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3.4. Les Abakuás.

   

3.4.1. Les sociétés Ekpé.

Au 17ème siècle, la région côtière de la Cross River qui longe le golfe du Biafra au sud-est du Nigeria et au sud-ouest du Cameroun abrite divers groupes ethniques dont :

  • les Ibibíos qui comprennent les Efiks, les Anangs, les Ekets et les Oróns ;
  • les Ekois ou Ejaghams qui incluent les Kwas et les Efuts ;
  • les Ibos ou Igbos qui intègrent les Adas ou Eddas, les Ikas, les Onitshas, les Isuamas, les Briches et les Ndokos ;
  • les Ijaws, Iyós ou Ijos ;
  • les Yabos composés des Abayongs et des Uyangas ;
  • les Mbembes ;
  • les Ododops ;
  • les Hausas.
Groupes linguistiques de la région du Calabar

Groupes linguistiques de la région du Calabar

Pour des raisons inconnues, la plupart des Efiks, principale ethnie Ibibío, initient une migration en direction du sud de la Cross River, chassant les Ekois déjà présents. Ils fondent Ikot Itunko (Creek Town) et plus tard Obutong (Old Town), Atakpa (Duke Town) et Abakpa (Big Qua Town). Cet ensemble de villes quasi adjacentes est considéré par les colons européens comme une seule région nommée Calabar.

Région du Calabar

Région du Calabar

Les groupes ethniques Kwa et Efut possédaient des sociétés secrètes appelées Ngbe, Ngbè, Ugbe ou Obè réunies autour du culte du léopard. Cet animal, qui porte le nom de ngbe en langue Ejaghams, est communément perçu comme un être demi-dieu symbole de force et pouvoir en Afrique. Les Efiks, en envahissant une partie des territoires Ekois, copient les sociétés Ngbes et les nomment Ekpé, Ékpè ou Egbo (qui signifie léopard mais en Efik).

En l'absence d'un pouvoir royal centralisé omnipotent, dans une région où la vie sociale est organisée sur le principe de communautés autonomes, les sociétés Ekpés s'imposent comme unique pouvoir politique sur la région du Calabar. Chaque ville ou village possède sa loge où résident un chef local, un médecin et un prêtre. Ce gouvernement centralisé nourrit un réseau d'engagement qui relie les peuples entre eux.

Outre la politique, la société Ekpé influence les domaines spirituels et contrôle le commerce. La traite des esclaves va faire émerger à Old Calabard, principal port de la Cross River, une nouvelle classe de marchands Efiks qui utilisent l'autorité légitime des Ekpés pour accroître leurs réseaux à travers la région. La demande européenne s'accroît, rendant ce trafic extrêmement lucratif. La compétition et les batailles entre les différents groupes Ekpés pour contrôler les lieux de commerce génèrent une lutte fratricide qui alimente le trafic négrier. De nombreux africains, dont une majorité d'Efiks, incluant des hauts dignitaires Ekpés, sont capturés et déportés vers les plantations des Caraïbes.

3.4.2. Les Abakuás à Cuba.

Dès la seconde moitié du 18ème siècle (les premières traces datent de 1762), l'esclavage déplace vers Cuba des milliers d'africains de la région de la Cross River. Quelque soit leur appartenance ethnique, il sont regroupés sous le nom de Carabalís (déformation de Calabarí, mot qui désigne les habitants du Calabar).

La première société Abakuá.

À Cuba, depuis le 16ème siècle, les esclaves africains se réunissent en groupes de nation appelés cabildos. Sur ce modèle, les Carabalís fondent diverses sociétés d'entraide mutuelle à la Havane, à Matanzas, à Cárdenas, à Santiago de Cuba et à Cienfuegos. Vers le milieu du 18ème siècle, sur les 21 cabildos de la Havane, 5 sont carabalís brícamo. Au 19ème siècle, on dénombre 20 cabildos carabalís à la Havane, 1 à Matanzas, 4 à Camagüey, 3 à Santiago de Cuba et 5 dans les 10 autres procinves. Ces cabildos jouent un rôle essentiel dans la préservation de la langue et des cultures africaines.

Parmi les hauts dignitaires Ekpés déportés, détenteurs de savoirs traditionnels, certains décident en 1836 de recréer les sociétés africaines auxquelles ils ont appartenu (la possibilité de rachat de liberté facilitée au 19ème siècle octroie à la population de couleur une autonomie qui favorise ce système de société à la Havane). Naît alors dans le faubourg portuaire havanais de Regla (à l'époque, débarcadère pour esclaves, majoritairement peuplé d'africains déportés et séparés de la population de la Havane) la première société secrète Abakuá appelée Efík Ebutón, Efí Ebutón, Efík Butón, Efí Butón, Efí Acabutón ou Efí Kebutón fondée par le prince Ápapa Efí Ákamaró sous le patronage, pour certains, du cabildo carabalí Ápapa Chiquitos (Efí) et, pour d'autres, du cabildo carabalí brícamo appelé Ápapa Efó. Efík Ebutón, dont le nom provient de la ville Obutong du Calabar, fonctionne sur le modèle et prolonge les loges Ekpés de la société Efiks et les loges Ngbes de la société Efut/Kwa centrées sur le culte du tambour ekué. Il est fort possible qu'Efík Butón soit la première loge publique mais que la société Abakuá soit le résultat d'une évolution qui a débuté dès la fin du 18ème siècle. Les Efiks sont appelés Efís à Cuba.

Cette société, fraternité à rites initiatiques réservée aux hommes uniquement (alors que les femmes étaient autorisées dans les cabildos), permet de résister contre les violences coloniales et les conditions économiques difficiles. Grâce à un fond commun, les membres qui le nécessitent peuvent être aidés économiquement. Elle permet également de payer la libération d'un de ses membres. À l'inverse des cabildos seulement composés de negros de nación ou bozales (esclaves nés en Afrique), la société Abakuá s'ouvre aux Noirs créoles. Les descendants carabalís sont initiés par transmission orale. Les blancs ne sont toutefois pas acceptés.

Le nom de cette société viendrait de la simple transcription du nom donné par les Efiks à la région africaine dite Abakpa ou Àbàkpà habitée par les Ejaghams, affublés du même nom. Cette zone était organisée autour de la ville Abakpá (Big Qua Town).

Cette première société va en parrainer d'autres par filiation : chaque société doit naître d'une autre et les hommes qui fondent une nouvelle société ont forcément été initiés auparavant dans leur société d'origine. Ces organisations prennent le nom de juegos (jeux), potencias (puissances) ou plus rarement tierras (terres), naciones (nations) ou partidos à Cuba. Un juego ne mérite l'appellation de potencia que lorsqu'il a donné naissance à 4 autres juegos, prouvant de cette façon son pouvoir de transmission et sa grande influence. Ses membres sont appelés Abakuás, Abakwás, Abacuás ou Ñáñigos. Ce dernier terme, donné avec mépris par les colons, fait référence aux danses rituelles ñáñigas. Selon Fernando Ortiz, les Abakuás refusent obstinément d'être désignés ainsi, préférant conserver leur appellation en langue Efik : okobio enyène abakua (descendants des Abakuás).

L'enracinement à la Havane.

Suite à la mise en place de la première loge abakuá, le nombre de ces organisations augmente rapidement dans les zones portuaires et industrielles de la Havane (où sont concentrés plus de noirs affranchis qu'ailleurs), malgré les efforts vigoureux et violents de la police pour stopper ce mouvement. Les premiers Abakuás sont donc des dockers, des ouvriers travaillant sur les marchés, sur les chantiers de construction ou dans les usines. À l'image du lignage Efí ayant crée la loge Efík Ebutón, le lignage Efó ou Efor (nom donné aux Efuts à Cuba) crée la potencia nommée Efórisún (nom de la capitale du territoire Efó) en 1840 à Belén sous le patronnage du cabildo carabalís brícamo appelé Ápapa Efó. Le lignage Orú (nom donné aux Oróns à Cuba) met en place le juego appelé Orú Ápapa en 1848 à Jesús María. Les loges ensuite crées, qui portent souvent des noms de villages du Calabar, vont s'inscrire dans l'un de ces 3 lignages "ethnique" majeurs, Efí, Efó et Orú. En 10 ans, près de 40 loges voient le jour à la Havane dont :

  • Efóri Nkomón (terrioire Efó) en 1840 à Belén bien que les réunions régulières aient lieu dans le quartier de Jésús María ;
  • Betongó Naróko Efó (territoire Efó) en 1843 à Jésús María ;
  • Èfik abakuá (territoire Efí) en 1845 à Regla après désintégration d'Efík Ebutón ;
  • Enyón Bakokó Efó (territoire Efó) en 1845 à Belén ;
  • Efí Mbemoró (territoire Efí) en 1846 à El Vedado.

À la Havane, les sociétés Abakuás participent aux défilés du 6 janvier, pour le día de Reyes (jour des rois ou épiphanie). Leurs processions (berómo) très spectaculaires se caractérisent par leurs danses íremes en tenue de cérémonie : long costume à damier multicolore et grand masque conique. Le gouvernement colonial offre l'aguinaldo (pièces en or) à chaque loge qui participe. Cette somme entre dans le fond commun des sociétés Abakuás, notamment pour le rachat de liberté. L'Abakuá devient une part distincte de l'identité culturelle cubaine.

Abakua - Filiation d'Efík Ebutón

Filiation d'Efík Ebutón

Aucune société Abakuá ne voit le jour dans l'Oriente et le centre de l'île. À Santiago de Cuba, les cabildos Carabalís se manifestent au travers de la Comparsa Carabalí. Aujourd'hui, seuls les cabildos Carabalís Isuáma et Olugo, convertis en 1960 en groupes folkloriques par le Conseil National de la Culture, perdurent. À Trinidad, certaines influences abakuás nourrissent la Tonada Trinitaria.

La société Abakuá accepte des blancs.

La première société Abakuá qui accepte des blancs est fondée en 1857 par le métis Andrés Facundo de los Dolores Petit, également connu pour la création de la branche du Santo Cristo del Buen Viaje du Palo Kimbisa, sous le nom de Akanarán Efó Muñón Ekobio Mucarán, Akanarán Efó Muñón Ekobio Mukarará, Akanarán Efó Muñón Ocobio Mukarará ou Okóbio Mukarará Efó. Ce n'est qu'en 1863 qu'Andrés Petit initie les membres qu'il a selectionné et "vend" le secret. Cette loge, de lignage Efó, inclut de nombreux espagnols et descendants de blancs issus de la classe ouvrière mais aussi quelques aristocrates (officiers militaires, politiques... attirés par le prestige de l'Abakuá) et émigrés asiatiques (chinois, philippins). Cela provoque de nombreuses oppositions au sein de la société et de nombreuses rixes entre juegos blancs et juegos noirs éclatent au milieu du 19ème siècle. L'Abakuá devient le premier culte de l'île à accepter des individus de toutes races.

Andrés Petit

Andrés Petit

Les premières loges à Matanzas.

Pour éviter une peine de prison à la Havane, Pedro 'Fresquesita', obonékue (membre) du juego nommé Irianabón Brandí Masóngo, se réfugie à Matanzas. Il y crée en 1862 la première loge dans cette région, appelée Uriabón Efí. La même année, la potencia du nom de Efí Abarakó voit le jour. Suite aux persécutions policiaires que subissent les Abakuás, ils fuient vers Matanzas où ils crée de nouvelles loges entre 1870 et 1880 dont Bakokó Efó en 1877.

La société Abakuá persécutée.

David H. Brown estime qu'en 1881, la Havane abrite 77 potencias et Regla et Guanabacoa, 6. De son côté, Enrique Sosa a dénombré, entre 1882 et 1940, plus de 100 potencias à la Havane, 20 à Matanzas et 10 à Regla et Guanabacoa.

À partir de la seconde moitié du 19ème siècle et jusqu'au 20ème siècle, les Abakuás sont accusés d'être des criminels violents (tout juste sortis de l'esclavage), marginaux et adeptes de sorcellerie. L'ignorance au sujet de leurs croyances et rituels génère de la crainte à leur égard. On leur prête des rites barbares, sanglants et inhumains qui ne peuvent être tolérés dans une société catholique "moderne" et "civilisée". Prenant conscience du potentiel politique de ce sociétés Abakuá "occultes", sortant du cadre légal du cabildo, les autorités coloniales interdisent en 1858 leurs réunions, vues comme séditieuses et criminelles. La pratique Abakuá devient clandestine.

L'influence de la société Abakuá, surtout après les actes révolutionnaires de 1868, est considérée comme une menace pour le gouvernement colonial qui leur défend à nouveau de se réunir. En 1875, ses membres avérés sont envoyés massivement en déportation comme des criminels. En 1876, la police coloniale accuse les Ñáñigos de sacrilège, d'hérésie, d'association illicite et de trouble de l'ordre public. En 1884, les Abakuás, même blancs, ont interdiction d'assister aux fêtes du carnaval du día de Reyes à la Havane suite à la montée des crimes durant cette brève période. Durant les années 1880, la police confisque les fundamentos (objets sacrés et centraux du culte abakuá) dans les temples.

Lorsque Cuba devient une république au début du 20ème siècle, les préjugés raciaux demeurent bien que les blancs soient également admis dans les potencias. L'image de société d'hommes noirs pratiquant un culte maudit aux rites abominables persiste.

Les loges de Cárdenas.

La première loge de Cárdenas fut créée en 1927. Des lois internes Abakuás limitèrent la création de sociétés aux 3 seules villes de la Havane, Matanzas et Cárdenas, malgré des tentatives avortées dans d'autres villes cubaines.

La survie des sociétés Abakuás.

À partir de la révolution de 1959, tout ce qui touche aux Abakuás devient une part du folklore qui doit être préservée, oubliant totalement l'aspect religieux. Les musiques, les danses, l'écriture idéographique et le langage Carabalí deviennent des motifs récurrents dans le théâtre national, la peinture et le cinéma. La compagnie Efi Yaguaremo du théâtre national se consacre à la popularisation de la tradition Carabalí-Abakuá. Plusieurs institutions comme le département d'ethnologie et de folklore de l'Académie cubaine des Sciences, et dernièrement la Fondation Fernando Ortiz, étudient la religion abakuá dans le cadre d'une recherche plus vaste sur l'héritage africain dans cette nation insulaire des Caraïbes.

La société Abakuá a difficilement admis que des groupes dévoilent leur art. Des spectacles folkloriques ont mis en scène leurs mythes, ce qui a parfois crée des émeutes.

Outre cette "folklorisation" de leur culture, la société Abakuá est en train de connaître un renouvellement. En 2002, une nouvelle loge abakuá a vu le jour sous le nom d'Efí Masoñgo Obane. Il y avait 120 loges reconnues en 2005 alors qu'on n'en dénombrait que 89 en 1990 (51 à la Havane, 33 à Matanzas et 5 à Cárdenas). En 2006, il y en avait 147 dont certaines regroupant plus de 20.000 adhérents. En 2007, 153 composées de 20.842 membres. Aujourd'hui, une association abakuá officielle appelée Association Abakuá de Cuba, reconnue par l'état cubain en 2005, réunit toutes les loges. Elle recense 153 potencias à la périphérie urbaine de la Havane (quartiers de Mariano, El cerro, Pogolotti, San Miguel del Padrón, Párragas, La lisa, Guanabacoa et Regla), à Matanzas et à Càrdenas.

3.4.3. La religion.

Les Abakuás pratiquent la religion appelée Ñáñiguismo ou Regla Abakuá. Le système de croyance abakuá dérive de celui des Efiks et des Efuts. Le mythe fondateur (tratado) qui est au centre du culte abakuá raconte l'histoire d'une princesse nommée Sikán, la Sikanekue, originaire de la tribu d'Efor.

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À cette époque, le fleuve sacré Odán, Oddán, Ordán, Oldán ou Ndian séparait les Efors des Efiks, 2 peuples en perpétuel conflit. Abasí, le Dieu suprême, avait choisi de révéler au peuple Efor le secret de la gloire et de la richesse ; un poisson sacré, roi des rivières.

Nasakó, sorcier et devin des Efors, dont les yeux peuvent percer les mystères les plus profonds de l'occulte, put voir à plusieurs reprises les reflets de cet être secret dans son chambuto (miroir magique). Il y apprit que cet esprit ne se dévoilerait non pas à un homme, mais à une femme, la fille Sikán d'Iyambá, roi Efor.

Comme chaque jour, Sikán alla chercher de l'eau à la rivière Odán, à l'endroit où poussait un grand palmier. Sur le chemin du retour, elle sentit que quelque chose bougeait dans le pot à eau qu'elle transportait sur la tête. Une voix terrible prononça alors le mot "¡Ekué!". Terrorisée, Sikán laissa tomber le récipient hors duquel sauta le poisson nommé Tanze, Tanse ou Tansi, incarnation du dieu Abasi, qu'elle avait involontairement capturé. Certains disent que ce poisson contient l'âme de Tanze, roi obón d'Efigueremo disparu, qui possédait un grand pouvoir de prédiction.

La jeune fille, voulut s'enfuir mais le serpent Erukurubén s'enroula autour de ses jambes, la paralysant jusqu'à ce que vint un esprit bienveillant, l'íreme nommé Eribangandó, pour la sauver.

Iyambá appris ce qui s'était passé. Il replongea le poisson dans le pot à eau et entra dans la rivière avec ce récipient sur la tête. Lorsqu'il fut seul avec les eaux et le palmier, il reçut les instructions de Tanze, les secrets du rite ñáñigos. Il garda alors la jarre sur 3 pierres, dans une grotte située près du palmier, cachée de la vue de tous, une énorme pierre en masquant l'entrée. Il (parfois Nasakó) ordonna à Sikán de ne jamais révéler ce qu'elle avait vécu. Quant à lui, en retournant au hameau, il communiqua le secret aux principaux chefs Efors, leur demandant de le garder à jamais sous peine de mort. Suite à une cérémonie initiatique, le roi Efor créa la première potencia. Son peuple vit le pouvoir et la gloire s'accroître sans arrêt. Les récoltes furent abondantes, la chasse généreuse et la santé généralisée.

Afin de consolider la paix dans la région, Iyambá décida de marier sa fille avec Mokongo, fils du roi Efik nommée Chabiaka. Celle-ci s'en alla vivre avec son mari. Mais un jour, par indiscrétion, elle lui révéla le secret de Tanze. Les Efiks décidèrent de mettre la main sur cette source divine de puissance. Ils mobilisèrent leurs forces et imposèrent un ultimatum aux Efors : soit ils livraient Tanze soit les Efiks le prendrait par la force. Incapables de se protéger, les Efors proposèrent de révéler le secret en échange de vêtements, de sel et de musique. Les 7 chefs Efiks (Chabiaka, Mokongo, Mosongo, Efiméremo, Ekueñón, Moruá Yansa et Encademo) et les 7 chefs Efors (Iyambá, Isunekué, Isué, Nasakó, Enkríkamo, Empegó et Abasongo) se réunirent à l'embarcadère d'Usagaré (situé au Cameroun, près de la frontière nigeriane, et connu selon Ivor Miller sous le nom d'Isanguele pour les Camerounais et Usak-Ade pour les Nigérians), sous un palmier. Tous, sauf Nasakó, signèrent le pacte. Cela explique que les dignitaires majeurs du Ñáñiguismo sont 13 et non 14.

Une grande procession eut lieu, la peau du léopard sur laquelle avait été signé le traité en tête. Iyambá distribua les plazas (rôles dans la société) entre les chefs des 2 tribus et traça des signes sur leurs têtes, poitrines, épaules, mains et pieds. Tous se lavèrent le visage et les pieds dans la rivière, sauf Iyambá. La jarre sacrée à la main, ce dernier répéta 7 fois : "Dibó bakarán dibó" qui signifie "Ekue, los jefes militares, Ekue".

Cependant, les Efors durent révéler que pendant ce temps, Tanze, le poisson sacré, prisonnier de sa jarre, avait faibli et perdu la vie malgré les nombreux efforts entrepris pour redonner vigueur au fundamento. Iyambá avait même construit un petit tambour à trois pieds, fait de bois de palmier, dont la peau était faite de celle de Tanze, auquel il avait donné le nom sacré d'ekué, pour reproduire la voix de Tanze. En vain. Le sorcier Nasakó avait essayé sans succès la peau de plusieurs animaux et même celle d'un prisonnier Congo. Finalement, il parvint à la conclusion que seul le sang de Sikán, qui avait trahi le secret, pourrait lui redonner vie. Capturée, elle fut condamnée par Embákara à "mourir pour faire revivre le tambour". Ekueñón la décapita puis la dépeça. Mokongo prit ses intestins pour décorer son bâton. Ses os furent réduits en poudre pour être brûlé comme encens (d'autres disent qu'ils furent transformés en amulettes). Nasakó conserva sa tête dans la jarre. Ses yeux se posent sur ekué.

Le sacrifice de Sikán fut inutile. Tanze ne ressuscita pas. La transmission de sa voix n'eut pas lieu par manque de peau adéquate. Un jour, il essaya d'utiliser la peau d'une mbori (chèvre). Avec ce cuir sur le tambour ekué, le Nasakó put clairement entendre l'uyo (voix du poisson), la voix de l'esprit incarné dans le fundamento. Avec le sang d'un coq fourni par Iyambá (certains disent avec le sang de Sikán), le sorcier nourrit le tambour sacré. L'âme puissante de Sikán se manifesta alors. Elle ordonnait aux 4 obónes (ou chefs de plus haut rang) d'effectuer une offrande à la rivière. Ainsi, revécut l'esprit de Tanze. Une mbori fut sacrifiée et son sang fut offert à ekué. Les pâtes de l'animal furent données aux 4 obónes : l'avant-droite à Iyambá, l'avant-gauche à Isué, l'arrière-droite à Mokongo et l'arrière-gauche à Mosongo qui à leur tour les offrirent aux 4 vents ou 4 points cardinaux.

Cette légende joue un rôle fondamental dans la société Abakuá. Elle constitue la base de l'organisation hiérarchique des potencias. Les fêtes ou cérémonies ñáñigas sont une représentation ou une commémoration de cette histoire racontées grâce aux enkames (chants). Il existe plusieurs versions assez semblables. L'une d'entre elles, racontée par les anciens Abakuás de Matanzas, soutien que Sikán ne révéla jamais le secret et que son sacrifice fut réalisé pour le bien du peuple.

Cette histoire explique que la société Abakuá exclut rigoureusement les femmes (alors qu'elles étaient acceptées dans les cabildo carabalís). Même le bois du tambour sacré ekué ne peut provenir d'un arbre de genre féminin.

3.4.4. Le panthéon religieux.

Les Abakuás ne rendent pas de culte à leurs dieux mais ils reconnaissent des divinités protectrices. Abasí est le Dieu suprême et unique. Il possède de nombreuses similitudes avec Olodumare (Santería) et Sambi (Palo). Son frère, Nyógoro ou Nyogoró représente le diable qui, suite à une guerre familiale, fut envoyé à Menfentingán ou Mefentingán (l'enfer).

Le panthéon abakuá comporte de nombreuses divinités que l'on peut rapprocher de leurs équivalents yorubas :

  • Obbatalá : Obandió, Obebé, Eromina, Abebé, Abbebé, Bromina ;
  • Yemayá : Okandé ou Llarina Oro Conde ;
  • Elegguá : Obiná, Efisá, Abina ;
  • Changó : Okún ou Llarina Allerican ;
  • Oggún : Sontemí, Sotemí ou Efissa ;
  • Ochosi : Sontemí ;
  • Ochún : Yarina Bondá, Yarina Bondé ou Llarina Ibandá ;
  • Oyá : Onifé ;
  • Babalú Ayé : Yenikó, Yiniko ou Itia Arará ;
  • Olokún : Okande ;
  • Shankpanna : Yenikó.

3.4.5. La hiérarchie religieuse.

Il existe trois types de potencias ou ramas (branche) : celle issue des Efós, celle des Efís et celle des Orús. En plus, à la Havane seulement, on trouve la rama des Eforís.

Les sociétés Abakuás respectent une hiérarchie et des règles strictes de solidarité entre initiés qui, pour certains, se placent au dessus de la justice cubaine. Les potencias, sélectives, n'acceptent pas n'importe qui. En effet, il faut être un homme non-homosexuel qui :

  • porte les valeurs les plus dignes d'un être humain : travailleur, fraternel, joyeux, rebelle devant l'injustice, honnête, sans vice... ;
  • accepte un code moral de bonne conduite établi par les créateurs de la société Abakuá : être bon père, bon fils, bon frère et bon ami ;
  • qui a suivi une initiation pendant laquelle il prête serment (on dit jurarse) de ne jamais révéler les secrets du culte d'ekué et ses rites aux non-membres. Ce pacte à vie permit de maintenir un silence hermétique sur les croyances abakuás durant plus de 160 ans.

Une personne qui souhaite entrer dans la société est appelée indisime, endísime, ndisime ou ndisimi (ignorant) alors que les pratiquants déjà admis portent le nom d'obonekué (membre ou confrère) et d'ekóbio ou ocóbio (frère).

Les sociétés Abakuás suivent une organisation hiérarchique qui compte de nombreux grades, les plazas (places). Chacun est chargé, à son niveau, de préserver et faire respecter les normes et les principes rituels et sociaux de la loge. Ceux qui remplissent les charges de gouvernement de la potencia ou exécutent les rites sont appelés abasekiñongos, personal del juego ou placerío et les autres abasekesongos.

Les plus hauts grades de la hiérarchie, les obónes, comprennent :

  • l'iyambá, chef des Efós, responsable et joueur du tambour ekué. Il préside les cérémonies d'initiations ;
  • le mokongo ou mocongo, chef des Efís, qui gouverne les cérémonies extérieures. Il incarne la force virile du guerrier ;
  • l'isué, chef des Orús. Considéré comme l'"évêque de l'Abakuá", il est le gardien et joueur du tambour sese ou seseribó ;
  • l'isunekué, chef des Eforís. Il représente Sikán.

Ensuite, viennent :

  • l'ekueñón, chargé des sacrifices, préparateur de la mocuba et joueur du tambour ekueñón ;
  • l'empegó ou mpegó, maître des anaforuanas, dessins-onction tracé sur les objets rituels et joueur du tambour mpegó ;
  • l'enkríkamo ou nkríkamo, chef des íremes, gardien du fambá, et joueur du tambour nkríkamo, qui est vêtu du ñaña irotán. Il est chargé d'appliquer les châtiments ordonnés par les obónes. On lui donne des fois le nom de bonkri ou obonkri et, quand il guide les íremes, moruá ;
  • le nasakó ou nasacó, le sorcier, créateur du fondement. C'est normalement un palero ;
  • le mosongo qui aide l'iyambá à nourrir l'ekué. C'est le gardien du yin (baguette de palmier qui fait résonner ekué ;
  • l'abasongo qui surveille l'indíseme lorsqu'il va prêter serment pour que celui-ci ne faillisse pas à son engagement.

Les íremes les plus importants portent les noms de :

  • enkóboro, nkóboro ou enkooro, l'íreme le plus ancien et craint. Il veille au strict respect du déroulement de la cérémonie ;
  • eribangandó, qui purifie les chemins processionnels et les initiés et conduit les offrandes vers la rivière ;
  • enkanima ou nkanima, le maître de la forêt.

Viennent ensuite des íremes de second ordre :

  • anamanguí, amañanguí, roi des morts qui se présente durant les cérémonies funéraires, les lloros, enllorós, nllorós, llantos, angarós, ñankues ou ñampes ;
  • aberiñán et aberisún ;
  • yuansa, conseiller des obónes en matière de téologie et pratiques religieuses ;
  • embákara, mbákara ou embácara ;
  • moruá yuansá ou yuansa na moruá, chanteur ;
  • enkandembo, nkandembo ou enkandemo ;
  • kundiabón ;
  • koifán, qui nettoie les anaforuana à la fin d'un plante ;
  • moní fambá, famballín ou fambayín qui s'occupe de veiller sur l'entrée de la fambá ;

Il existe d'autres plazas que l'on peut rencontrer durant les cérémonies :

  • abasí, porteur du crucifix ;
  • akuaramina ;
  • obón palito ;
  • itón bana ;
  • ekumbre ou ekoumbre ;
  • emboko ou mboko ;
  • ibiandí ou ibandí ;
  • kofumbre ;
  • moní-bonkó ou muri ebonko ;
  • sikán.

On ne peut accéder à une plaza qu'au décès de l'un des dignitaires ou à la création d'un nouveau juego.

3.4.6. Pratiques religieuses des Abakuás.

Le temple abakuá porte le nom de fambá. Les cérémonies abakuás, appelées plantes ou plus rarement fêtes ñáñigas, ont lieu dans une salle fermée de ce temple nommée cuarto fambá ou butame à l'abris des regards de personnes n'appartenant pas à la société Abakuá. Le fambá ne possède en général qu'une seule porte d'entrée et peu ou pas de fenêtres.

Au fond et à gauche de la salle de cérémonie, un rideau délimite le forekue, famballín ou irongo derrière lequel est placé le tambour sacré ekué. En face de la porte, est placé le bakanubikó (altar), souvent une simple table couverte de bakankubia (ensemble d'objects sacrés). Diverses offrandes ou derechos (animaux pour le sacrifice, fruits, herbes, pierres... et la mokuba, boisson de sacrement composée du sang de l'animal sacrifié, d'eau de vie de canne, de vin sec et d'un mélange des autres offrandes contenue dans un récipient également appelé mokuba) sont disposées au pied de l'altar.

Durant les rites, le iyambá se mouille les mains avec de l'eau et avec le sang des sacrifices pour jouer le tambour sacré ekué depuis le famballín, à l'abri des regards. Il est accompagné des autres percussions, de chants (enkame) et de danses d'íremes (issu du mot ídem ou ndem en Efik), ñáñigos ou ñañas. Ces personnages, populairement appelés diablitos (petits diables), incarnent l'âme des membres originels de la première société en Afrique et certains esprits de la nature qui viennent assister et témoigner du bon déroulement de la cérémonie abakuá. Ils jouent un rôle de purification durant les cérémonies. Les íremes sont très respectés dans la liturgie mais ils ne sont pas adorés.

Les íremes sont vêtus d'un costume allant de la tête au pied et portent un masque en saco (toile de jute) pointu (le pompón) qui couvre l'ensemble du visage (l'insún) du danseur. Il existe plusieurs types de costumes, propres à chaque íreme, qui ont une signification et représentent les divers grades des dignitaires de la potencia. L'íremes tient dans une main un itón (bâton rituel) et une ifán (petites branches) dans l'autre. Il porte une lourde ceinture composée de cloches (nkaniká ou enkaniká). La danse de l'íreme, qui répond aux appels du bonkó enchemiyá (tambour), est très secrète. En général, les pas de l'íreme sont guidés par une personne appelée moruá ou corifeo, muni de son erikundí (sorte de maracas), qui chante pour lui en langue efik.

Íreme abakuá

Íreme abakuá

Íreme abakuá

Íreme abakuá

On peut assister à des manifestations abakuás à l'intérieur de la cour fermée qui entoure le cuarto fambá appelée l'isaroko. Lors d'occasions spéciales (enterrement d'un des membres par exemple), on peut aussi voir des processions abakuás publiques traverser les villes de la Havane, Matanzas ou Cárdenas. Leurs tambours, leurs chants et leurs masques animent les rues.

3.4.7. L'influence Abakuás dans la culture cubaine.

L'influence Abakuá est très présente dans le musique cubaine. Il est généralement admis que les rythmes abakuás ont fortement influencé la Columbia. Certains disent également que la famille Calle, d'origine Efó, inventa le Guaguancó.

L'influence musicale abakuá ne se limite pas à cela. De nombreux musiciens réputés ont fait partie de la société Abakuá. On peut notamment citer le très célèbre joueur de tumbadoras Chano Pozo, considéré par beaucoup comme le plus grand percussionniste de l'histoire de la musique cubaine. Début 1947, il s'installe à New York et intègre l'orchestre de Dizzy Gillespie. Il jouera, avec Dizzy, un rôle fondamental dans la création du Cubop qui sera le fondement de ce que l'on appellera plus tard le Latin-Jazz. Chano Pozo sera assassiné le 2 décembre 1948 dans des circonstances mystérieuses. Pour les Abakuás, il ne fait aucun doute que Chano a été puni pour avoir transgressé leurs interdits en jouant en public leurs rythmes sacrés.

Il faut également noter que de nombreux termes abakuás ont nourrit le champs lexical populaire cubain comme "asére" (salutation rituelle en Ekoi), "okóbio"/"ocóbio" (frère), "monína" ("frère" en langue Ekoi) ou "chébere" souvent écrit "chévere (qui signifie "super", "génial").

3.4.8. Les instruments.

Les instruments musicaux.

Les Abakuás jouent de petits tambours tendus au moyen de coins qui portent le nom générique de enkómo, ekómo ou nkómon (qui signifie "tambour" en Efik). Leurs sont attribués, en fonction du registre sonore, les noms de :

  • opiapá, obiapá ou obí-apá, le plus grave. Il produit 2 sons, le golpe abierto et le golpe tapado ;
  • kuchí-yeremá, kuchi-yeremá ou cuchi-yeremá, le tambour moyen. Il est maintenu sous le bras gauche et joué de la main droite. Il produit 2 sons, le golpe abierto et le golpe cerrado ;
  • binkomé, bincomé ou biankomé, le plus aigu. Il produit un son sec et ouvert que l'on obtient en frappant la peau avec le bout de l'index, le golpe abierto. C'est lui qui maintient la ligne rythmique.

Parfois, le trio de tambours enkómo est aussi appelé biapá, arobapá et kuchiyeremá.

Cet ensemble est complété par un grand tambour en forme de cône tronqué qui joue le rôle de soliste et mesure environ un mètre de haut pour un diamètre d'une vingtaine de centimètres, appelé bonkó enchemiyá. En général, il est joué posé, incliné. Le musicien appelé monibonkó chevauche l'instrument et bat sa peau à main nue pendant qu'un second percussionniste, le monitón, frappe le bas du fût avec 2 itónes (qui signifie "baguette en bois" en Efik). Parfois, le bonkó enchemiyá est placé verticalement, ce qui oblige le musicien à se tenir debout. Si la formation est en mouvement, le tambour est maintenu par une sangle sur le côté gauche du percussionniste. Cet instrument produit un son grave quand il est frappé au centre de la peau (golpe engüecado), un son étouffé quand une main appuie sur la peau (golpe tapao), un son ouvert (golpe canteado ou golpe abierto) et un son sec quand une main tend fortement la peau au moment de la frappe (golpe seco). L'ensemble composé des 3 tambours enkómos et du bonkó enchemiyá est appelé biankomekó ou conjunto biankomekó.

Biankomekó

Biankomekó

Ces tambours sont accompagnés de percussions mineures telles qu'une ekón (cloche en métal) ou des paires d'erikundís (sorte de maracas en osier remplis de haricots secs, l'un au son grave, l'autre au son aigu, proche du caxixi brésilien).

Les instruments rituels.

Lors des cérémonies secrètes, un ensemble de tambours symboliques et sacrés sont utilisés. Le plus important est un tambour unimembranophone à friction qui porte le nom d'ekué (mot issu d'Ekpé qui signifie "léopard"). Du fait de sa sonorité qui rappelle le rugissement du léopard, il représente la voix divine. Il ne peut être joué que par un musicien qualifié. La société Abakuá en compte peu. Le son est produit par friction d'une tige (le güin ou yin) fixée sur la peau du tambour en cuir de mbori (chèvre) qui agit comme une caisse de résonance. Ce mode de jeu est appelé fragayar. Pour des circonstances particulières, comme les rites funéraires du iyambá, l'ekué peut être remplacé par le bakri, bakri ñamkue ou bakri ñañkue, tambour fabriqué avec un crâne humain. Cet instrument est tombé en désuétude.

Cet instrument est complété par un ensemble de tambours qui, contrairement au biankomekó, ne sont pas utilisés simultanément (différents contextes) et ont une fonction plus décorative (orné d'un plumero, une tige sur laquelle sont placées des plumes) : le sese, sese de kankomó, seseribó, sése eribó (ou eribó pour les Efós) ou sese de copón (pour les Efís) et un groupe de 3 tambours génériquement nommés kankomó composé de :

  • empegó, mpegó ou tambor de orden, tambour utilisé durant l'initiation d'un membre. C'est le tambour qui punit quiconque a mal agi ;
  • ekueñón, tambour qui accompagne le sacrifice ;
  • enkríkamo ou nkríkamo, qui permet de rassembler et de communiquer avec les íremes.
Tambour ekueñón

Tambour ekueñón

3.4.9. Les rythmes.

La musique abakuás possède une signature rythmique en 6/8. Les processions abakuás débutent accompagnées du rythme marcha efó. Lui succèdé ensuite la marcha efí, plus rapide.

Il existe 2 variantes des rythmes abakuás, l'une venant de la Havane et l'autre de Matanzas. Voici une version havanaise de l'Abakuá issue du site de Chuck Silverman :

Abakuá version Havane

Abakuá version Havane

  Extraits sonores  

La variante de la Havane se joue à un rythme très rapide alors que celle de Matanzas est plus lente. Voici un exemple de Matanzas :

Abakuá version Matanzas

Abakuá version Matanzas

  Extraits sonores  

3.4.10. Les signes.

Dans tous les rites abakuás, divers graphiques ésotériques appelés ekeniyós ou ereniyós sont tracés à la craie jaune ou blanche. Ce système pictographique sacré, moyen de transmission codée du culte, est composé des catégories suivantes :

  • les gandós ou gandos que l'on dessine sur le sol et sur lesquels on place divers objets de culte. Les dignitaires de haut-rang s'installent au dessus de ces représentations ;
  • les anaforuanas (en Bríkamo) ou firmas (en espagnol) qui représentent les hiérarchies constituant la structure abakuá. Ces symboles, qui rappellent les nsibidi de la société Ekpé ou les firmas du Palo, agissent comme une onction des objets rituels sur lesquels ils sont dessinés (on dit rayar un objet ou un homme) ;
  • les sellos qui représentent et identifient chaque potencia.
Anaforuana abakuá

Anaforuana abakuá

Anaforuana abakuá

Anaforuana abakuá

3.4.11. Complément de vocabulaire.

Une multitude de dénominations ethniques peuvent également être rencontrées à Cuba pour désigner :

  • les Ekois : Abasi efo, Acocuá, Atam, Atamo, Atana, Átana, Atava, Bacoco efo, Berun, Carabalí atán, Carabalí hatan ou Carabalí hatam, Enlleguelle efo, Enllemilla, Hatán (ou Atan, Hatan), Carabalí berún ou Carabalí berun, Carabalí nezeve et Guman efo uñon ;
  • les Ibibíos : Bibí ou Bibi, Brícamo (ou Brican, Brique, Brisamo, Brucan, Brucamo), Brucame, Carabalí bibí ou Carabalí bibi, Carabalí bogre, Carabalí brícamo (ou Carabalí bricamo, Carabalí brícano, Carabalí bricom), Carabalí bricma, Carabalí efi ou Carabalí efí, Carabalí elugo ou Carabalí eluyo, Carabalí epá, Carabalí ezza, Carabalí ibi, Carabalí viví ou Carabalí vibí, Efí, Efi cunacua, Efi nquebuton, Eforisun, Elugo, Epa ou Epá, Lucumí epá ou Lucumí epó, Lucumí epons, Muñanga efo, Orumbo ou Orumbó, Oubries, Usagara et Vivi ou Viví ;
  • les Ibos : Ábalo, Ábaya, Abaya, Biafara ou Biafra, Briche ou Brich, Brisuela ou Brizuela, Carabalí abalo, Carabalí abaya (ou Carabalí abaja, Carabalí ábaya), Carabalí acocuá, Carabalí agro, Carabalí briche (ou Carabalí briché, Carabalí brichi), Carabalí ibo ou Carabalí ibó, Carabalí isicuato, Carabalí isique, Carabalí isuama (ou Carabalí isuamba, Carabalí juama, Carabalí juamba suama, Carabalí suamo), Carabalí isuama aballa ocuite, Carabalí isuama apapá, Carabalí isuama bogre abate singlaba, Carabalí isuama ibi isuama isiegue, Carabalí isuama oquella, Carabalí isueche, Carabalí isueque, Carabalí izuana, Carabalí oquella, Carabalí orú (ou Carabalí oru, Carabalí orumbo), Carabalí osese, Carabalí ososo, Carabalí ososo omuna, Carabalí rey, Carabalí ugri, Eboe, Ebro, Ibo (Ibó, Ybo, Inbo), Isieque, Musuama ou Suama, Suama ou Isuama, Viafara ou Biafara et plus rarement Lucumí abaya, Lucumí aro et Lucumí ibo aro ;
  • les Ijaws : Bras, Braz, Bruc (ou Bruca, Bruco, Brucu), Brucame, Brucamo, Carabalí bras et Cule.

On retrouve notamment ces dénominations etniques dans le nom donné aux cabildos : cabildo Ápapa, cabildo Ápapa Chiquito, cabildo Carabalí Acocuá, cabildo de Nación Carabalí Bríkamo, cabildo Bríkamo Carabalí Ápapa Efí, cabildo Abakuá Efor, cabildo Carabalí Isua, cabildo Carabalí Isuamo de Oro, cabildo Carabalí Isuama Ápapa, cabildo Carabalí Isuama Bogri Abata, cabildo Carabalí Ungrí ou cabildo Carabalí Ungrí, cabildo Carabalí Abalo, cabildo Carabalí Ibo, cabildo Carabalí Ingré, cabildo Carabalí Agro, cabildo Carabalí Bogre, cabildo Carabalí Ekunaso ou cabildo Carabalí Ecunaso, cabildo Carabalí Elugo, cabildo Carabalí Ibi, cabildo Carabalí Ibo, cabildo Carabalí Induri ou cabildo Carabalí Ynduri, cabildo Carabalí Isikuato ou cabildo Carabalí Ysicuatro, cabildo Carabalí Isike ou cabildo Carabalí Isique, cabildo Carabalí Singrabe, cabildo Carabalí Ososo, cabildo Carabalí Ososo Omuna, cabildo Carabalí Ugu...

3.4.12. Bríkamo.

Lieu sacré.

Le mot Bríkamo ou Brícamo possède plusieurs significations. Tout d'abord, les Carabalís descendants des Ibibíos, africains issus du Calabar, sont appelés Bríkamos à Cuba. Ce mot fait aussi référence à Usagaré, lieu où Sikán a pêché le poisson sacré Tanze.

Langue et danse rituelle.

Selon David Brown, le bríkamo désigne également la langue liturgique des Abakuás utilisée par toutes les loges. Il est aussi dit que la danse rituelle de purification des íremes porte le nom de bríkamo. La musique associée se compose d'un rythme répété sans cesse afin de fournir une assise pour les pas de la danse.

Société d'hommes et de femmes.

Pour d'autres, Bríkamo est une société similaire à la société Abakuá qui accepte hommes et femmes à Matanzas. Ce sont les plus âgées qui détiennent le fondamento. Cette société aurait existé en Afrique sous le même nom pour protéger les africains des marchands d'esclaves. Il y aurait eu assez de Bríkamos du Calabar à Matanzas pour y établir un cabildo Bríkamo. La famille Calle fut la plus importante dans cette loge.

Cette société aujourd'hui disparue, Ivor Miller indique que ce mot ne qualifie plus qu'une tradition funéraire d'origine efó qui est perpétuée par la famille Calle à Matanzas. Elle mélange des éléments abakuás (sans le secret de cette société), de l'Espiritismo, du Catholicisme et de la Santería.

Certains estiment que cette société possède ses propres rythmes et danses. D'autres pensent que musiques et danses sont les mêmes mais que l'íreme est remplacé par un couple qui danse sans costume spécifique. Voici un exemple de rythme Bríkamo réservé aux femmes :

Bríkamo (ekón)

Bríkamo (ekón)

Bríkamo (itón)

Bríkamo (itón)

Bríkamo (opiapá)

Bríkamo (opiapá)

Bríkamo (kuchí-yeremá)

Bríkamo (kuchí-yeremá)

Le bonkó enchemiyá improvise.

  Extraits sonores  

3.4.13. À écouter.

Voici une conférence animée par l'historien américain Ivor Miller au musée du Quai Branly :

  Extraits sonores  

3.4.14. À voir.

3.4.15. Références.

Les sociétés ekpés :

Les Abakuás :

Les Bríkamos :

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