendues. La même année, devant le succès rencontré par ce genre musical, XM Radio lance sa première chaîne de Reggaetón intitulée Fuego. En 2005, les Billboard Latin Awards créent une nouvelle catégorie "Album Reggaetón de l'année".

Reggaetón - Daddy Yankee

Daddy Yankee

Un autre artiste important qui contribua énormément à la popularité du Reggaetón, spécialement en Europe, est Don Omar avec des titres comme Pobre diabla ou Dale don dale. En 2006, son album King of Kings devient l'album de Reggaetón qui a atteint la meilleure place au Top 10 américain. Ceci confirme la popularité gandissante de ce genre musical. Daddy Yankee confirme ces très bonnes ventes en 2007 avec El Cartel III: The Big Boss.

Reggaetón - Don Omar

Don Omar

Le Reggaetón est donc aujourd'hui très populaire, surtout auprès des jeunes, à Porto Rico, au Panamá, à Cuba, en République Dominicaine, au Mexique, en Colombie, au Chili, en Argentine, au Costa Rica, au Vénézuela, au Pérou et aux États-Unis, plus particulièrement dans les grandes villes où la population latino est importante comme la Floride, New-York, Boston, Chicago... Les reggaetoneros sont considérés comme des immenses stars. À tel point qu'en 2006, Pepsi a même tourné une publicité dans laquelle on retrouve Daddy Yankee.

En Europe, le Reggaetón n'a cependant jamais atteint la popularité qu'il a pu obtenir en Amérique même si ponctuellement, certains tubes marchent bien comme par exemple Papi Chulo de Lorna en 2003, Gasolina de Daddy Yankee en 2005 ou Dile de Don Omar en 2007. L'Espagne reste une exception, probablement à cause de la forte immigration qu'elle reçoit depuis les pays d'Amérique latine. De nombreux tubes de Reggaetón y furent élus chanson de l'année comme Papi Chulo en 2003, Baila Morena de Hector y Tito en 2004 et Gasolina en 2005. De ce fait, nombre d'artistes de Reggaetón venus du Panamá ou de Puerto Rico ont effectué des tournées en Espagne.

Il est intéressant de noter que bien que le Reggaetón ait touché le monde entier, la grande majorité des artistes viennent de Porto Rico. Saldana de Luny Tunes dit d'ailleurs : "Si tu ne commences pas par un hit à Porto Rico, cela va être dur pour toi. C'est pour cela que tous les reggaetoneros viennent de Porto Rico. Tu dois d'abord avoir du succès à Porto Rico et puis ensuite, tu peux t'attaquer au reste du monde".

10.7.2. Le Cubatón.

Le Cubatón ou Reggaetón a lo cubano est souvent considéré comme étant un sous-genre du Reggaetón. En fait, cela désigne, comme son nom l'indique, le Reggaetón de Cuba (le mot Cubatón vient de la fusion des mots "Cuba" et "Reggaetón").

L'origine du Cubatón a été marquée par différents groupes à partir de 1999 à Cuba. Le style a été repris de l'Amérique latine, notamment de Porto Rico. Le premier groupe à avoir été connu avec ce nouveau style de musique s'appelait SBS (Sensational Boys of the Street). Il était très populaire auprès des adolescents cubains, puisqu'il présentait un style nouveau inspiré du Rap avec des influences portoricaines et un mélange de musique cubaine. Plus tard, d'autres groupes se sont formés et sont devenus célèbres dans le pays entier, comme Candyman, qui a réussi à être dans le Top 10 avec son style très original. La musique de Candyman avait une influence jamaïcainne, puisqu'il vit dans la région orientale de Cuba (Santiago de Cuba), où les radios jamaïcaines de Reggae comme Irie-FM peuvent être captées. À partir des années 2000, divers groupes ont réussi, comme El Médico, Tegno Caribe, Triángulo Oscuro, Máxima Alerta, Pandalla X, Concepto, Baby Lore & El Insurrecto, Gente de Zona, Eddy K, Elvis Manuel (mort noyé en tentant la traversée pour rejoindre la Floride), Leyenda Urbana, Clan 537, Control Cubano, Yulien Oviedo y Blad MC, Cola Loca, Junior & De Calle, Los Faracones, William Sanchez, El Micha, Los 3 Gatos, Acento Latino... Beaucoup d'entre eux sont connus dans le monde entier. Ces groupes mélangent le Reggaetón avec de la musique de leurs racines cubaines et il en résulte le Reggaetón typiquement cubain.

Alors que les Européens associent Cuba avec la Salsa, le Cha Cha Chá, le Mambo ou le Son, la jeune génération cubaine écoute du Cubatón. Il domine aujourd'hui les charts. Il peut être entendu partout dans la rue, dans les clubs...

Le rythme du Cubatón, enrichi de toute la culture (plus particulièrement la Salsa et la Timba) et des percussions cubaines (timbales et congas), différe de celui du Reggaetón de Porto Rico. Il reste tout de même puissant et lancinant. Cependant, le Cubatón est plus mélodique.

Les paroles du Reggaetón d'Amérique latine sont marquées par des mots discriminatoires et méprisants, ce qui est également habituel dans le Hip-Hop. La plupart des groupes cubains n'adoptent pas cela. Dans leurs chansons, ils interprètent plutôt la joie de vivre cubaine, l'amour, la danse et la fête. C'est ce que leur public aime et ce qui rend l'ambiance festive dans les carnavals, les fêtes et les discothèques. Les groupes cubains font constamment de la nouvelle musique et continuent à travailler pour être encore plus populaires auprès de leurs fans du monde entier. Par ailleurs, de plus en plus de groupes de Reggaetón se forment, d'une meilleure qualité, malgré toutes les difficultés et l'acceptation dans ce pays. La scène de cette musique défend le genre avec dévouement et passion, ce qui montre qu'il y a un bon Reggaetón cubain malgré tout.

10.7.3. Le vocabulaire du Reggaetón.

Les thèmes du Reggaetón sont très variés. Le Reggaetón est, à l'image du Rap et du Reggae, le moyen d'expression des groupes marginaux (secteurs défavorisés de la société et ghettos). Comme pour la plupart des musiques populaires de la classe ouvrière, les paroles sont souvent liées à la réalité et au quotidien de la rue : la pauvreté, les malentendus, les situations injustes, l'amour, la passion, le sexe, l'infidélité, la fête, la danse, la corruption politique, la drogue, la haine ou le racisme. Néanmoins, la femme est de loin le thème principal du Reggaetón et est présentée d'un point de vue machiste.

De plus, la qualité des paroles laisse beaucoup à désirer, l'objectif des reggaetoneros étant plus le rythme que la qualité du discours. Le Reggaetón utilise beaucoup de mots de la rue dont le sens original est détourné. Voici une liste de quelques expressions couramment utilisées dans les chansons :

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10.7.4. La mode du "tón".

Il est très fréquent (ceci est très à la mode à la fin des années 2000) de trouver un passage de pur Reggaetón dans un morceau qui n'en est pas. Ainsi, mélangé à une Salsa on obtient une Salsatón (genre obtenu la première fois par la collaboration entre le salsero Jerry Rivera et le reggaetonero Voltio sur le titre Mi libertad, une reprise de Frankie Ruiz), à une Timba une Timbatón ou Timba-Reggaetón, à une Bachata une Bachatón (aussi appelé Bachateo), à une Cumbia une Cumbiatón ou à un Merengue un Merenguetón.

Ainsi, de nombreux artistes utilisent le Reggaetón pour profiter de cette nouvelle vague musicale : Celia Cruaz avec La negra tiene tumbao, Mey Vidal et El Médico de la Salsa avec Better than that, Shakira avec La tortura, Ricky Martin et Daddy Yankee avec Drop it on me ou R. Kelly et Wisin y Yandel avec Burn it up ne sont que quelques exemples.

10.7.5. Un avenir incertain...

Bien que le Reggaetón ait conquis un large public, il reste très critiqué sur beaucoup de points : paroles, proposition musicale et danse associée. Voici les arguments avancés par les opposants à ce style musical.

Du point de vue des paroles, le niveau de langue est souvent celui de la rue, familier voir vulgaire, injurieux et aggressif. Il véhicule un message, assené par la répétition, dont le contenu est le plus souvent explicitement sexuel et machiste. La femme est alors considérée comme un vulgaire object de plaisir sexuel ("pégate y motívame", "baila morena", "castigala", "tu cuerpo en la cama", "muévete y perrea", "cara de bellaca"...). De plus, afin que ces titres ne soient pas interdits sur les médias de masse, les paroles contiennent régulièrement un double language qui permet d'estomper cette vulgarité (par exemple, le mot gasolina dans le titre du même nom de Daddy Yankee ne signifie pas "essence" mais "sperme").

En ce qui concerne la musicalité, le rythme de base est unique et utilisé brutalement par la plupart des morceaux de Reggaetón. Il n'y que peu de variations rythmiques. Les mélodies quasi inexistantes sont, comme les paroles, reléguées au second plan. Seul le rythme et la pulsation ne compte pour faire danser les gens. Les arrangements et les harmonies sont donc très minimalistes voir même réduits à néant.

La danse associée au Reggaetón est appelée le perreo (vient du "perro", chien). Ses détracteurs dénoncent une danse trop suggestive, provocatrice et sensuelle voir même à connotation sexuelle explicite. Cette danse grotesque et vulgaire est indécente et contraire aux bonnes mœurs, à tel point qu'elle est souvent qualifiée de "sexe habillé". Certains considèrent qu'au travers des mouvements, le but est d'exhiber le corps en laissant imaginer sa "valeur" sans les vêtements. Le corprs, propriété individuelle devient dont un vecteur social. L'acte sexuel étant banalisé et exposé aux yeux des plus jeunes qui participent à cette danse dès leur plus jeune âge.

De fait, le Reggaetón est pour beaucoup, dont de nombreux rappeurs latino-américains, "un rythme stupidifiant visant à faire bouger les hanches et non le cerveau". Il s'ensuit qu'il est considéré comme ne faisant partie ni du Hip-Hop, ni du Rap, ni même des musiques latines. Sa pauvreté linguistique, son rythme unique et récurrent, son machisme, le style vestimentaire excentrique des reggaetoneros qui imite celui des rappeurs des US, sa danse mimant explicitement l'acte sexuel en font en effet un sujet des critiques des jeunes hoppeurs latino-américains qui le considèrent comme un parasite. Le Reggaetón, en tant que musique hybride, cristalise donc les critiques des amateurs de Hip-Hop, de Reggae et de musiques latines.

À cela, il faut ajouter les nombreuses discussions des autorités nationales régissant les médias qui se posent la question de l'interdiction du Reggaetón pour ses paroles ou en pensant au perreo (interdiction de chansons de Voltio, Yaviah ou Calle 13 par la République Dominicaine en 2006, tentative d'interdiction du perreo par le gouvernement portoricain, articles polémiques dans le journal El tiempo en Colombie, une des chansons de la tournée live "Barrio Fino en directo" de Daddy Yankee déconseillée aux enfants suite aux propos de Snoop Dogg...).

Vu les critiques que récolte le Reggaetón et sachant le succès rapide mais assez bref qu'il a obtenu en 2004/2005, sommet de sa gloire, nombreux sont ceux qui pensent que ce genre musical ne peut pas perdurer longtemps. Cependant, des titres de meilleure qualité on vu le jour (le Cubatón en est un des meilleurs exemples). D'autre part, on retrouve de plus en plus le Reggaetón non comme un genre à part entière mais mélangé à beaucoup d'autres genres musicaux latins comme la Cumbia, la Salsa, le Merengue, la Bachata, la Pop latine ou la Techno. L'avenir nous dira si ces fusions sont l'avenir du Reggaetón...

10.7.6. Les rythmes et l'instrumentation.

Comme pour le Hip-Hop, la plupart des artistes de Reggaetón récitent leurs textes à l'image des rappeurs. Cette tendance s'estompe peu à peu car de plus en plus de reggaetoneros sont aussi chanteurs donc le texte rappé est souvent mélangé voir même remplacé par des paroles chantées.

Au départ, le plus large public du Reggaetón sont les jeunes qui souhaitent faire la fête. On y retrouve toutes les ficelles que l'on connaît déjà dans la Timba : des phrases ou thèmes d'accroche souvent répétés ("a ella le gusta la gasolina") et de nombreuses interactions avec le public ("dame la cintura", "manos arriba" ou "muevete" qui signifient respectivement "bouge les hanches", "les mains en l'air" et "bouge-toi").

Le Reggaetón est avant tout un genre musical dansable. Ceci explique la prédominance de la section rythmique, syncopée, hachée, répétitive et lancinante. Elle est dérivée du rythme jamïcain appelé dem bow. Ce rythme a été popularisé en 1991 par le musicien de Dancehall Shabba Rank dans son morceau intitulé Dem Bow. Il met en avant une forte syncope jouée par la caisse claire.

Voici l'accentuation de base du Reggaetón, qui est ensuite enrichie par des rolls et des ghost notes pour obtenir le rythme complet du dem bow :

Reggaeton (batterie - boîte à rythme)

Reggaeton (batterie - boîte à rythme)

  Extraits sonores  

Le dem bow est la cellule rythmique de base du Reggaetón, la colonne de sa section rythmique. Il se retrouve dans tous les titres de Reggaetón à tel point qu'il fait partie des caractéristiques propres de ce genre musical. C'est l'équivalent de la clave pour la Salsa. Il existe différentes variations autour de ce dem bow central comme le bam bam riddim ou le poco riddim.

Sur le plan de l'instrumentation et de la production des sons, le Reggaetón est avant tout une musique électronique (ordinateurs, boîtes à rythme, synthétiseurs...). On constate que l'accès à de nouveaux logiciels de musique toujours plus perfectionnés (samplers, séquenceurs...), offre des bonus techniques inédits aux producteurs et aux DJ de Reggaetón, davantage encore que pour le Rap et le Hip-Hop. Cette recherche de sonorités est évidente quand on écoute la caisse claire. Alors que dans un titre de Hip-Hop, on n'entend en général qu'un son de caisse claire, le Reggaetón peut en proposer des dizaines, variées en tonalité, qui vont changer en fonction du passage dans le morceau. De même, les voix sont souvent distordues et les basses rendues très profondes. Le Reggaetón est résolument un produit de l'ère numérique.

Enfin, une des particularités du Reggaetón est qu'à la différence d'autres genres, il ne possède pas de structure pré-définie. Ce genre musical peut se construire avec tout type d'instruments, du violon ou violoncelle à la guitare en passant par toute sorte de percussions et de synthétiseurs. De même, il peut inclure toute influence musicale comme une mélodie orientale, tropicale, hindoue ou africaine. De plus, le Reggaetón ne se plie à aucune métrique particulière. Ceci offre un fort potentiel d'originalité et de création aux reggaetoneros.

10.7.7. À écouter.

De nombreux groupes cubains et porto-ricains produisent du Reggaetón :

  • Daddy Yankee ("Gasolina", "Echale pike")
  • Wisin y Yandel ("Atrévete", "Ella lo baila pagao", "Pégate y motívame", "Rakata")
  • Gente D'Zona ("Animal", "Ya llegaron los Cubanos", "Ella tiene el pelo largo", "Pa'la calle")
  • Tego Calderón ("Ni fu, ni fa", "Métele sazón", "Lo lamento", "Llévatelo todo", "Cuando baila Reggaetón")
  • Luny Tunes
  • Don Omar ("Anda sola", "Morena", "Dale don dale", "Entre tú y yo", "Rompe")
  • Hector 'El Father' ("El teléfono")
  • Tito 'El Bambino' ("Sol, playa y arena")
  • Plan B ("Tocarte")
  • Calle 13 ("Tocarte toa")
  • Elvis Manuel ("La tuba", "La mulata")
  • Cola Loca ("Americana", "El padrino", "A mi me va bien")
  • Los 4 Salvajes ("Fresa y chocolate", "Lo que pasa una vez pasa dos veces", "Quitate tu pa'ponerme yo", "A quién le toco le toco", "Como te falta", "Date tu lugar", "Dile que perdio", "Dime que has hecho")
  • Este Habana ("¿Donde Están?", "Como vengo", "Baja pa'la Habana", "Virando la Habana al reves")
  • Control Cubano ("Chiquita")
  • D'Calle ("Echale un palo")
  • Calle 35 ("A ti te gustan los yumas")
  • Miguelito ("Móntala")
  • El Medico ("Brujería", "Pin-pon")

Les groupes les plus en vogue ont intégré dans leur répertoire des titres de Salsatón ou ont partagé un morceau, souvent de Timba, avec une star du Reggaetón :

  • Isaac Delgado ("Fiesta")
  • Paulito FG ("Me gusta tanto")
  • Charanga Habanera ("Gozando en Miami", "Ay amor !" ou "El cucurucho")
  • Manolín, el médico de la Salsa ("Arriba de la bola")
  • Manolito Simonet y su Trabuco ("El Control")
  • Azúcar Negra ("Mi única vida")
  • El Gran Combo de Puerto Rico avec Yaga y Mackie ("Brujeria")
  • Haila Monpie et El Micha ("Dando y dando" ou "Soy la mujer")
  • Maraca ("Castígala")
  • La India avec Cheka ("Soy diferente")
  • Sonora Carruseles avec Bimbo ("Micaela - remix")
  • NG la Banda (album Salsatón)
  • Tirso Duarte (album Timba con Reggaetón)
  • Tito Nieves avec La India, K Mill et Nicky Jam ("Ya no queda nada")
  • Andy Montañez avec Daddy Yankee ("Sabor a melao")
  • Brenda K Starr ("Damelo")

10.7.8. À voir.

10.7.9. Références.

Histoire du Panamá :

'El General' :

Nando Boom :

Vico C :

DJ Negro :

DJ Playero :

Luny Tunes :

Daddy Yankee :

Le Reggaetón :

Le Cubatón :

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