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6.10. La Tonada Trinitaria.

   

6.10.1. Naissance de la Tonada Trinitaria.

Suite à des migrations internes, les coros de clave des régions de la Havane et de Matanzas se répandent au 19ème siècle jusqu'à Sancti Spíritus et à Trinidad. C'est dans cette dernière ville, située dans l'ancienne province de Las Villas, qu'un type de chorale similaire aux coros de clave se développe. Ce sont les Tonadas Trinitarias (qui signifie Tonada de Trinidad). Certains avancent qu'elles ont vu le jour après la guerre de Dix Ans (1868-1878) bien que d'autres, comme Manuel Quesada Puig, affirment que l'on trouve des traces de l'existence des Tonadas Trinitarias dès 1851. Il est en général indiqué que Patricio Gascón, joueur de tambour à coin africain, est le créateur de ce genre bien que des doutes aient été émis car il serait né en 1840, ce qui le rendrait trop jeune pour cela.

Les Tonadas Trinitarias, d'abord appelées Fandangos, se chantaient et se jouaient pour la fête de Saint-Jean (23 juin) et de Saint-Pierre (29 juin). Les musiciens se rassemblaient dans les rues pour jouer toute le nuit. Au petit matin, une tradition voulait qu'ils aillent à la rivière pour s'y laver le visage pour se purifier des mauvais esprits. Les Tonadas Trinitarias étaient également interprétées le soir de Noël, la veille du Nouvel An, le Día de Reyes (6 janvier, Épiphanie), le jour de la Chandeleur (2 février) et lors de certaines fêtes patriotiques comme le 24 février ou le 10 octobre (en référence au 10 octobre 1868).

Le développement des Tonadas Trinitarias est très lié au cabildo du nom de Congos Reales, cabildo majeur de la ville de Trinidad. Les Tonadas Trinitarias se jouaient alors pour la fête de la Saint-Antoine (13 juin), patron de la confrérie des Congos Reales.

Les Tonadas Trinitarias cessèrent de se produire dans les rues en 1985, à la mort de ses principaux représentants, Alfonso Puig et Venerando Lugones. Aujourd'hui, ce style tombé dans le domaine du folklore est encore joué à Trinidad grâce à des groupes ou des musiciens, subventionnés par le Ministère de la Culture, qui ont appris à jouer cette musique qui s'est transmise oralement de génération en génération. Ainsi, les neveux d'Alfonso Puig, Manuel Quesada Puig et de Venerando Lugones, Francisco Cuéllar Lugones, tentent de préserver cette tradition musicale.

6.10.2. Instrumentation.

Les groupes de Tonadas Trinitarias se composent d'un chanteur soliste, d'un chœur mixte, de 3 tambours, d'une muela ou guataca (partie métallique d'une houe servant de cloche) et d'un guïro. Les musiciens portent le nom de tonadistas.

Les tambours de Tonadas Trinitarias sont propores à la ville de Trinidad. Ils ont également été utilisés autrefois dans les villages de Caracucey et de Condado, proches de Trinidad, ainsi qu'à Cienfuegos. Ils se composent d'une seule pièce à partir d'un tronc d'arbre, souvent d'avocatier ou de caroubier, évidé. Ces instruments de forme cylindrique ne possèdent qu'une seule peau de bouc ou de mouton tendue à l'aide d'une corde, la jico. Elle se fixe sur une autre corde qui entoure le fût à environ mi-hauteur, la zuncho. L'ensemble est accordé par tension grâce à des coins d'une quinzaine de centimètres qui sont introduits entre ce cordage en agave et le fût du tambour.

Tambour de Tonada Trinitaria

Tambour de Tonada Trinitaria

Ces tambours, de petite taille et d'utilisation profane, sont directement originaires de la côte africaine des Calabars. Ils possèdent une grande similitude morphologique avec les trois tambours enkómos qui font partie de l'ensemble de percussions appelé biankomeko des rites abakuás. Les 3 tambours de Tonadas Trinitarias ont une profondeur à peu près similaire qui correspond à celle de l'obí-apá abakuás (environ 35 centimètres). Cela en fait des tambours faciles à transporter. Le système de tension de la peau par coins ou le fait que le fût verni ne porte aucune décoration viennent confirmer cette origine carabalí.

Les tambours de Tonadas Trinitarias se différencient de ceux abakuás car les premiers sont cylindriques alors qu'en général, les seconds ont une forme légèrement conique.

Les 3 tambours de Tonadas Trinitarias ont une taille quasi-identique mais sont accordés différemment. Chacun porte un nom en fonction de son registre sonore :

  • le tambour le plus aigu est nommé quinto ou requinto. C'est le tambour improvisateur ;
  • le tambour médium est appelé marcador ou solo golpe. Son nom lui vient du fait qu'il marque le temps, rythme très simple qui consiste en une succession de percussions régulières. Le nom solo golpe est également donné au tambour biankomé de la musique abakuá qui possède une fonction analogue ;
  • le tambour le plus grave porte le nom de bombo ou salidor. Il permet d'asseoir la rythmique. Il ne présente pas de similitude morphologique avec son homologue européen bien que tout deux se placent dans le registre sonore grave, ce qui explique peut être le fait qu'ils aient le même nom.

Ces tambours se percutent à main nue. Ils sont placés entre les jambes du percussionniste, maintenus avec les genoux.

6.10.3. Structure de la Tonada Trinitaria.

La Tonada Trinitaria inclut des éléments espagnols issus des paysans blancs dans le chant et des éléments des esclaves africains dans le rythme et les instruments. Le caractère africain est plus marqué que dans les Cantos de Clave.

La Tonada Trinitaria commence par le chanteur soliste appelé le gallo, qui introduit la tonada ou la tema (le thème). Ensuite, les percussions entrent unes par unes, en commençant par le bombo, puis le marcador et enfin le quinto. Le rythme sera maintenu jusqu'à la fin du morceau. Après un certain temps, le chœur répond à la tonada. Ensuite, le soliste et le chœur se répondent par alternance.

La Tonada Trinitaria se joue avec un rythme en 6/8 ou en 2/4 que certains considèrent proche de la Columbia. Le mode mineur comme le mode majeur peuvent être utilisés. Le chant a la particularité de presque toujours commencer en anacrouse.

Le thème des Tonadas Trinitarias peut être patriotique, sentimental, religieux ou commenter une actualité sociale. Souvent, plusieurs gallos représentant divers quartiers tels que Jibabuco ou El Simpá se livraient à une joute verbale satirique, les controversias, à la manière des décimistes ruraux. Ces Tonadas Trinitarias portent le nom de Tonadas de puya (Tonada de défi et de provocation) et finissaient souvent en esclandre.

6.10.4. Les chants.

Chant :

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6.10.5. À écouter.

Il est possible d'écouter une Tonada Trinitaria sur l'album "Kalunga" du Ballet folklórico de Trinidad.

6.10.6. Références.

La Tonada Trinitaria :

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